Le verrier Claude Boucher est devenu célèbre pour ses inventions qui ont révolutionné la fabrication des bouteilles.
Originaire de Saône-et-Loire, il commence très jeune dans la verrerie locale où travaille son père et y apprend le métier de verrier. Il montre alors un vif intérêt pour la fabrication des bouteilles et notamment pour la chimie du verre. Après avoir travaillé dans des verreries à La Tremblade (Charente-Maritime) puis en Vendée, il s'installe à Cognac en 1878 où il rachète la verrerie Saint-Martin.
Il devient une personnalité locale reconnue, son entreprise prenant une place majeure dans l'économie locale.
Traditionnellement, le cognac s'exportait en fûts de chêne, mais dès le XVIIIe siècle, certains clients font la demande qu'il leur soit livré en bouteilles. Les maisons de négoce commencent donc progressivement à s'approvisionner à l'extérieur de Cognac, notamment à Bordeaux. Une première verrerie ouvre ses portes en 1854 avec le large soutien des autorités locales. Elle est suivie de nombreuses autres.
En effet, si l'économie des eaux-de-vie de cognac s'est beaucoup développée dès le XVIIIe siècle avec la création de plusieurs grandes maisons de négoce, l'industrie verrière se développe considérablement à partir de la deuxième moitié du XIXe. Elle devient un acteur essentiel du tissu économique local.
L'expansion de la production du cognac est la raison majeure du développement des verreries à Cognac, les maisons de négoces étant très demandeuses de bouteilles. Mais la situation géographique n'y est pas étrangère non plus puisque la ville est idéalement située près de plusieurs voies de communication, dont la Charente et à proximité de ressources en matière première (le sable).
La verrerie de Claude Boucher s’inscrit dans cette dynamique.
Son entreprise connaîtra des conflits très durs, puisque suite à des grèves, elle devra fermer durant plus de trois ans. Mais Claude Boucher mettra à profit cette inactivité pour développer en pleine révolution industrielle une machine à fabriquer les bouteilles.
Lorsque l'usine Saint-Martin rouvre, Claude Boucher met progressivement en place sa machine et son activité prend alors de plus en plus d'ampleur. Au vu de cette expansion, le bâtiment de Saint-Martin devient trop étroit, et une nouvelle manufacture est inaugurée en 1903, sur les hauts du faubourg Saint-Jacques.




Claude Boucher décède en 1913 et cède l'entreprise à ses fils.
La technique pour fabriquer des objets en verre creux consiste à souffler le verre incandescent avec une canne ; ce travail est particulièrement éprouvant. Il demande du temps et un savoir-faire. Aussi plusieurs verriers tentent-ils de trouver des systèmes et procédés pour palier ces inconvénients.
La première évolution qui fut alors développée fut le moule, qui permit de donner des formes plus régulières aux bouteilles : il s'agit au départ d'une simple cavité permettant de former l'ébauche de la bouteille. Mais le système a ensuite été perfectionné : un premier moule ouvert donne l'ébauche alors qu'un autre moule, fermé celui-ci, permet de donner la forme définitive de la bouteille.
Deuxième innovation : pour faciliter le travail des verriers, le souffleur est parfois remplacé par des systèmes de soufflage mécanique par pompe ou par injection d'air comprimé.
Dans plusieurs centres verriers, on a tenté de mettre au point une machine à fabriquer les bouteilles : le procédé Ashley, développé aux États-Unis en 1887, semblait s'en approcher mais ne fut finalement pas jugé satisfaisant. C'est finalement Claude Boucher qui, le premier, est parvenu à résoudre les nombreux problèmes de casse au démoulage ou au retournement, restés jusqu’alors sans solution. Il dépose plusieurs brevets pour cette machine en 1894 puis en 1898.
La profession de verrier entre alors véritablement dans l'ère de l'industrialisation.
Trois ouvriers sont nécessaires pour le fonctionnement de cette machine : un premier ouvrier, le cueilleur, dépose le verre en fusion dans un moule ébaucheur, par le fond. Le mouleur assure le fonctionnement de la machine et donne la forme à la bouteille. Enfin, le porteur récupère la bouteille formée et la porte jusqu'au four de recuisson.
La machine Claude Boucher utilise des techniques qui ont été développées pour la fabrication des bouteilles : l'utilisation de deux moules distincts, un moule ébaucheur et un moule finisseur, et le remplacement du souffleur par l'injection d'air comprimé pour former le verre creux. Le succès de cette machine tient en grande partie au fait que Claude Boucher a cherché à se rapprocher pour le fonctionnement de sa machine des étapes successivement réalisées par un verrier opérant manuellement.
Voici représentées les étapes du fonctionnement de la machine (il est à noter que ce modèle, daté de 1903, diffère sensiblement de la première version de cette machine) :
Les principaux avantages de cette machine sont une productivité accrue ainsi qu'un temps de formation des ouvriers considérablement réduit, puisqu'il n'est plus nécessaire de faire appel à des maîtres verriers fortement expérimentés mais simplement à des manœuvres.
Par ailleurs, différents jeux de moules peuvent être adaptés à la machine permettant de fabriquer de petites séries de bouteilles très différentes.
Enfin, les conditions de travail sont considérablement améliorées, la difficile tâche de souffler le verre étant désormais assurée par un compresseur mécanique.
C'est toujours le même procédé qui est utilisé de nos jours pour la fabrication du verre creux. Bien sûr, le procédé a évolué.
Plusieurs machines développées aux États-Unis ont proposé un système permettant d'amener le verre en fusion dans le moule ébaucheur sans nécessiter la présence d'un ouvrier cueilleur : la machine Owens dispose d'un bassin qui permet d'amener la quantité de verre nécessaire à la fabrication d'une bouteille au dessus du moule ébaucheur.
La machine Lynch quant à elle, propose un système similaire, le feeder ("alimenteur"), qui vient aspirer le verre pour remplir le moule ébaucheur, au lieu de le porter dans un bassin.
Les fils de Claude Boucher feront développer en 1920 puis 1924 plusieurs évolutions de la machine inventée par leur père, mais le procédé reste semi-automatique et nécessite encore l'intervention d'un cueilleur et d'un porteur.
La société Saint-Gobain, anciennement Manufacture Royale des Glaces, devient actionnaire majoritaire de la société en 1919. Celle-ci fait faire des essais de la machine Lynch et finit par en installer dans l'usine de Cognac.
C'est ce système qui s'imposera finalement en France pour la fabrication en grande quantité, mais le brevet de Claude Boucher continuera à être utilisé jusque dans les années soixante en France pour la réalisation de bouteilles plus spécifiques, produites en petites quantités. Le principe, désormais entièrement automatique, des deux moules et de l'injection d'air comprimé inventé par Claude Boucher pour former la bouteille reste donc toujours de mise.
Claude Boucher : les cent ans d'une révolution, Une histoire des industries verrières à Cognac Pierre Bour - Pauline Reverchon, Caroline Moriceau, Musée de Cognac, Cognac, 1998
La machine semi-automatique de Claude Boucher
Éric Cancouët - Agnès Assous, coll. Les carnets, musée des arts et métier
http://www.arts-et-metiers.net/pdf/carnet_boucher.pdf