À l'avènement de la dynastie capétienne en 987, la puissance territoriale d'Hugues Capet est minime. En revanche les grandes maisons féodales ont profité de la faiblesse de derniers carolingiens, de l'anarchie engendrée par les invasions pour accroître leur domaine et leurs pouvoirs. En principe, ils sont les représentants du pouvoir royal, mais en fait ils sont indépendants, ils rendent la justice, lèvent les impôts et transmettent à leurs fils leurs pouvoirs.
Parmi ces grands féodaux, le comte de Poitiers, duc d'Aquitaine exerce sa puissance sur le Poitou, la Saintonge et dans la région comprise entre la Loire, la Gironde et la Dordogne. L'appartenance à un lignage est fortement affirmée par le prénom qu'adoptent systématiquement les comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine : de Guillaume III duc d'Aquitaine dit le Grand et premier comte de Poitiers (935-963) à Guillaume X, 8e comte de poitiers (1126-1137), date à laquelle le duché revient à une femme Aliénor.
Comme le roi, il a des vassaux : les comtes d'Anjou pour Loudun et Saintes, les comtes d'Angoulême, de la Marche, d'Auvergne ; les comtes de Gévaudan pour Brioude et le Velay ; les vicomtes de Thouars, de Turenne et de Châtellerault ; les seigneurs de Déols, de Châteauroux et d'Issoudun. En 1052, le duché de Gascogne est réuni à l'Aquitaine.
Les comtes ont des relations étroites avec l'Espagne. Ils
y marient leurs filles. Ils épousent des princesses espagnoles. Ils participent à la
Reconquista (guerre religieuse pour reconquérir l'Espagne sur les
musulmans).
Guillaume le Troubadour (1086-1126) accueille à Clermont-Ferrand chez
son vassal le comte d'Auvergne, le pape Urbain II venu prêcher la
croisade en 1095 contre les turcs Seldjoukides qui venaient de s'emparer
de Jérusalem et pillaient les pèlerins. Il en profite pour faire
venir Urbain II consacrer les nombreuses églises et abbayes en cours de
construction. Mais le comte de Poitiers ne participa pas à la première
croisade et à la prise de Jérusalem (1099).
Poitiers, protégée encore par ses murs gallo-romains devient le centre politique de l'Aquitaine. Le comte couronné à Saint-Étienne de Limoges, reçoit l'hommage de ses vassaux dans son palais de la Tour Maubergeon (érigée en 1104) complétée au milieu du XIIe siècle par une vaste salle, l'aula, où il peut réunir ses vassaux.
Le duché est intégré dans le domaine français
lors du mariage d'Aliénor avec Louis VII en 1137. Quinze ans après,
la répudiation d'Aliénor en 1152 et son mariage avec Henri Plantagenêt
comte d'Anjou, du Maine, de Touraine, duc de Normandie et roi d'Angleterre
(1153) fait entrer le duché dans un vaste empire qui englobe les trois
quarts du royaume de France. Il devient l'enjeu de la « première
guerre de Cent ans » qui éclate en 1154 contre les
rois d'Angleterre dont la puissance menace de supplanter celle du
roi de France.
Néanmoins, Aliénor tient comme elle peut l'autonomie de son
duché d'Aquitaine face à ses maris puis à ses fils
successivement rois d'Angleterre, Richard Cœur de Lion et Jean sans
Terre. Le roi de France Philippe Auguste profitera des dissensions et des révoltes
des seigneurs poitevins dont les châteaux forts hérissaient le paysage pour
récupérer une partie du Poitou.
Les seigneurs sont souvent en guerre entre eux et contre le comte de Poitiers. Désormais, ils font construire leurs châteaux en pierre et non plus en bois (trop facile à enflammer). La haute tour du donjon, carré ou rectangulaire, est le symbole du pouvoir féodal. Elle n'est accessible qu'à l'étage par une passerelle amovible. Elle regroupe l'habitation du seigneur, une grande salle pour réunir les familiers, une chapelle, des salles pour la garnison de défense.
À l'intérieur de l'enceinte entourée d'un fossé se trouvent la basse cour, les bâtiments utilitaires, et de plus en plus souvent, une demeure, plus confortable que le donjon pour le seigneur, par exemple, La Rochefoucauld, Talmont et plus tard Niort, Lusignan, Talmont, Parthenay, Châtelaillon, Melle, Surgères, Lezay, Thouars, Mauléon…
Quand le seigneur ne consacre pas son temps aux plaisirs sportifs de la guerre, de la chasse, ou du tournoi, il joue aux échecs ou au tric-trac, écrit ou écoute des poèmes courtois mis à l'honneur par le comte Guillaume IX dit le Troubadour. Les ménestrels jouent de la vielle ; les troupes de jongleurs donnent le spectacle.
La grande majorité de la population est formée de paysans soumis envers les seigneurs à des obligations nombreuses qui constituent les droits féodaux : redevances en argent (cens, taille, banalités) ou en nature (champart), travaux obligatoires et gratuits (corvées).
Les paysans libres - les vilains - ou liés à la terre qu'ils travaillent - les serfs - mènent une vie d'autant plus dure que l'insécurité due aux guerres privées, aux disettes et aux épidémies est récurrente.
Mais au cours du XIIe siècle leur vie commence à s'améliorer sous l'effet de différents facteurs : réchauffement climatique, expansion des terres cultivées et de la démographie, recul du servage et réduction des droits féodaux. Les coutumes de Charroux rédigées en 1175 établissent des relations entre paysans et seigneurs excluant l'arbitraire.
Le changement de ces conditions de vie se remarque dans l'artisanat céramique où réapparaît la poterie à glaçure plombifère d'une technique plus élaborée que la simple terre cuite.
Les villes qui avaient vu leur développement freiné par les invasions normandes reprennent de l'importance grâce aux marchés et aux foires. Marchands vénitiens et flamands affluent aux halles de Poitiers et de Niort. Leurs habitants, les bourgeois, s'organisent en associations religieuses, artisanales ou commerçantes et obtiennent des seigneurs à la fin du XIIe siècle une charte leur permettant de s'administrer elles-mêmes.
Sur le littoral, le développement de l'Aunis se fait autour de l'exploitation du sel, produit essentiel pour la conservation des aliments et de la pêche. Le duc d'Aquitaine, Guillaume X entretient des relations difficiles avec les seigneurs de Châtelaillon et favorise le développement de la toute jeune cité de La Rochelle à laquelle il accorde avant 1137 « des libertés et libres coutumes ».
Le développement de la ville se fait vers la mer : sel, vin, blé sont expédiés jusque dans les îles britanniques et les Pays-Bas.
La vie religieuse connaît un brillant essor : les cérémonies et fêtes rythment l'année ; les rites cultuels ponctuent la journée ; les sacrements marquent les étapes de la vie. La religion crée et consolide le lien social.
Pour le salut de leurs âmes, les seigneurs fondent et dotent richement des abbayes et des prieurés avec des cloîtres, des réfectoires, des granges, des celliers. À Poitiers, Agnès de Bourgogne fonde Saint-Hilaire-le-Grand et Saint-Nicolas ; Guy Geoffroy Guillaume rachète ses exactions en fondant l'abbaye de Montierneuf en 1069.
L'Église exerce une influence sur le plan religieux car les hommes, seigneurs ou paysans, sont contraints d'observer une obéissance sans réserve à ses commandements. Le culte des saints et la vénération des reliques, la vogue des pèlerinages, la soumission aux pénitences publiques et le faste des fêtes religieuses en sont les manifestations les plus frappantes.
L'Église a également le prestige du savoir. Elle contrôle les seules écoles gratuites où l'on peut recevoir un enseignement reposant sur l'apprentissage du « trivium » : grammaire, rhétorique, logique, et du « quadrivium » : arithmétique, géométrie, astronomie, musique. Fulbert de Chartres, archiprêtre de Saint-Hilaire de Poitiers, Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers, Geoffroi de Mauléon enseignent dans les écoles épiscopales et attirent de très nombreux auditeurs.
L'Église exerce un pouvoir politique. Elle protège les pauvres et les faibles et cherche à adoucir le régime féodal. Elle exerce son droit d'asile qui permet aux faibles de trouver un abri. Pour remédier aux brigandages et aux horreurs causées par les guerres entre seigneurs, elle cherche à donner des valeurs morales à la cérémonie d'adoubement du chevalier et clame au concile de Charroux, en 989, la paix de Dieu qui protège certaines catégories de personnes puis instaure la Trêve de Dieu qui interdit de se battre certains jours.
Évêques et abbés sont sur leur domaine de véritables seigneurs ayant pouvoir politique, économique, moral. La même famille se transmet d'oncle à neveu de 975 à 1087 l'évêché de Poitiers aux domaines territoriaux très importants qu'elle a tendance à considérer comme un fief familial.
La vie intellectuelle est intense aussi bien chez les seigneurs que dans le clergé ou dans la bourgeoisie montante des villes. D'importantes bibliothèques sont constituées au palais de Poitiers, aux écoles épiscopales de Poitiers, de Maillezais, à Angoulême, à Saint-Eutrope de Saintes, à Saint-Jean-d'Angély. Les pillages des guerres de Religion particulièrement violentes dans la région, puis de la Révolution, ne nous en ont malheureusement laissé que peu de spécimens.
La cour d'Aliénor d'Aquitaine est une des plus brillantes d'Europe au sein de laquelle l'art des troubadours - son grand-père Guillaume IX est le premier connu - chante une nouvelle civilisation fondée sur l'amour courtois.
C'est également à l'époque d'Aliénor que se développe, à partir de 1150, une nouvelle manière de construire, révolutionnaire, dite style Plantagenêt ou style angevin, qui est gothique.
©Conseil des musées de Poitou-Charentes, www.alienor.org | plan | aide
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