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Terre SaintePierre Loti et la photographie
Julien Viaud, en littérature Pierre Loti (1850-1923), demeure un des grands écrivains voyageurs de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle.
Parmi ses nombreux récits plus ou moins : le triptyque
Le Désert, Jérusalem, La Galilée tient une place particulière
puisque ce voyage n’est pas lié comme la plupart à une mission
militaire ou diplomatique, mais résulte d’une démarche personnelle
de Loti. Il espère en foulant la Terre Sainte retrouver la foi de son
enfance. Ce récit relève plus du journal intime.
Comme à son habitude Loti a rapporté de son pèlerinage
en Terre Sainte un nombre important de plaques de verre dont certaines ont été
tirées et montées en albums. La comparaison
entre ceux-ci et le récit ne laisse aucun doute sur l’utilisation
faite par Loti des images photographiques comme support de sa mémoire.
Chaque instantané peut ainsi figer un moment du voyage et permet à
l’écrivain de compléter son récit. L’image
étant moins l’illustration du texte que sa source. Il a utilisé
cette technique pour nombre de ses récits de voyage.
Si Loti ou ses compagnons prennent des photographies, il achète également des images sur place, auprès de photographes locaux : dans de nombreux pays, d'abord visités par des explorateurs puis des militaires, des photographes font le commerce de photographies auprès des touristes de passage.
La collection des plaques de verre du musée de la Maison de Pierre Loti
La collection de photographies constituée par Pierre Loti
à l’occasion de ces voyages est estimée à plusieurs
milliers de documents (plaques de verre, tirages papier). Aujourd’hui
seule la moitié de cet ensemble est en possession de la Maison de Pierre
Loti, le reste est demeuré entre les mains de ses descendants.
Ces photographies aux multiples sujets : ses maisons de Rochefort et du Pays-Basque
pour les plus intimes, l’Égypte, la Turquie, le Moyen-Orient, l’Inde,
la Chine, le Japon et d’autres pour les plus lointains, présentent
souvent une réelle valeur artistique mais aussi historique et éthnographique
puisqu’elles présentent des lieux et des modes de vie aujourd’hui
abolis.
La plupart de ces clichés sont inédits. C’est
afin de les publier, et pour résoudre des problèmes de conservation,
que le musée d'Art et d'Histoire de Rochefort mène en ce moment
un travail d'inventaire et d'analyse de cette collection.
Les plaques de verre sont utilisées comme supports de la photographie,
positifs ou négatifs, dès 1850. L’émulsion photosensible
était appliquée sur une fine plaque de verre. Ce support avait
l'inconvénient d'être assez fragile ; l'émulsion en elle-même
a parfois souffert des manipulations et des conditions de stockage.
Voyage en terre sainte
Pierre Loti décide en 1894 de partir en expédition
en terre sainte.
Si au travers de ses voyages, Pierre Loti recherche l’exotisme ainsi que
la confrontation avec d’autres cultures, il est plus question lors de
celui-ci de “ressaisir quelques bribes de foi”.
Il ramènera de son voyage des textes qu’il publiera en trois volumes
: Le Désert, Jérusalem, La Galilée.
Le désert
Loti embarque à Marseille le 4 février 1894 sur
l'Oxus, accompagné de son ami Léo Thémèze et du
Duc de Dino. Ils débarquent cinq jours plus tard à Alexandrie.
Ils sont au Caire du 11 au 21 février, et profitent de ce séjour
pour faire une croisière sur le Nil, avant de se lancer dans leur traversée
du désert. Ils partent pour Suez le 21 février.
Leur voyage commence le 22 lorsqu'ils traversent le golfe de Suez et la mer
rouge. Ils retrouvent à l'Oasis de Moise la caravane qui les mènera
dans le désert. Ils partent donc accompagnés de bédouins
et d'une vingtaine de chameaux vers le mont Sinaï, à travers les
montagnes, les déserts d'Arabie et le Djebel de Tih.
Loti arrive le 2 mars 1894 au couvent du Mont Sinaï. Avec ses compagnons,
il prend ensuite la direction de la ville d'Akabah, en longeant le golfe du
même nom.
Une fois à Akabah, il souhaite traverser le désert de Pétrée,
mais doit pour cela s'adjuger la protection du Cheik Mohammed-Jahl, le "grand
croque-mitaine de l'Arabie", selon Loti.
Ils arrivent à Gaza le 26 mars.
Cette partie du voyage, qui correspond au premier volet du triptyque "Le désert", "Jérusalem" et "La Galilée", est l'occasion d'une préparation à son pélerinage en terre sainte. Son récit est plus le fruit de ses réflexions et de ses sentiments, en dehors de toute notion de temps, qu'un récit de voyage. D'ailleurs, Loti ne rapportera de ce périple aucun souvenir, seulement des textes et des réflexions préliminaires à sa recherche de foi qu'il tentera de retrouver lors de son séjour à Jérusalem.
Jérusalem
Une fois la Palestine rejointe le 26 mars 1894, Loti et ses compagnons
rallient enfin Jérusalem, via Hébron et Bethléem.
Sa visite de Jérusalem ne provoque en lui qu'une immense déception,
liée à la fois à une ville qu'il ressent comme mercantile
et "prostituée à tous", mais aussi au fait que son pèlerinage
se révèle vain : malgré tous ses efforts, il ne retrouve
pas la foi qu'il est venu chercher dans la Ville Sainte.
Les commentaires qu'il portera sur cette ville sont même ambigus, à
la limite de l’antisémitisme, alors qu'il ne fait preuve à
aucun autre moment de haine contre les juifs durant le reste de son voyage en
Palestine, notamment à Tibériade, pourtant le berceau du judaïsme.
Jérusalem se résume donc à une sorte de guide touristique
où Loti présente notamment le Saint Sépulcre, la mosquée
d'Omar, le Dôme du Rocher, le Mur des Lamentations ou la vallée
de Josaphat.
Ce récit prend une autre dimension avec les deux autres panneaux du triptyque,
Le désert et La Galilée.
Il quitte Jérusalem et entre alors en Galilée, dernière partie de son voyage.
La Galilée
Le troisième volet de son triptyque commence le 17 avril
1894, lorsqu’il quitte Jérusalem, en direction de Damas puis Beyrouth
où doit prendre fin son voyage en Terre Sainte.
Il se rend d’abord à Jéricho et rejoint la mer Morte. Il
continue ensuite son périple par Naplouse, Samarie, Nazareth, Tibériade
et rallie Damas.
Il trouve à Damas un Orient gai et une population musulmane riante ;
il "n'imaginait pas cela avant Damas".
À Baalbek, il regrette la profanation touristique des ruines de la ville
et de tous les lieux sacrés de Terre Sainte. Le 3 mai, il arrive à
Beyrouth, terme de son voyage, où il est confronté au déclin
de l’Orient.
Il y reprendra la mer pour revenir à Marseille le 7 avril, via Constantinople,
sans que son pèlerinage ne lui ait permis de retrouver sa foi disparue.
S'il a été charmé par les paysages qu'il a traversés,
apprécié le caractère sacré de Jérusalem,
ville "sainte pour les chrétiens, sainte pour les musulmans, sainte
pour les juifs", Loti en ressort plus agnostique que jamais.
De sa quête presque naïve d'un signe de Dieu ou du Christ pour retrouver la foi, réel but de son voyage en Terre Sainte, Loti ressort plus proche encore de la mort, idée qui, en absence de foi en une religion, le terrifie. Il essaye de croire mais n'y parvient pas et les religions quelles qu'elles soient lui paraissent désormais toutes sur le déclin.