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ANIMAUX FANTASTIQUES
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SOMMAIRE
La place
de l’Eglise aux 11e et 12e siècles
Les sources
de la représentation animale
Les animaux
dans le décor
L’imagerie
animale
Symbolisme
du bestiaire médiéval
Le terme " art
roman " apparaît au 19e siècle pour désigner
l’ensemble des expressions artistiques qui se sont développées
dans l’occident chrétien entre le début du 11e et le
début du 13e siècle.
Son éclosion et son
développement ont lieu dans un contexte général de croissance
et de mutation.
La place de l’Eglise aux
11e et 12e siècles :
Dans un monde essentiellement
religieux, cette croissance et cette transformation ne peuvent s’expliquer sans
y inclure la participation essentielle de l’Eglise. Elle est omniprésente
à l’époque romane et rythme la vie du chrétien.
Jean-François Lemarignier :
" Celui qui n’est pas chrétien ne fait pas partie de la
chrétienté. On ne saurait dire qu’il y ait, aux temps féodaux,
de peuple allemand, de peuple français, de peuple anglais : il n’y
a qu’un peuple chrétien. "
L’architecture est celle
des églises et des monastères. Son décor (peint ou sculpté)
est avant tout décor de sanctuaires, dont les sujets s’inspirent des
livres sacrés, des légendes des saints, des énoncés
des théologiens. Même les scènes d’apparence profane ont
un sens moralisant ou s’intègrent dans une vision cosmique de la Création,
œuvre divine.
Le sens du péché
et la crainte du Jugement ont une part importante. C’est à cette époque
que se diffuse la notion de Purgatoire et d’une pénitence temporaire
des âmes dans l’au-delà. La vie monastique est présentée
comme un combat incessant contre le mal. Le danger que représentent la
Tentation, les vices, les forces démoniaques est partout évoqué
dans l’art roman.
Mais les moyens de vaincre
sont aussi rappelés. Face aux Vices se dressent les Vertus qu’il faut
pratiquer.
Les sources de la représentation
animale :
- L’art Antique et Byzantin
: le Moyen Age vénérait le savoir de l’Antiquité
classique à propos des animaux. Les érudits médiévaux
copiaient et étudiaient les traités gréco-latins sur
la médecine des humeurs, l’astrologie et l’astronomie, les plantes,
les minéraux et le monde animal.
- Le bestiaire des steppes
est répandu par les invasions.
- Les ivoires arabes et
les tissus orientaux. En Syrie, en Mésopotamie, en Egypte, les
chrétientés orientales avaient recueilli un héritage
iconographique à partir duquel elles ont défini leur propre
langage. En outre, les musulmans sont aux frontières de l’art roman
et les contacts sont fréquents dans le royaume de Jérusalem
ou en Espagne. Les artistes en ont retenu deux traits principaux : la géométrisation
de formes et le traitement filigrané de la plastique. Certains portails
de Vendée, de Poitou ou de Saintonge sont traités comme des
stucs de mosquées et beaucoup de chapiteaux abritent une faune exotique
qui n’est pas sans rappeler les ivoires arabes où des bêtes de
chasse se poursuivent à travers des forêts de rinceaux. Quand
aux monstres, leur analogie avec certaines formes de l’Asie orientale est
frappante.
- Les manuscrits anglo-saxons
et irlandais. Ces derniers ont reçu des moines d’Egypte des éléments
iconographiques. L’Irlande et le Continent ont entretenus d’étroites
relations pour la diffusion du monachisme, mais aussi dans le développement
de l’art carolingien, ce qui n’est pas sans conséquence dans les origines
de la sculpture romane.
- Les Bestiaires, enfin,
histoires allégoriques d’animaux fabuleux qui pullulent au Moyen Age.
Les auteurs y créent une faune mystique où se mêlent animaux
réels et imaginaires pour représenter allégoriquement
les vertus, les vices, les passions ou illustrer l’histoire des Saints et
du Christ. Dans l’introduction du Bestiaire Divin de Guillaume le Clerc
, on peut lire : " Ce livre nous montre la nature et les
mœurs des animaux, non pas tous, certes, mais d’un grand nombre ; on
y trouvera une abondante matière à la réflexion morale,
et des passages riches en enseignement théologiques. "
Pierre de Beauvais, dans son Bestiaire, dit à propos du
poisson-rat et de sa gloutonnerie: " Ecoutez bien, hommes
de toutes générations, quelle fin est réservée
aux gloutons insensés, quelle grande douleur suit la gourmandise. Plaise
au ciel que chacun, devant cet exemple, écarte de son cœur et de sa
main l’oisiveté qui berce d’un plaisir funeste, garde une juste mesure
à sa table, et ne réjouisse pas son esprit dans des banquets
luxurieux. Car nombreux sont ceux qui ne gardent nul frein et donnent libre
cours aux appétits. Le ciel veuille que certains aient la sagesse d’éviter
la fin du poisson-rat. "
Les animaux dans le décor :
Les animaux envahissent
toutes les parties du décor. On les trouve :
- sur les manuscrits et
les miniatures où ils jouent dans les cadres et les lettres, les tapisseries,
les bijoux
- sur les verrous, les
barres, les pentures en ferronnerie
- en céramique sur
les carreaux de pavement
- en sculpture, dans les
édifices religieux principalement. Le décor se distribue de
la façon suivante : à l’intérieur, on le trouve
sur les chapiteaux, les colonnettes des arcatures et des encadrements de fenêtres,
à l’extérieur, il peut s’étendre à toute la façade,
surtout en Aquitaine, comme à Notre-Dame-la-Grande de Poitiers. Il
peut aussi orner les absides, dans des frises et des pourtours de fenêtres.
C’est une époque où l’on cherche à animer plastiquement
les parois, les piliers, les moulurations des arcs, les fenêtres cantonnées
de colonnettes ou les divisions des niveaux soulignés de bandeaux.
L’animal offre de multiples possibilités au sculpteur. Répondant
à la règle qui veut que le décor s’intègre à
l’architecture pour en souligner les articulations et les points forts, il
se loge partout et se transforme en triangles, losanges, spirales et finit
par occuper toute la surface de son support.
L’imagerie animale :
Parmi les animaux représentés
par les imagiers, on peut distinguer :
- les animaux familiers
que l’on rencontre sur les scènes de chasse, de guerre ou de voyage,
les scènes de mœurs, les métiers, les travaux des mois, les
représentations de fables ou d’histoire (animaux musiciens ou savants)
tels que l’ours, le cerf, le paon, la chouette, le serpent, la tortue, le
crabe et l’écrevisse
- les animaux exotiques
comme le lion, l’éléphant, le chameau, le crocodile, l’aigle,
l’autruche ou l’ibis
- les animaux fantastiques :
griffon, aspic, basilic, licorne, centaure, sirène, satyre, sciapode,
hippopode
Symbolisme du bestiaire
médiéval :
La nature fait partie de
l’harmonie universelle et, au-delà de leur valeur décorative,
les animaux ont une signification symbolique.
Le Moyen age a conçu
l’art comme un enseignement et on ne peut comprendre une grande partie de sa
culture sans déchiffrer son riche langage symbolique. Entreprise ardue,
car certains animaux ont des caractéristiques naturelles qui leur permettent
de représenter tantôt le Christ, tantôt le Diable, alors
que d’autres ne sont associés qu’au Bien ou au Mal, et même lorsqu’ils
s’inspirent d’animaux réels, les artistes les transforment jusqu’à
les rendre méconnaissables, avec cependant une grande précision
dans le détails des pelages, plumages, griffes, becs ou queues.
C’est une cours céleste
qui ne se matérialise pas, qui représente un but à atteindre
dans l’Au-delà. Il n’est, dès lors, nul besoin de la représenter
de façon réaliste, puisque seul importe son caractère surnaturel.
L’art participe à l’élan de ferveur de la chrétienté
comme moyen d’élévation des âmes.
Les représentations
traditionnelles du Ciel et de l’Enfer ne sont qu’une suite de symboles.
Ainsi, la sirène
exprime-t-elle la tentation et la frivolité (bien des serpents enroulés
autour de l’arbre de la connaissance sont souvent représentés
au Moyen Age avec une tête et un buste de femme) ; le lion, l’aigle
ou le paon symbolisent l’orgueil ; le coq ou le sanglier, la colère ;
la chouette, le singe ou le crapaud, l’avarice.
Les symboles du Christ sont
nombreux. Citons la brebis ou l’agneau qui symbolisent l’innocence et le sacrifice,
le poisson ou encore la colombe messagère de l’Esprit Saint. Les oiseaux
représentent le plus souvent un pouvoir de liaison avec Dieu, et symbolisent
les états supérieurs de l’être se rapprochant des sphères
spirituelles.
Les animaux entrent aussi
dans les représentations symboliques de l’Evangile. Chaque évangéliste
est associé à un animal. Il s’agit de l’aigle de Saint Jean, le
lion de Saint Marc, Le bœuf de Saint Luc et l’homme de Saint Mathieu.
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