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La vie quotidienne d'une bourgeoise au milieu du 19e siècle


" La bourgeoisie n'est pas une classe, c'est une position ; on acquiert cette position, on la perd. Le travail, l'économie, la capacité la donne ; le vice, la dissipation, l'oisiveté la font perdre. " Journal des Débats, 1847.

Grande gagnante de la Révolution, la bourgeoisie domine tout le 19e siècle. Mais, pour être plus juste, devrait-on parler des bourgeoisies. En effet, cette catégorie comprend aussi bien les grands propriétaires, ceux qui ont fait fortune dans les affaires, les professions libérales, les fonctionnaires que l'artisan arrivé ou celui qui tient boutique en ville. De plus une grande différence existe entre la bourgeoisie rurale et la bourgeoisie urbaine parmi laquelle les parisiens tiennent le haut du pavé. Un point commun cependant, la croyance en la nécessité du travail et la mystique de la réussite.

Le cadre de vie :

Le cadre de vie est essentiellement urbain. Si on édifie toujours des hôtels particuliers, signes d'un haut niveau social, les grands programmes d'urbanisme de la deuxième moitié du siècle font de l'immeuble de rapport la cellule de base de l'habitat bourgeois.
Sa belle façade de pierre à l'ornementation cossue s'ouvre sur de vastes cours carrées.
Les pièces de représentations sociales viennent sur l'avant, celles de la vie quotidienne avec ses services sur l'arrière. Sous les combles, des chambres sans confort sont réservées à la domesticité.

Au contraire de l'aristocratie, qui vivait en retrait de l'espace public, la bourgeoisie affiche en façade les signes de sa réussite et de son enrichissement.


La place de la femme :

Toute famille bourgeoise se doit de recevoir et est reçue en retour. Le rôle de la maîtresse de maison est essentiel. En constante représentation, elle est le double social et mondain de son mari, son faire-valoir. Son apparence, véritable enseigne de la fortune du ménage, permet d'en évaluer la richesse.
Son modèle reste l'aristocratie. Complexée à l'idée d'un faux pas, elle lit les manuels de savoir-vivre et les revues de mode.

Dans la bourgeoisie rurale, la femme véhicule une image plus maternelle. Seules les œuvres charitables, d'inspiration religieuses et paternalistes, permettent un rôle social extérieur à la famille.

Quelque soit le milieu dans lequel elle évolue, une bonne maîtresse de maison bourgeoise doit veiller à ce que chaque tâche soit bien accomplie. Ménage, entretien du linge, aménagement et décoration de la maison, menus, emplettes ménagères sont autant d'activités qu'elle organise et surveille.

Son intérieur :

Si le couple habite dans un appartement, l'agencement des pièces reprend, sur un plan horizontal et dans un espace plus réduit, le modèle aristocratique de l'hôtel particulier.

Un art de vivre particulier, mêlant goût du décor et économie domestique, s'épanouit dans l'univers intime du foyer. Les artisans décorateurs proposent de nouvelles matières faites pour en imiter de plus nobles. Ainsi, le carton-pierre permet de réaliser de faux décors sculptés, les sculptures en zinc sont patinées de bronze, les tapisseries deviennent de fausses peintures...

Cette classe récemment parvenue n'a pas encore la hardiesse d'oser un style nouveau. En matière d'ameublement, leur style s'inspire du style Louis XVI. L'ancien n'est jamais purement et simplement copié. Sûre d'elle, cette société croit qu'il est possible d'améliorer les styles anciens et que, mieux outillée et disposant de techniques nouvelles, ses artistes et ses artisans peuvent faire mieux que leurs lointains prédécesseurs.

Les savoirs scientifiques nouveaux, l'avancée des sciences naturelles, des sciences physiques et de la chimie font progresser l'hygiène. La bourgeoisie ne voulant pas rester à la traîne, recherche les innovations ou les provoque. L'usage des bains à domicile, quoique encore rare, se répandant depuis la Monarchie de Juillet. Les dents sont lavées avec de la poudre de " corail des opiats " et de la poudre de charbon purifiée au quinquina. Des vinaigres de toilette et des crèmes protectrices sont utilisés pour soigner la peau. On cherche aussi à manger plus sainement. L'hygiène alimentaire est en train de se constituer. Une bonne maîtresse de maison doit en tenir compte pour élaborer ses menus.

Recevoir :

Les pièces de réceptions bénéficient d'un soin tout particulier. Salons et salle à manger prennent une allure ostentatoire à la mesure du désir de paraître de son propriétaire : cheminée de marbre, dorures, stucs et moulages au plafond, grands miroirs aux murs, et, partout des pompons, des galons, des glands, sans compter les innombrables bibelots qui encombrent les meubles : napperon sur le piano, vases, vide-poches, coussins... Les fleurs, fraîches ou artificielles, abondent, disposées dans toutes sortes de corbeilles et jardinières.

Le dîner est le moment privilégié pour recevoir. Dans la riche bourgeoisie, ce n'est plus un repas mais une représentation théâtrale ; l'accession à une certaine aisance et la recherche de confort favorisent le développement de nouveaux objets : porte-couteaux, porte cure-dents, ronds de serviette dont l'utilité peut paraître vaine.
La table hérite des raffinements de la gastronomie inventés par l'aristocratie du siècle précédent. Après le repas, les convives se dirigent vers le salon où la maîtresse de maison, pour faciliter la conversation, a fait disposer des tables en petits cercles. Lors de ces réunions la (les) jeune(s) fille(s) de la maison montre(nt) leur virtuosité au chant ou au piano.


Occuper ses journées :

L'oisiveté de la femme n'est pas de mise dans ce milieu et les activités intérieures ou extérieures ne manquent pas pour occuper la journée.

Les travaux d'aiguille tiennent une place non négligeable dans l'emploi du temps. Les mères enseignent très tôt l'art de broder à leur fille en s'aidant des modèles que l'on peut trouver dans le Journal des Demoiselles ou Des Dames et des Modes. Dans les corbeilles doublées de taffetas prennent place les multiples accessoires et la menue mercerie pour la couture et la broderie.
Pour les moins fortunées, il est possible, avec l'aide de sa femme de chambre, de se faire rapidement une toilette, en s'aidant des patrons publiés dans les revues de mode.

" La lecture est la branche la plus importante de l'éducation des filles car c'est par elle que l'intelligence s'éclaire et que le sentiment se développe ; il faut donc qu'une femme lise beaucoup. " Journal des Demoiselles, 1834. Dans l'univers bourgeois, une vaste bibliothèque est un signe d'appartenance au milieu des notables de la ville. Les auteurs anciens restent la référence, beaucoup de théâtre du 17e et du 18e siècles, des œuvres de Voltaire, Rousseau et Montesquieu. La création contemporaine, est abordée via les journaux comme le Siècle, le Figaro, la Revue des deux mondes ou La Mode. Les épisodes de romans y sont publiés en feuilleton et sont suivis avec passion lors des réunions intimes de fin d'après-midi.

Pour les plus intellectuelles, il est possible discuter littérature dans les cercles littéraires ou science dans les sociétés savantes. Tout ce qui a trait au passé étant à la mode, ces dernières organisent des visites archéologiques.

La femme s'adonne aussi à la peinture, au dessin, à la musique. Une jeune fille bien éduquée, doit savoir chanter et jouer du piano.
Le jeu, cartes, échecs, tric-trac, dominos ou loto, permettent de combler les moments vides de la journée.

Les promenades, les visites sont prétextes à se montrer, et la bourgeoisie ne s'en prive pas. Les visites sociales se font dans l'après-midi, entre trois et cinq heures trente. Il y a toujours quelque chose à acheter ou à voir dans les magasins.

Les restaurants et les cafés se multiplient dans les villes. On peut s'y arrêter boire une limonade ou un chocolat chaud, prendre une légère collation à midi ou, le soir, s'offrir un dîner dans une table renommée.

Les riches bourgeois des grandes villes sont entraînés dans un tourbillon de fêtes, bals et spectacles divers. Les autres, majoritaires, ont une vie simple et économe, centrée sur le travail.


Le séjour à la campagne :

Toute famille citadine ayant un certain train de vie possède une propriété à la campagne. On y passe une grande partie de l'année, du mois de mai, juin au plus tard, jusqu'au mois d'octobre ou de novembre. Lors de ce séjour la vie est plus monotone. Le temps consacré à la couture, la broderie ou la lecture est plus important.

A partir de 1860 le tourisme se développe. Les premiers guides apparaissent. La mode des villégiatures se répand, l'amélioration du réseau de chemin de fer facilite les trajets. Les riches et les snobs vont dans les villes d'eau, le corps médical recommandant les bains de mer.