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| Scène
de cannibalisme Huile sur cuivre H. 18 ; L. 24,5 Signé en haut au centre : I.V. Kessel F |
Kessel Jan van, dit le vieux (Anvers, 1626 ; id., 1679)
Fils de Hieronymus van Kessel, Kessel le vieux fut l'élève de son oncle Jan II Brueghel et de Simon de Vos en 1634-1635. Reçu maître de la gilde d'Anvers en 1644, il se maria en 1647 et eut treize enfants dont deux furent peintres également. Il fut encore capitaine de la garde civile d'Anvers.
Artiste assez prolifique, il peignit, souvent sur cuivre et dans des formats réduits, un grand nombre de natures mortes et de guirlandes florales entourant un cartouche. Il produisit aussi de minuscules études de fleurs, de fruits et d'insectes qui constituent de véritables planches de botanique et de zoologie, sans oublier quelques scènes de genre d'un format parfois plus ambitieux, mais néanmoins traitées avec la même minutie et la même rigueur.
Cette uvre tout
à fait exceptionnelle dans l'uvre de Kessel le vieux et particulièrement
rare sur le plan iconographique est en fait directement dérivée
de l'une des planches illustrant le troisième volume des Grands Voyages
de Théodore Bry consacré au Brésil (Navigatio in Brasiliam
Americae) et publié à Francfort en 1592. Les voyageurs français
du milieu du 16e siècle qui avaient tenté, à l'instigation
de l'amiral de Coligny, d'établir dans une île de l'actuelle baie
de Rio de Janeiro une colonie de la " France antarctique " furent
en effet déconcertés par les murs anthropophages des autochtones.
Certaines peuplades mangeaient
leurs ennemis tués lors des combats afin, pensaient-ils, de s'en approprier
la force. Les prisonniers quant à eux étaient intégrés
dans la tribu où ils étaient soignés et engraissés
jusqu'au jour où ils devaient être consommés. Ils étaient
alors mortellement assommés, leurs corps découpés en morceaux
et cuits par les femmes dans des marmites en terre avec de l'eau et du maïs.
Il est beaucoup moins assuré que les membres fussent grillés sur
le feu de bois comme du gibier ; la broche où tourne notamment une jambe
d'homme est probablement une invention des artistes européens qui exploitaient
ainsi le goût du frisson et de l'horreur sans pour autant attribuer à
ces sauvages aucun trait de réelle brutalité.
Quoiqu'il en soit, il est intéressant de noter que de tels récits
suscitaient encore la curiosité plusieurs décennies après
les évènements. La singularité du thème y était
sans doute pour quelque chose et nous ne regretterons pas que Kessel le vieux
l'ait traité avec tant de chatoiement
et d'habileté dans ce petit cuivre d'une grande qualité picturale
bien digne de la main du neveu et élève de Brueghel de Velours.
Bibliographie :
Thierry Lefrançois, Musée du Nouveau Monde. Manuel du visiteur
et de l'amateur, La Rochelle, 1990
Thierry Lefrançois, L'allégorie de l'Amérique à
travers les collections du Musée du Nouveau Monde, La Revue du Louvre
et des Musées de France, 1992
Expositions :
Brueghel, une dynastie de peintres, Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 1980,
n°21
Brésil baroque, Paris, Petit Palais, nov. 1999 - fév. 2000