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GRAFFITI A SUJET MARIN DE SAINTES ET DU VAL DE SAINTONGE
INTRODUCTION
Le Graffiti, inscription non officielle, est une action individuelle d'un scripteur en direction de lui-même, d'un lecteur connu de lui ou non, contemporain ou non, voire en direction du support ou du monument sur lequel il est gravé.
Les techniques de gravure sont multiples, couteau, clou, ardillon de ceinture, par ponctuations ou incisions plus ou moins profondes tel le saisissant panneau de la cathédrale saint Pierre qui associe visage monogramme et croix avec cercle ponctué.
Les graffiti peints tracés à l'ocre, au crayon ou au charbon de bois sont, en général, beaucoup plus répandus dans les carrières ou sur les lieux de travail collectif, mais dans les clochers de Saintes, il existe plusieurs représentations humaines peintes à l'ocre datées des XVIIIe et XIXe siècles.
Le choix du graffiti dépend
des motivations des scripteurs
( prière, ex voto ou simple témoignage, désir de pérennité
)
et de l'image qu'ils ont des supports en fonction de leurs motivations et du
type de message.
Saintes et le val de Charente comportent tous les types de graffitis
: bateaux (de nombreux types
plus ou moins archaïques et de taille plus ou moins importante) à
l'intérieur ou à l'extérieur
des monuments,architectures saintaises, patronymes, traces de passages de professionnels,
graffiti d'enfermement, représentations animales ou humaines, représentations
d'outils, jeux de compas, traces de passages des pèlerins, blasons, chaussures
et symboles marins, signes à connotation religieuse....dus à des
civils ou des militaires du XVe au XXe siècle.
Le graffiti représente un volume important de signes donc, avec une interrogation
: existe-t-il une spécificité des graffiti dans les églises
du val de Charente et que peut-on en tirer sur la mentalité des populations
?
QUI SONT LES SCRIPTEURS ?
Qu'ils soient simples voyageurs,
pèlerins, ecclésiastiques, ouvriers ou prisonniers, on constate
qu'à Saintes les visiteurs sont de toutes les classes sociales.Ils avancent
anonymes ou à découvert, hommes libres ou prisonniers.
Au XVIe siècle, un dénommé Jean Bellet a gravé près
de la porte d'entrée de la cathédrale Saint-Pierre sur la vis
torte "huit vingt dix degré contés par moi messire Jehant
Bellet le 24 octobre 1590". Qui était ce Jehan Bellet ? Très
certainement un clerc.. .
Dans la salle de l'horloge de Saint-Eutrope, et dans une belle graphie réglée,
I. Dupeux, nous apprend
qu'il était
"sacristin de Saint-Eutrope" en 1716.
L'église de Marennes nous apprend la visite sur la terrasse du clocher
de
Martin de Limoges
1766, ou que le vingtsixieme novembre 1544 Iehan Constantin estoy icy avec
Iehan Macavlda.
Les prisonniers protestants
de Brouage, enfermés au XVIIIe siècle dans les anciennes forges,
ont laissé
quelques patronymes et se sont mutuellement exhortés à la foi
par la gravure de psaumes, de calvaires ou de
maximes plus intime dont l'émouvant 17 May 1700, oh Dieu tu vois comme
on nous traite (?)
Ce sont en général,
mais ceci est à affiner, des navires de haute mer à trois mâts
plutôt de type XVIIIe siècle, à quelques exceptions près
où l'on a relevé des figurations proches de bateaux fluviaux à
fond plat type gabare.
Ce sont toujours des
bateaux à voile.
UN EXEMPLE : LES GRAFFITI A SUJET MARINS
Les vapeurs utilisés et pour le transport des voyageurs, essentiellement
entre Saintes et Rochefort, mais aussi comme remorqueurs pour les gabares et
le transport des marchandises attestés par l'iconographie du XIXe siècle
sur le fleuve Charente, (gravure de Bréjon père, 1851, Musées
de Saintes) ne semblent pas, dans l'état actuel de la recherche, avoir
inspiré les scripteurs. On peut en tirer quelques conclusions quant à
la datation et à la charge d'imaginaire moindre que représentaient
de tels bateaux.
Certaines représentations sont très détaillées ou spectaculaires. Ainsi celle signée et datée Richard 174? qui avec les ancres lancées, mesure, dans l'escalier du clocher de Saint-Pierre 140 cm x 95 cm. Le château arrière est représenté de face alors que le corps du bateau est de profil. La proue est à enroulement et les deux ancres sont développées. La gravure limitée par l'extrados des marches n'a pas permis de faire figurer la mâture.
De telles représentations assez techniques sont connues à Marennes, la Rochelle (L. Bucherie,1978) ou dans les latrines de Brouage où en particulier trois graffiti certainement de la même main semblent nous présenter trois étapes de la construction d'un bateau. Le premier profil montre le tableau arrière, l'étrave sur toute sa longueur et le massif avant, le second présente les bordées assemblées et le troisième le bateau terminé avec mâts et haubans.
A noter comme imaginaire
dans la nef de la cathédrale Saint-Pierre un curieux petit graffiti d'une
nef à deux mâts, dont un sous toile, montée par deux personnages
mitrés qui fait songer à
une influence par une peinture murale ou un ex-voto, voire un sceau. Une représentation
de ce type, beaucoup plus précise et dans la structure du bateau et dans
la gestuelle des personnages, existe à la cathédrale de Manchester.
La salle haute du couvent des Jacobins à Saintes présente, dans
le même esprit, un curieux panneau associant un bateau et deux personnages
sans pouvoir d'ailleurs affirmer leur contemporanéité.
Celle-ci est par contre
indéniable à l'église de Marignac où, sur un bateau
avec une voile carrée et châteaux en proue et en poupe, au moins
deux personnages semblent à la manuvre. Cette représentation
de bateau avec châteaux avant et arrière est assez comparable aux
vaisseaux du haut Moyen Age présents sur les sceaux de Winchelseaou Rye
(XIIe siècle).
On rencontre ce type de bateau dans l'iconographie jusqu'au XVIe siècle.
Il y a donc une large plage de datation possible qui ne dépasse cependant
pas le XVIe siècle.
Accompagnant ces représentations de bateaux, de très nombreux symboles marins sont figurés telles que ancres, intégrées ou non à des patronymes "Leput", voire ancre-bateau et surtout des chaussures à haut talon, chaussures masculines ou chaussures de marin dont le type est bien connu pour le XVIIe siècle. Au moins cinq représentations ont été relevées à la cathédrale Saint-Pierre.
Des chaussures de ce type sont connues à La Rochelle, Brouage Marennes...La cathédrale saint Pierre offre l'image peu rencontrée ailleurs d'un sabot à l'extrémité d'empeigne enroulée.
Il est étonnant de constater que les évolutions de la mode, bien connues par d'autres représentations graphiques ou picturales, n'aient pas été prises en compte par les scripteurs. Ce type de chaussures stéréotypé porte donc à un moment donné un sens fort et pérenne. Il faut noter en particulier l'original panneau du chevet de Saint-Pierre de Saintes présentant 6 chaussures à boucle absolument identiques mais de tailles très légèrement différentes. Il y a en général peu de fantaisie décorative dans les représentations de ces chaussures (quadrillage comme à Brouage ou parfois, décor en croix). Une seule composition à Saintes aboutit à des jeux graphiques qui par la position et le mélange suggestif chaussure masculine et chaussure féminine pourrait bien avoir une signification sexuelle.
Pour une interprétation typologique de ces bâtiments, il sera intéressant de confronter les graphies saintaises à celles de Brouage ou à celles de l'église de Marennes, qui demeurent les sites de référence en matière de représentations marines, bateaux de haute mer exclusivement mais aussi bateaux de travail et de navigation côtière, ainsi qu'à celles de Juac, commune de Saint-Simon, dont le mur des gabariers est un site de référence pour les représentations de gabares voire d'éléments de gabare comme des gouvernails.
On y trouve aussi des bateaux de haute mer du début du XIXe siècle, les seules dates associées étant du premier tiers du XIXe siècle, certainement vus à Rochefort par des gabariers lors de leurs voyages. Il est en effet peu probable que ces gros navires aient pu remonter la Charente jusque là, en tout cas à la voile.
Un dessin de Léon
Gaucherel (1816-1898) conservé au Musée des Beaux-Arts de Saintes
montre une gabare sur la Charente avec un mat démesurément haut
portant trois niveaux de voile. Cette surcharge de toile montre la difficulté,
même pour un bateau relativement léger à capter des vents
contrariés par les berges et la végétation.
Pour illustrer cette constatation, ne perdons pas du vue que, en fonction des
conditions, un voyage de gabarier entre Tonnay-Charente et Angoulême pouvait
durer de 16 jours à 2 mois !
Dans ces grands sites, l'intérêt esthétique se double souvent d'un intérêt documentaire et technique. Ainsi le bateau voiles carguées avec ancre et annexe du clocher de l'église de Marennes et le bateau voiles larguées des latrines de Brouage ayant la chance d'être dans des milieux abrités figurent parmi les plus belles représentations navales des côtes de l'Ouest.
CONCLUSION :
Quelle est la signification des gravures de bateaux sur les églises ?
Précision ou imprécision du trait qu'importe, le bateau est là, voyant, et ce n'est pas le détail technique qui compte forcément. Même si, pour une grande partie de ces représentations, il y a un aspect témoignage simple, il faut leur accorder une valeur comparable aux ex-voto.
Cette fonction
me semble, pour prendre un exemple en dehors de la Saintonge, particulièrement
marquée dans l'église d'Esnandes où il y a une forte concentration
de représentations sur les piliers proches du chur.
Graffiti de marins, de charpentiers de marine, de simples matelots, ils sont
transmission d'un savoir. Populaires
à partir du XVIe-XVIIe siècle, les images les plus anciennes faisaient
parties de l'imaginaire de lettrés.
Le graffiti à travers les représentations marines a donc connu et c'est le principal apport du val de Charente, une évolution. De langage codé au même titre que les autres créations artistiques du moyen âge, il devient langage populaire compréhensible par tous.
BIBLIOGRAPHIE :
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Graffiti, mise en scène des pouvoirs et histoire des mentalités,
thèse Paris XIII,
Ce travail universitaire contient un essai d'inventaire des sites (surtout profanes
ou domestiques) à graffiti de Charente Maritime.
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Graffiti anglais à La Rochelle, la porte Royale, la Tour de la lanterne
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Les graffiti des tours Saint-Nicolas et de la Chaîne à La Rochelle
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Glyptographie Santonne et Aunisienne, état des recherches
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Cet article comporte une liste des sites de Charente-Maritime à graffiti
et bibliographie critique
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Panorama des graffiti maritimes des côtes du Ponant
Colloque de Rochefort
Cognac (musée de) (1992)
Tradition de la batellerie sur le fleuve Charente
catalogue exposition
Dangibeaud Ch. (1986)
Le vieux pont de Saintes
Gailledreau J.P, Trochut J.M. (1991)
Rapport de prospections, l'inventaire des graffiti (val de Charente)
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Les graffiti de l'église de Moings (Charente-Maritime)
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[pp. 556-572]
Henriet J.L. (1992)
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Recherches archéologiques en Saintonge, [pp. 71 à 76]
Lafarge l.
Thèse en cours sur les graffitis de Haute Saintonge
Anonyme
Les graffiti de l'église de Moings, s.d.
Rieth E. (1998)
Des bateaux et des fleuves, archéologie de la batellerie du néolithique
aux temps modernes en France, Errance
Senillou P. (1990)
Les marques des tailleurs de pierre sur la Chaussée Saint-James, près
de Taillebourg (Charente-Maritime)
Actes du colloque de Rochefort
Souris M. (1989)
Echevinage et beffroi, Saintes
Souris M. (1992)
Les graffiti
Société archéologique et historique de la Charente Maritime,
N°19 , [p. 73-81]
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