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La
maison du Docteur Barré
Introduction :
Avant d'abriter le musée municipal de Thouars, cette maison fut le lieu de résidence du docteur Henri Barré.
Esprit curieux et amateur
d'art, il est à l'origine des collections proposées aujourd'hui.
On ne sait que peu de chose sur lui. Il est né le 3 octobre 1824
à Thouars. Il fit des études de médecine à Paris
tout comme son frère cadet Gustave. Si ce dernier s'installa dans
la capitale, Henri Barré préféra exercer à Thouars.
Comme il conserva une profonde affection pour son frère, il est fort
probable qu'il fit de nombreux voyages sur Paris où il fréquenta
artistes et collectionneurs d'art.
Il mena néanmoins une paisible carrière de médecin,
il se maria en 1858 avec Léopoldine Artus et mourut sans descendance
le 12 juin 1887.
La maison d'Henri Barré
est bâtie en lieu et place de la demeure familiale, mais il ne reste
rien de cette dernière. En effet, il entreprit de la raser en 1862
afin d'en rebâtir une toute autre. Ce faisant, ce médecin provincial
a pu laisser libre court à sa passion pour les arts en s'investissant
dans de nombreuses étapes de la réalisation puis de l'aménagement
de sa résidence. Ainsi, la maison tant dans son aspect extérieur
que dans sa décoration intérieure porte la marque d'un amateur
érudit soucieux de se montrer à l'écoute de son temps.
Première partie : Architecture extérieure
Des plans signés Henri Barré :
Le musée Henri Barré de Thouars possède des plans de l'élévation des façades côté cour et côté jardin. Le premier pré-projet pour la façade côté cour est signé de la main du docteur Barré. Il prouve l'implication du médecin dans la création et dans la conception de la décoration extérieure de sa maison. On peut y rapprocher, de par sa facture, un second pré-projet de la façade côté jardin, non daté, comme étant aussi de la main du médecin. Deux autres plans non signés et non datés présentent la demeure dans une version bien plus proche du résultat final, notamment pour la façade côté jardin.
L'observation des façades
permet de classer cet édifice parmi les maisons de style néo-gothique.
En effet, l'ensemble des ornements évoque un goût de l'époque
pour l'architecture des châteaux forts symbolisant le pouvoir seigneurial.
Néanmoins, le docteur Henri Barré a fait preuve d'une certaine
originalité. La décoration des façades est issue de
probables observations tant au niveau local (certaines maisons de Thouars
conservaient des parties architecturales du XVe siècle
: la tour de l'hôtel Tyndo, les remplages gothiques de l'église
de Saint-Médard), tant au niveau national (ayant étudié
la médecine à Paris, Henri Barré aura certainement
visité les églises gothiques de la capitale). Son réel
talent pour le dessin l'a probablement poussé à croquer les
édifices du pays Thouarsais. Le musée conserve aujourd'hui
un dessin de sa maison natale en colombage. De plus, il a réalisé
une copie d'une gravure de Gaigniers illustrant une vue de Thouars. S'il
a réinterprété dans un style romantique la nature environnante
(remplaçant les champs par des forêts), il a aussi enrichi
la composition initiale d'une multitude de détails.
Description de la façade côté cour :
Le plan signé Henri Barré présente, à quelques détails près, ce qui constituera l'aspect définitif du bâtiment. Côté cour, la demeure est dotée d'une tourelle faisant saillie qui sépare les deux entrées possibles. Sur la droite, l'entrée principale, très ouvragée, est surmontée d'arcs en accolade retombant sur des culots. Sur la gauche, la deuxième entrée plus dépouillée est dépourvue des ornements de la première. À la gauche de l'entrée secondaire et à droite de la porte principale, des fenêtres percent la façade pour permettre d'éclairer respectivement la cuisine et le cabinet de travail du docteur. Ces baies comme l'ensemble des ouvertures sont moulurées à la manière du XVe siècle.
Au niveau de la tourelle
abritant l'escalier on retrouve le plus d'ornementations. Cette partie de
la demeure est percée de trois baies : une par niveau. Celle du première
étage est ouvragée dans un style médiéval avec
un seuil décoré de rinceaux et de feuillages stylisés,
la partie supérieure est décorée d'un arc en accolade
supportant deux pinacles et retombant sur deux culots. En effet, elle est
décorée de faux mâchicoulis et d'un fronton flanqué
de pinacles, aujourd'hui disparus. Un blason qui n'apparaît plus en
l'état sur la façade complétait l'ornementation de
cette fenêtre.
Pour le reste de la maison, si la cuisine est coiffée d'un simple
toit en terrasse, la partie à droite de l'entrée principale
fait légèrement saillie par rapport au reste du bâtiment.
Elle s'élève en fronton flanqué, sur le plan, de deux
acrotères à motifs naturalistes. Dans la version définitive,
les acrotères seront remplacés par des gargouilles.
Entre la tourelle et le fronton à droite, au-dessus de l'entrée
principale, Henri Barré a dessiné une balustrade ajourée
de losange paré de trèfles à quatre feuilles. Entre
le plan et la construction, ce décor a été modifié
: il est remplacé par le remplage gothique initialement dessiné
pour la finition du toit.
Description de la façade côté jardin :
La structure de la façade côté cour imaginée par le docteur Barré a été matérialisé à quelques détails près. Pour la façade côté jardin, l'évolution entre le pré-projet et la réalisation concrète montre de nombreuses nuances allant dans une simplification de l'ornementation de la façade et un nouvel agencement des baies.
Comme pour la façade côté cour, les baies sont moulurées à la manière du XVe siècle.
Le rez-de-chaussée se compose d'une porte d'entrée surmontée d'un arc en accolade supporté par de culots à forme animalière et se terminant en fleuron. Elle est flanquée de part et d'autre de deux fenêtres qui éclairent, à gauche, le salon et, à droite, la salle à manger. Elles sont décorées de manière similaire à la porte.
Le premier étage est percé de trois fenêtres dont l'aspect n'a pas particulièrement évolué entre le pré-projet et la réalisation définitive si ce n'est la balustrade à remplage gothique qui surplombait la baie centrale dans le premier projet. Les fenêtres à meneaux de cet étage diffèrent de celles du rez-de-chaussée surplombées d'arcs en accolade.
Une des plus grande
évolution entre le pré-projet et la réalisation finale
de la façade côté jardin reste l'aspect, le nombre et
l'agencement des baies situées sous les combles. Initialement, Henri
Barré avait dessiné deux baies dans le prolongement vertical
du salon et de la salle à manger. Toutes deux étaient surmontées
d'un fronton flanqué de pinacles et se terminant en son sommet par
un fleuron. La version définitive a supprimé ces deux baies
au profit d'une fenêtre pendante centrale. Cette baie est surmontée
d'un arc en accolade supporté par deux culots, elle est ornée
d'un fronton triangulaire avec deux acrotères de part et d'autre
et se terminant par un fleuron à plusieurs branches.
Deuxième partie : Architecture intérieure
Présentation générale de l'organisation des pièces
Le rez-de-chaussée
s'articule autour d'un vestibule octogonal donnant sur la cour via la porte
d'entrée principale. Ce vestibule permet une communication entre
les pièces dans deux axes possibles.
L'axe Est-Ouest : le vestibule se prolonge en un couloir pour relier l'entrée
côté cour (la porte principale) et celle côté
jardin en offrant un point de vue sur le parc dans l'enfilade du couloir.
Ce dernier permet la communication du salon sur la droite et de la salle
à manger sur la gauche.
Toujours dans cet axe le vestibule donne accès, sur la droite, au
cabinet de travail d'Henri Barré et, sur la gauche, un couloir permet
d'aboutir à la cuisine et à l'escalier menant au premier étage.
Ceci forme le deuxième axe Nord-Sud, parallèle à la
façade principale.
Nous ne nous étendrons pas sur l'organisation et la scénographie des étages de la maison car Henri Barré semble avoir privilégié les aménagements du rez-de-chaussée. Ainsi et comme dans beaucoup d'immeubles bourgeois de cette époque, les pièces d'apparat ont été privilégiées. Henri Barré a décoré (parfois de sa propre main, parfois en faisant appel à des amis artistes) ces dernières, à savoir le cabinet de travail, le salon et la salle à manger dans des styles différents et hétéroclites. En effet, si le cabinet de travail et le vestibule reprennent le style gothique de l'ornementation extérieure, le salon et la salle à manger se rapprochent d'un style Second Empire tout en empruntant aux styles Louis XVI et Louis XVIII.
Le vestibule et le cabinet d'Henri Barré
Dans les demeures néo-gothiques,
l'extérieur médiéval cherche à évoquer
une importance proche de la puissance seigneuriale pour les propriétaires,
l'intérieur devait être cossu et confortable, dans le goût
de l'époque, afin de bien recevoir.
Par goût personnel, Henri Barré a sans doute choisi de prolonger
cette esthétique médiévale dans le vestibule octogonal
et dans son cabinet de travail.
Le vestibule ouvre donc sur le rez-de-chaussée par trois portes chanfreinées,
dessinant un arc en accolade. Les murs couleur brique répondent au
sol fait de carreaux de terre cuite et de bouchons de couleur sombre.
Toujours dans le style troubadour (genre qui fut en vogue pendant le premier
tiers du XIXe siècle), le cabinet du docteur est principalement
décoré d'une cheminée à décors fantaisistes
sculptés et peints. Sans avoir de preuves irréfutables, cette
dernière est attribuée, dans des archives, à Henri
Barré ce qui soulignerait les capacités et l'intérêt
du docteur pour les arts plastiques.
Sur le linteau de la cheminée deux créatures, un griffon et
un chien ailé s'affrontent pour la possession d'un bouclier sur lequel
figure le caducée médical. Deux petits personnages sculptés
et peints semblent soutenir le linteau tandis que le reste du décor
est composée de motifs à dominante de rouge s'accordant à
la couleur des murs rosâtres. Le mobilier composant le bureau reste
lui aussi d'inspiration médiévale.
Les tableaux aux murs ne correspondent pas à l'agencement d'Henri
Barré mais on peut voir dans cette pièce les deux portraits
des frères Barré, celui de Gustave, peint par Henri et celui
d'Henri, peint par Gustave permettant de penser que les deux frères
devaient s'encourager l'un l'autre dans leurs passions communes pour les
arts.
Le salon et la salle à manger : la scénographie de F. Besson
Par rapport au goût
de l'époque, le salon offre une décoration à la mode.
De style Second Empire, cette salle carrée est peinte dans une dominante
turquoise. Le lambris vert forme des caissons recouverts de tentures sombres
pour traduire une impression d'ancienneté à la pièce
et qui s'accordent aux lourds rideaux. On peut aussi remarquer la cheminée
en marbre blanc qui tranche par la luminosité quelle dégage.
Mais cette pièce est avant tout remarquable par son plafond circulaire
peint dans un style et une iconographie qui rappellent le XVIIIe
siècle. Il s'agit d'une uvre de Faustin Besson qui porte la
dédicace "à mon ami H. Barré, F. B." et représente,
dans des tons pastel, une vénus accompagnée d'un amour jouant
dans les airs avec une colombe. On ne sait pas précisément
quels furent les liens entre Barré et Besson, s'étaient-ils
rencontrés durant les années d'études à Paris
? Toujours est-il que Faustin Besson, peintre "aimable" reconnu
à l'époque (il décora, entre autres, la chambre de Napoléon
III) vînt s'installer à Thouars pour concevoir les décorations
du salon et de la salle à manger de la maison d'Henri Barré.
En effet, une deuxième uvre lui est attribuée, il s'agit
d'un petit tableau ovale qui s'intègre au trumeau de la cheminée
de la salle à manger. Cette peinture figure deux amours, sujet abondamment
traité à l'époque.
Le travail de Besson ne s'est pas arrêté à la simple
réalisation de ces deux peintures car il est fort probable qu'il
ait supervisé l'agencement de ces deux pièces. Il était,
en effet, primordial de mettre en place une scénographie digne d'une
représentation théâtrale afin de bien recevoir et d'impressionner
les convives. Salle à manger et salon se répondent donc en
des jeux optiques rendus possible par l'utilisation de miroirs. L'artiste a su créer un décor qui place le convive au centre d'un
dispositif optique décuplant l'espace : en pénétrant
dans le salon, le regard se porte sur le trumeau de la cheminée lui
faisant face et reflétant le plafond peint, son propre reflet et
la peinture ovale de la salle à manger.
Évocation de la décoration d'Henri Barré à travers
sa collection personnelle
Il n'existe pas de documents
écrits ou photographiques qui permettraient de connaître l'exacte
répartition des objets et peintures collectionnés par le docteur.
Il est très difficile de distinguer la collection d'Henri Barré de celle de son frère.
Néanmoins, la nature des uvres permet d'avoir une idée
assez précise de la décoration intérieure. On peut
distinguer deux grandes collections - pour le nombre d'objets d'un même
domaine -, l'une dans celui de la céramique, l'autre dans la peinture.
Enfin, des pièces anciennes semblent illustrer l'intérêt
du docteur pour l'histoire de la ville, comme par exemple des carreaux de
faïence aux armoiries de Marie de la Tour d'Auvergne datant du XVIIe
siècle.
Dans le domaine de la céramique, Henri Barré semble avoir
privilégié - ou s'être limité à - l'histoire
locale car sa collection comprend essentiellement des barbotines de Parthenay
(atelier de Prosper Jouneau) et des faïences du XVIIIe siècle des environs de Thouars (à Rigné).
Dans le domaine de la peinture, pour lequel Henri Barré devait être
particulièrement sensible, on retrouve beaucoup d'uvres lui
étant contemporaines ou datant du XVIIIe siècle.
Il s'agit de tableaux de genres parmi lesquels on retrouve : natures mortes,
scènes de genre, paysages (il possédait deux petits formats de l'école de Barbizon) et allégories (dans un style académique).
L'ensemble constitue donc une iconographie agréable pour la société
de l'époque.