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DES MUSEES DE POITOU-CHARENTES,
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Rêves
d'Orients
L'Orient,
mot magique et ambigu, a fait tout au long du 19e siècle rêver plus d'un
artiste à la recherche de mystère et de dépaysement.
Il n'y a pas à proprement parler d'école orientaliste car le lien entre
les œuvres se fait davantage par l'iconographie que par le style.
Il s'agit plutôt d'un climat qui se traduit par le choix d'une iconographie
particulière.
Les limites géographiques sont délimitées par le Levant, l'Egypte, la Syrie,
le Liban, la Palestine et les côtes de l'Afrique de Nord auxquelles il faut
ajouter
l'Espagne et Venise, le passé arabe de la première et les relations historiquesde
la seconde avec Constantinople en faisant les portes de l'Orient.
Les contacts :
De nombreux
points de rencontre entre l'Orient et l'Occident jalonnent l'histoire occidentale
avant le 19e siècle.
Au 17e siècle, les langues et la civilisation de l'Extrême Orient ont été
dévoilées par les Jésuites. Grâce à Colbert les jeunes gens de la bonne
société ont la possibilité d'étudier le persan et le turc. En 1664 est créée
la Compagnie des Indes orientales qui favorise les échanges commerciaux
et artistiques.
Au 18e
siècle, les liens diplomatiques entre la France et certains pays d'Orient
se resserrent. Le 7 février 1715, Louis XV reçoit une délégation de l'ambassadeur
de Perse, suivit en 1721 puis en 1742 de deux importantes ambassades turques.
Désormais tout
ce qui vient de Turquie, de Chine, de Perse
ou d'Inde,
en un mot d'Orient,est à la mode.
Les Milles et une nuits, traduit en 1704, et les Lettres persanes de Montesquieu, publié en 1721, connaissent tous deux un succès considérable. On trouve des personnages turcs dans certains dessins de Watteau Nattier, et peintures de Boucher et Van Loo.
L'image que l'Orient véhicule aux 17e et 18e siècles est celle d'un monde magique et mystérieux, aux frontières mal définies, habité de pompadour sultanes et muftis de pacotilles où l'anecdote et le pittoresque prennent le pas sur le réel.
C'est Bonaparte qui
va ouvrir les portes d'un Orient non plus de fantaisie, mais vécu. Commentées
avec soin et presque au jour le jour, ses campagnes, en particulier celle
d' Egypte en 1798, mettent ce pays aux portes de Paris. Un groupe d'artistes
chargé des relevés et descriptions des sites et des monuments rencontrés
l'accompagne.
En 1802, paraît
le Voyage dans la Basse et Haute Egypte pendant les campagnes
du Général Bonaparte de Vivant Denon suivit d'une Description de
l'Egypte, ouvrage collectif d'un intérêt scientifique et iconographique
non négligeable.
D'autres pays sont bientôt sous le feu des projecteurs. La Grèce, tout d'abord,
qui cherche à se libérer de l'emprise turque,
cause rapidement adoptée
par les Romantiques. L'Afrique
du nord ensuite avec la prise d'Alger par l'armée de Charles X en 1830.
La curiosité des métropolitains est éveillée. Le voyage au Maroc de Delacroix
en 1832, ne fera que confirmer l'intérêt pour les paysages et les coutumes
de ces
pays. Ce qui fera écrire à Victor Hugo en préface à ses Orientales "
l'Orient est devenu une préoccupation générale".
Premières sensations :
Les artistes
romantiques, en quête de nouvelles sources d'inspiration, ne peuvent être
que séduits par la puissance de dépaysement de l'Orient.
Ce n'est plus en Italie que les peintres iront désormais chercher leur inspiration
mais dans tout le Proche-Orient.
Les campagnes napoléoniennes et les évènements politiques de la première moitié du siècle fournissent aux peintres une source quasi inépuisable de sujets, enrichissant leur palette de couleurs vives, rendues plus éclatantes par la lumière intense de l'Orient.
Pour leurs sujets bibliques, très en vogues, les artistes attendent de ce lieu, berceau de l'humanité, qu'il leur livre le secret des origines de l'homme, qu'il leur fournisse des décors et des attitudes authentiques. " Au lieu d'inventer à froid dans un atelier de Paris la scène de Rachel à la fontaine ou de la Samaritaine causant avec Jésus, allez donc peindre là-loin dans le désert quelque fontaine au lieu d'une oasis avec les filles arabes qui viennent y puiser de l'eau. ", Etienne Thoré-Bürger, critique d'art.
Le passé antique de l'Orient n'est pas la seule source d'inspiration. L'Islam séduit tout autant. Il initie à un autre univers de sagesse et de passion, perçu par le regard romantique comme vibrant de bruits, de couleurs et de lumières.
Si certains peintres
cherchent à vivre l'Orient en se rendant sur place, beaucoup se contentent
de l'imagerie stéréotypée véhiculée par la littérature, en y ajoutant leurs
propres fantasmes.
L'Orient ainsi " re "crée par les romantiques est un pays imaginaire, éternel
qui privilégie l'aventure, l'enchantement, le rêve. Face à un monde européen
en pleine mutation il représente l'idée d'immuabilité.
Les peintres reporters :
La guerre de Crimée en 1854-1855 et l'ouverture du canal de Suez en 1869, remettent l'Orient sous le feu des projecteurs. Des artistes sont envoyés pour rendre picturalement compte des événements politiques.
Si la vision
romantique de l'Orient s'essouffle, il n'en perd pas son attrait pour autant.
Les artistes ont maintenant à coeur de fixer une image plus proche de la
réalité et visitent l'Orient en journalistes, privilégiant le reportage
à l'émotion.
Un artiste comme
Fromentin illustre bien ce désir d'offrir aux occidentaux des témoignages
précis, des reconstitutions fidèles des scènes de paysage, des objets ou
des types humains rencontrés. Ce
fils de médecin fit plusieurs voyages en Algérie. Il voit moins la violence
et le pittoresque préférant jouer sur les subtilités de la lumière africaine,
la poésie de sa nature, la magie du désert. Loin
de la palette violente de ces aînés romantiques, son observation
attentive l'oblige à une réduction chromatique. Dès 1846 il note que l'Algérie
est " le triomphe du gris ".
Ces toiles sont un peu boudées du public qui a du mal à se détacher de l'exotisme conventionnel.
A sa suite
pourtant, des artistes comme Léon Belly ou Etienne Dinet s'attachent à rendre
les demi-teintes de l'Afrique, ses gris éteints, ses ocres moribonds.
Alors que logiquement les pays orientaux se transforment au contact des
européens, ces peintres fuient toute européanisation. Les sujets choisis
évoquent les aspects plus sévères : tribus misérables du Sud Algérien, mendiants
aveugles, murs croulants des villages rencontrés.
La photographie, qui se développe à cette époque, contribue à donner de
l'orient une image réaliste à en restituer l'ambiance réelle.
A l'imagination des romantiques succède l'observation des réalistes.
Le
voyage et le retour en atelier :
Si pour
les précurseurs un seul voyage est souvent suffisant pour alimenter leur
œuvre jusqu'à la fin de leur vie, les peintres de la génération suivante
sont pris par le démon du voyage.
A partir de la deuxième moitié du 19e siècle, les investissements économiques,
les missions d'enseignements et les échanges culturels se multiplient. On
améliore ou crée des infrastructures routières, ferroviaires et maritimes
qui sont autant de facteurs facilitant le voyage.
Dans des villes comme Alexandrie, Constantinople ou Alger, le voyage est
bien organisé, sans danger et les artistes confortablement installés. Mais
lorsqu'ils désirent s'aventurer hors des sentiers battus les artistes se
frottent alors à l'hostilité des populations locales et aux attaques des
brigands.
Dans ces conditions,
peindre sur place relève de l'exploit.
C'est pourquoi les artistes prennent beaucoup de note et exécutent maints
croquis au crayon, à l'encre ou à l'aquarelle qu'ils reprennent une fois
de retour en Europe. La
photographie est aussi utilisée comme aide-mémoire. Les artistes font eux-mêmes
leurs prises de vues ou se font accompagner par un opérateur.
Sur place il est aussi possible de trouver des tirages de paysages, d'architecture,
d'indigènes dont les plus connus sont ceux de Félix Bonfils.
Les objets
arabes font fureurs. Les orientalistes récréent dans leur atelier un monde
de faux-semblants où la date et l'origine de leurs trouvailles est souvent
approximative. Théophile Gautier donne la description suivante de l'intérieur
de Théodore Chassériau : " Les yatagans, les kandjars, les poignards
persans,
les pistolets circassiens, les fusils arabes, les vieilles lames de Damas
niellées de versets du Coran, les armes à feu enjolivées d'argent et de
corail, tout ce
charmant luxe barbare se groupait encore en trophées le long des murs ;
négligemment accrochés, les gandouras, les haïks, les burnous, les caftans,
les vestes brodées d'argent et d'or… "
L'Orient
et la société bourgeoise du 19e siècle :
L'orientalisme
arrive à un moment où le public, un peu lassé des héros antiques et de la
mythologie gréco-latine, découvre subitement des terres inondées de soleil,
étranges et colorées qui sont une invitation au voyage.
Les acheteurs sont de riches bourgeois industriels, armateurs ou financiers
comme le 19e siècle en a produit beaucoup qui écoutent avec passion les
récits des explorateurs, dévorent les romans d'aventure, les poèmes de Victor
Hugo, lord Byron ou Goethe. Ils appartiennent à une société où travail et
devoir sont les principales vertus et où la seule vue d'une bottine de femme
suffit à affoler la libido.
Les orientalistes vont leur fournir la possibilité de rêver devant des images
de minarets, de casbahs, de souks, de déserts, de smalahs, d'oasis, de sultanes
et d'esclaves sans quitter le confort de leurs salons feutrés. C'est l'exotisme
à portée de regard qui satisfaisait le goût (inavoué) de cette société pour
la violence, la fête, l'érotisme et la seule évasion possible face aux poids
des conventions et au puritanisme bourgeois.
La pérennisation :
Vers le milieu du 19e siècle, les sujets orientaux intéressent toujours les peintres, mais ceux-ci n'éprouvent plus le choc de leurs aînés lorsqu'ils se rendent en Orient. Ce sont les paysages charmants de province qui ont la faveur du public. On peut dire que ce n'est pas l'Orient qui cesse d'être en faveur, mais l'ancienne façon de le peindre.
En 1893
est tout de même créée la Société des Peintres Orientalistes Français dont
le but est de " faire mieux connaître ces pays et ces races d'Orient
et d'Extrême-Orient " et de " diriger dans un sens critique l'étude
des arts anciens de ces civilisations et à contribuer au relèvement de leurs
industries locales. "
La même année est inaugurée la première exposition d'art musulman au Grand
Palais. L'art de l'Islam aura une grande influence sur les peintres du début
du 20e siècle tels Kandinsky, Matisse ou Klee.
Les peintres abstraits ne recherchent pas, dans l'Orient, l'anecdote et
le pittoresque, leur intérêt se portant plutôt sur le
rôle purement décoratif de ces motifs.