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Hommage
à l'esprit scientifique du 18e siècle
Edition de Juin 2001
Le contexte :
Le 18e siècle est
l'une des périodes de l'Ancien Régime les plus difficiles à
appréhender.
D'un premier abord, l'époque paraît insouciante. Le pays est en
paix, la population s'accroît et jamais les
rentiers, aristocrates ou bourgeois, n'ont autant perçu de leurs propriétés.
L'aspect des villes se modifie, les beaux hôtels et les superbes demeures
des parlementaires se multiplient dans les capitales locales.
Malheureusement, cette façon de vivre n'exprime que les goûts
de la riche noblesse et des détenteurs du pouvoir et dissimulent
les lézardes qui ébranlent l'ordre social et politique.
La campagne reste cultivée par des paysans, écrasés d'impôts.
Ils ne sont pas propriétaires de leurs terres et ne conservent de leur
travail qu'un très mince pourcentage.
Quoiqu'il en soit, le 18e siècle reste un siècle dynamique au
cours duquel la mobilité entre les différentes couches sociales
s'accentue pour qui possède,
à défaut d'argent, du talent ou de l'esprit
La période est propice aux réalisations en tous genres : équipements
du territoire, routes, canaux, aménagements urbains. Les grands travaux
réalisés ou restés à l'état de projet montrent
une époque laborieuse, curieuse et active, avide de création autant
que de savoir.
Penseurs, savants et artistes du siècle des Lumières ont désormais
conquis une liberté (certes relative) d'investigation et de création
vis-à-vis de l'Eglise et du pouvoir temporel.
Dans une civilisation fière de son raffinement, la recherche du confort
va favoriser, autant que les exigences de la raison, les découvertes
scientifiques.
L' Encyclopédie (ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts
et des métiers) se propose de dresser le tableau et de faire le point
des connaissances
acquises au milieu du siècle. Son credo : démontrer la possible
maîtrise de l'homme sur l'univers dont il dépend. Le lecteur est
invité à penser par lui-même, à chercher la vérité
dans les sciences ou l'histoire et non plus dans les discours de l'Eglise.
Harmoniser l'intérêt général et les intérêts
particuliers, créer les conditions du bonheur d'individus libres travaillant
comme citoyens à la prospérité générale sous
un gouvernement stable et éclairé, un tel programme résume
les objectifs
de la philosophie des Lumières. Le succès est considérable
: 25 000 exemplaires ont été imprimés et vendus entre 1751
et 1782.
La recherche sur le vivant :
Pour l'étude du végétal, le Jardin du Roi (aujourd'hui Jardin des Plantes) offre la gamme la plus complète des végétaux connus. L'installation de serres, vers 1690, permet d'y présenter des plantes tropicales rapportées des expéditions scientifiques.
Jusqu'au 17e
siècle, les plantes sont classées d'après des critères
flous (origine géographique, unité, nocivité, taille
).
Au début du 18e siècle, Joseph Pitton de Tournefort (botaniste
français, 1656-1708) fonde la première classification scientifique
des fleurs d'après l'étude de leur corolle. L' idée est
reprise par Carl von Linné (naturaliste suédois, 1707-1778) qui
classe toutes les plantes selon leurs étamines.
Toutes ces recherches aboutissent à la classification à plusieurs
critères d' Antoine Laurent de Jussieu (botaniste français, 1748-1836)
rapidement préférée à toutes les autres.
Quant aux recherches relatives au règne animal, elles se multiplient à la fin du 18e siècle avec la remise en question du mythe biblique d' Adam et Eve. Jean-Baptiste Lamarck (naturaliste français, 1744-1829) propose la première théorie de l'évolution des êtres vivants, mais elle restera méconnue.Il pense que les variations du milieu naturel déterminent chez les êtres des adaptations qu'ils transmettent à leurs descendants, (le transformisme). Charles Darwin (naturaliste anglais, 1809-1882) publie en 1859 la théorie explicative de l'évolution (De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle).
Georges Cuvier
(zoologiste et paléontologiste français, 1769-1832) s'oppose vivement
aux idées de Lamarck. D'après sa théorie, les espèces
restent stables, l'organisme vivant étant complètement constitué
dans son germe. Cette idée implique que toutes les générations
sont réalisées à l'avance puisque chacune
d'entre elles est dans le germe de celle d'avant, qui est lui-même constitué
dans le précédent, ... etc. Ses théories se sont révélées
fausses, mais ses travaux en paléontologie lui permettent de découvrir
de nombreuses espèces disparues.
Georges Louis Buffon (naturaliste
français, 1707-1788) comme beaucoup de savants et philosophes de son
époque, insiste sur la continuité de la nature. Il écrit
on peut descendre par degrés insensibles de l'être le plus complexe
jusqu'à la matière la plus grossière... Il est bien
difficile alors de tracer une frontière nette entre végétaux
et animaux ; certains êtres se situant aux confins des règnes
sont délicats à classer. C'est le cas des lichens, mousses
et coraux. Ils se ressemblent
et pourtant les deux premiers sont des végétaux extrêmement
complexes à reproduction sexuée, alors que
les derniers sont des animaux très élémentaires qui ont
longtemps été considérés comme des végétaux.
Les insectes constituent un casse-tête pour la nomenclature du règne
animal. Les méthodes de classement se fondent notamment sur le développement
des ailes qui traduit le degré de perfectionnement de l'espèce.
Apprivoiser les lois de la nature :
Les connaissances en chimie
et en physique ne résultent pas de lois ou de règles données
au départ, mais de la multiplication des expériences, de leur
mise au point délicate en laboratoire puis du classement et de l'interprétation
des résultats.
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Vers 1700, Georg Ernst Stahl
(médecin et chimiste allemand, 1660-1734) présente la première
théorie permettant d'expliquer les changements de propriétés
des corps soumis à l'action du feu. Il pense que la flamme libère
un fluide insaisissable, le feu principe ou phlogistique, contenu
dans les matériaux combustibles et responsable de leurs propriétés
chimiques et physiques. On ne connaît pas, à cette époque
l'existence des gaz. Malheureusement, cette théorie ne rend pas
compte de l'augmentation du poids des métaux lorsqu'ils sont calcinés.
En cherchant l'explication
de ce phénomène, Antoine Laurent de Lavoisier (chimiste français,
1743-1794) découvre le rôle joué par l'oxygène dans
la combustion. En 1785, au cours d'une expérience publique, il réussit
à décomposer puis recomposer de l'eau et par là-même
démontrer qu'elle est composée d'air inflammable (hydrogène)
et d'air vital (l'oxygène).".
La recherche sur les propriétés physiques des corps doit beaucoup à l'étude des phénomènes électriques de toute sorte. Une anecdote rapporte que Benjamin Franklin (physicien et homme politique 1706-1790) servit à ses invités au cours d'un " dîner électrique " un dindon tué par commotion électrique qu'il fit rôtir avec un tournebroche électrique, devant un feu allumé par une bouteille électrique. Il servit à boire dans des verres électrisés, le tout au bruit de décharges d'une batterie électrique.
La recherche
sur les propriétés physiques des corps doit beaucoup à
l'étude des phénomènes électriques de toute sorte.
Une anecdote rapporte que Benjamin Franklin (physicien et homme politique anglais,
1706-1790) servit à ses invités au cours d'un dîner électrique
un dindon tué par commotion électrique qu'il
fit rôtir avec un tournebroche électrique devant un feu allumé
par une bouteille électrique. Il servit à boire dans des verres
électrisés, le tout au bruit de décharges
d'une batterie électrique.
Dès le début du 17e siècle, les chercheurs découvrent le rôle conducteur de certains matériaux (fil de laiton) et les propriétés isolantes de certains autres (fil de soie). Ils s'aperçoivent aussi que l'électricité peut se transmettre sans contact et qu'il en existe de deux sortes : celle produite par les corps vitreux (verre, cristal) et celle provenant des corps résineux (ambre, cire à cacheter, copal). Deux charges semblables se repoussent ; des charges opposées s'attirent.
Les machines à produire l'électricité enthousiasment le public européen. La bouteille de Leyde, où de l'eau électrisée est emmagasinée, produit une décharge spectaculaire lorsqu'elle est approchée d'un objet non isolé. L'arbre de fer de Louis Lémery (chimiste, 1677-1743) est obtenu en plaçant dans un pot de la limaille de fer et du vitriol.
On s'intéresse aussi
à l'électricité produite par la nature : la foudre, les
décharges libérées par certains poissons, le corps humain
Charles de Coulomb (physicien français, 1736-1806) établit la
loi sur les forces attractives ou répulsives qui s'exercent entre deux
charges et, à la fin du 18e siècle, Alessandro Volta (physicien
italien, 1745-1827) met au point la première pile électrique.
On peut désormais disposer à volonté de courant électrique
continu.
Mathématiques et astronomie :
L' astronomie profite en
premier lieu de ces recherches.
Newton définit la loi de l'attraction universelle. Elle
a déjà été pressentie par d'autres savants, mais
il est le premier à décrire le mouvement des planètes dans
l'univers. A Paris, l'Académie des Sciences, fondée en 1666, multiplie
les découvertes astronomiques grâce à Roberval, Adrien Auzout
(astronome et mathématicien français, 1622-1691), l'abbé
Jean Picard (astronome et géodésien français, 1620-1682)
et surtout Christiaan Huygens (physicien et astronome néerlandais, 1629-1695).
Dans l'observatoire de Paris encore en chantier sont installés des télescopes
munis du micromètre inventé par Auzout, qui, avec l'horloge à
balancier de Huygens, permet de multiplier par 100 000 la précision des
mesures.
La Terre n'est plus une inconnue :
Les découvertes tant
mathématiques qu'astronomiques permettent à l'Homme de se faire
une idée assez précise du monde dans lequel il vit. Les explorations
scientifiques se développent et atteignent un haut degré de perfectionnement
grâce à l'archivage, la confrontation des cartes et des rapports,
les progrès en architecture navale et en hygiène alimentaire (citrons,
choucroute, oignons et jus de fruits contre le scorbut, par exemple).
Les officiers de marine ont une meilleure formation. Les instruments de navigation
sont perfectionnés.
Le sextant permet de faire le point par la mesure de l'angle d'un astre
au-dessus de l'horizon. Le loch, largué dans le sillage du bateau
déroule une ligne qui porte des nuds à intervalle régulier.
Après le passage du 1er nud, un sablier de 30 secondes est retourné
: le nombre de nuds défilant alors donne la vitesse.
La boussole d'inclinaison utilisée par James Cook (marin britannique,
1728-1779) durant son 2ème voyage (1772-1775)
et le chronomètre
inventé au 18e siècle, constituent le plus grand progrès
de la navigation maritime depuis la boussole.
Les théories de Newton
considèrent que la Terre n'est pas tout à fait sphérique,
mais un peu aplatie aux pôles.
L'Académie des Sciences de Paris décide, en 1735, de le vérifier.
Elle charge deux expéditions de mesurer le degré du méridien
: l'une conduite par Pierre Bouguer (géophysicien français, 1698-1758)
et par Charles de La Condamine (géodésien et naturaliste français,
1701-1774) va près de l'équateur, l'autre dirigée par Pierre
de Maupertuis (mathématicien français, 1698-1759) le fera près
du pôle .
A leur retour, ils publient La Figure de la Terre illustrée de
cartes détaillées des régions traversées et confirmant
l'aplatissement de notre planète.
En quelques
décennies, la cartographie fait un pas de géant. Les applications
de la géométrie, l'utilisation d'instruments de visée et
de mesure très précis et une meilleure connaissance du ciel et
des étoiles permettent de mesurer la Terre.
La méthode
utilisée est celle de la triangulation : lorsque l'on connaît
les angles d'un triangle et la mesure de l'un de ses côtés, il
est facile de calculer les deux autres. Il suffit donc de couvrir la région
à mesurer d'un réseau de triangles dont les sommets sont des points
repérables de loin (clochers, tours
). Puis, on évalue les
angles de tous ces triangles. Par arpentage on mesure la longueur d'un des côtés
pour pouvoir déduire toutes les autres distances et ainsi connaître
avec précision les dimensions et la forme d'un territoire.
Conclusion :
Vouloir dresser
un tableau des sciences au 18e siècle en quelques pages relève
de la gageure. Il s'agit d'avantage de donner une idée de la multitude
des recherches dans tous les domaines.
L'intérêt s'est porté sur les sciences, car dans les collections
des musées de la Région, on trouve de nombreux témoignages
(instruments de mesure, documents, iconographie) en rapport avec elles.
Mais il ne faut pas occulter que le Siècle des Lumières a été également bouillonnant d'idées dans bien d'autres domaines (littérature, art, urbanisme, architecture, etc.).
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