François Méchain, photographe et sculpteur
présente
La ligne de partage, Hommage à Gustave Courbet

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© Musée de Cognac © CMPC, www.alienor.org

Une création - avril 2002
A l'initiative du Réseau de Villes Charente Océan, François Méchain a conçu une oeuvre en bordure du fleuve, dans la commune de Bussac / Charente, à proximité du site de Port Berteau, où résidèrent Courbet et des paysagistes saintongeais au XIXe siècle. Cette œuvre est présentée au public depuis le 20 avril et sera visible jusqu'au 1er septembre. Elle donnera également lieu à la réalisation d'un travail photographique de l'artiste.

Une dynamique de réseau
Réunies au sein du Réseau Charente Océan depuis 1992, les villes de Cognac, Saintes et Rochefort (situées en région Poitou-Charentes et reliées par le fleuve Charente) ont engagé une démarche innovante d'échanges et de coopérations permettant la concrétisation de projets communs d'envergure, notamment dans le domaine culturel.
A l'occasion d'un travail spécifique sur la thématique du fleuve mené sur plusieurs années avec les musées, dans le cadre d'une convention de développement culturel soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication, les trois villes ont convié le photographe et sculpteur François Méchain à s'exprimer en bordure de Charente, dans le paysage qui inspira Gustave Courbet, Camille Corot et Louis Augustin Auguin dans les années 1860.

La commande passée à l'artiste François Méchain constitue le volet " contemporain " d'une démarche globale et transversale de valorisation et de travail commun sur le fleuve au sein du territoire. Cette initiative se concrétisera au fil du temps par divers types de réalisations alliant expositions, produits pédagogiques, installation " in situ ", publications, inventaire des collections, etc…, permettant d'appréhender les multiples visages du fleuve Charente et son rôle majeur dans l'histoire de la région.

3 expositions du 1er juin au 1er septembre 2002
Musée de Cognac : Genèse d'une oeuvre
Musée de l'Echevinage de Saintes : Sculptures en chambre noire
Musée d'Art et d'Histoire de Rochefort : L'arbre de Cantobre, installation

 

La ligne de partage, Hommage à Gustave Courbet

En 1862, Gustave Courbet se rend en Saintonge chez son ami Etienne Baudry, pensant y passer quelques semaines. Il reste finalement plus d'un an.
Inspiré par la subtilité des variations chromatiques des paysages du bord de Charente, il s'installe à Port Berteau, non loin de Bussac.
Près d'un siècle et demi plus tard, François Méchain pose ses pas dans ceux de son illustre prédécesseur. Il choisit le site de la Grande Porte où la Charente offre sa lenteur au regard du promeneur. Il retrouve les percées entre les arbres des tableaux de Courbet. Il s'interroge sur la manière dont nous, hommes du XXIème siècle, découvrons ces rivages familiers.
Comme il l'avait fait à Charleroi et en d'autres lieux du monde, il utilise dans sa sculpture de Bussac/Charente des objets emblématiques de notre société contemporaine.

Par une longue succession de portières de voitures, François Méchain évoque ici
le voyage tel que nous le pratiquons aujourd'hui, bien loin de la façon dont
Gustave Courbet se déplaçait à son époque (" Bonjour Monsieur Courbet ou La Rencontre ", 1854).

En dessinant des fenêtres, en nommant filtres et écrans, il révèle par fragments le paysage naturel et la complexité de notre système de perception.
Où se trouve désormais cette fameuse ligne de partage entre le réel et nous, cette ligne qui donne tant de sens à notre vie ?

En hommage à Gustave Courbet

De l'été 1862 à celui de 1863 Gustave Courbet (1819 - 1977) séjourne près de Saintes, chez son ami l'amateur d'art Etienne Baudry, puis à Port Berteau, dans une anse de la Charente à quelques kilomètres de Bussac. Il noue une liaison amoureuse avec " une dame superbe ", épouse d'un commerçant saintais, se divertit, chasse et peint abondamment, paysages, nus et tableaux de fleurs, entouré de nombreux amis artistes. Il partage un moment ses promenades en bord de fleuve avec Corot en 1862, mais aussi avec Louis Augustin Auguin, peintre charentais, principal représentant de l'école de Saintonge, dont les musées de Poitou-Charente conservent de nombreuses toiles.

Courbet s'était rendu célèbre par les controverses qui entouraient sa production dans les années 1850. Il est le chef de file de l'école réaliste, délaissant les sujets nobles pour leur préférer l'authenticité de scènes de genre ou de paysages modestes et rudes. L'artiste refuse d'enjoliver la réalité et impose une vision de la société et de la nature jugée dérangeante par ses contemporains. Il connaît ses sujets intimement, représentant les petites gens de son village et parcourant à pieds les paysages qui l'intéressent. Sa manière même, non conformiste, exprime une certaine brutalité.

A partir des années 1860, le genre du paysage trouve un certain public parmi la bourgeoisie urbaine, attirée par une certaine forme d'évasion…et par des œuvres dont les formats sont compatibles avec les dimensions des appartements haussmanniens !
La plupart des tableaux réalisés par Courbet à cette période sont dispersés dans des collections privées. Mais le souvenir du grand homme reste vivace dans la mémoire des saintongeais.

EXTRAITS DE " ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS MECHAIN "

Par Laurence Chesneau-Dupin, Catherine Duffault, Jean-Yves Hugoniot et Jean-Pierre Mélot (conservateurs et conservateurs adjoints des musées de Cognac, Saintes et Rochefort). Dans : François Méchain - L'exercice des choses Editions SOMOGY

Comment est née l'idée du projet en bordure de Charente ? Nous vous avons proposé de réfléchir à un travail autour du fleuve, cette Charente qui unit nos trois villes. Nous avions envie de savoir comment un artiste contemporain voyait ces paysages si souvent représentés depuis le XIXeme siècle, comment il pouvait aujourd'hui s'en emparer. Vous nous avez immédiatement entraînés vers Courbet. Pourquoi ?

Je ne sais pas qui a entraîné l'autre…
Comme dans tout projet j'ai d'abord écouté les gens. Gustave Courbet est un peintre que je respecte beaucoup, au travail parfois quasi photographique.

Il opère une fracture dans l'histoire de l'art, il rompt avec la peinture de bataille, la peinture historique ou la peinture mythologique, pour parler de l'ordinaire, du quotidien. Manet va peindre une botte d'asperges, Courbet, dès 1849, un enterrement à la campagne. Quel scandale ! C'est cette relation au vulgaire, le commun des hommes au sens latin du terme que j'aime. Plus question de gens célèbres, de nymphes ou de diables, mais de " gens de peu " selon la belle formule de Pierre Sansot. En faisant poser les habitants d'Ornans, Courbet parle de notre condition. Chacun peut reconnaître son voisin. Et, que l'on le veuille ou non, il est utile de rappeler que la grande majorité de la population vient de là. Certains ont tendance à l'oublier.

Ce que vous aimez chez Courbet, c'est que " ça sent les pieds " ? Et pourtant chez vous ce n'est pas le cas.

C'est vrai et ce n'est pas vrai. Si l'utilisation de l'outil photographique oblige la distance, j'ai quand même presque toujours travaillé sur des lieux sans importance, jamais nommés parce que, peut-être pas nommables, des " lieux de peu " dont personne ne s'occupe. Et croyez-moi, ceux-là, ils ne sont pas aseptisés.
Chez Courbet c'est aussi le caractère scandaleux du personnage, son côté provocateur qui ne sont pas pour me déplaire. J'ai toujours eu envie de brouiller les pistes. On n'a jamais su où me classer : photographe, sculpteur, sculpteur pour la photographie, photographe utilisant son laboratoire pour y remodeler la lumière comme il le ferait de la terre, j'aime cet espace incertain. Je refuse les règles établies, l'orthodoxie ; mais j'en connais aussi le prix.
Et puis Courbet avait aussi une relation très forte à la matière de la peinture ; la même qu'il avait avec la nature, avec tout d'ailleurs, avec la vie quoi. Il a même été un grand chasseur, ce qui supposait chez lui une grande connaissance du monde animal (je ne le suis pas pour ma part et ce serait peut-être là mon seul point de désaccord. Je lui pardonne pourtant car c'était dans un contexte culturel tellement différent).
C'est de cette confrontation à la matière, qu'elle soit picturale ou végétale, au sein de la forêt dont je me sens proche. Si l'acte photographique pourrait être qualifié de conceptuel, puisqu'il faut toujours imaginer ce qui se passe sans pouvoir le vérifier dans l'instant (c'est ultérieurement que le photographe verra ce que ses multiples choix ont engendré sur l'image) la sculpture permet une relation forte à la matière, vérifiable dans l'instant. Je parle parfois de combat car les matériaux que j'utilise vont rarement dans le sens que j'avais imaginé. Il y a toujours ces résistances qui entraînent l'artiste ailleurs, créant ces entre-deux que j'aime tant. Et puis chez Courbet j'aime les cadrages. Certains sont somptueux. Je tiens certainement cette fascination de ma longue pratique du dessin.
Dans le projet de Port-Berteau, non loin du site où il a travaillé avec Corot et Auguin, je vais installer une longue succession de portes de voiture, les unes derrière les autres, dans les deux sens de la marche et placées à des hauteurs différentes. Elles évoqueront le voyage tel que nous le pratiquons aujourd'hui, bien loin de la façon dont Courbet se déplaçait pour se rendre sur son site (" La Rencontre " ou " Bonjour Monsieur Courbet " 1854). Ces portières étant elles-mêmes des cadres, un certain nombre d'éléments paysage vont donc y entrer, d'autres en constituer le hors-champ. Bien que montées ou descendues à des hauteurs différentes à l'intérieur des portes, les vitres devront constituer une ligne parfaite venant se confondre avec celle de la rive d'en face. J'apposerai sur le verre des couleurs transparentes très fines rappelant la couleur du fleuve à un certain moment de la journée.
Un panoramique photographique en couleur de plusieurs images bord à bord viendra enfin recomposer ce grand vitrail, cadrages dans les cadrages, mon souhait le plus cher étant que ces écrans de couleur, oubliant la ligne de partage, viennent à se confondre avec la réalité colorée du fleuve lui-même. Je sais que le spectateur devra attendre, longtemps peut-être, à l'écoute du lent changement de la lumière.

Espace pédagogique

Autour de la commande passée à François Méchain, un projet pédagogique s'est mis en place à l'initiative des conservateurs et grâce à l'engagement du Rectorat, des enseignants concernés, de Maïté Duffau, conseillère en arts plastiques à l'Inspection de l'Education Nationale, circonscription de Saintes et de Patricia Thouars-Lebreton, professeur agrégé mis à disposition du service éducatif du musée de Cognac.
Son ambition est de proposer aux classes participantes -deux dans chaque ville, relevant du primaire ou du secondaire- un travail sur la subjectivité du regard ; comment la perception d'un lieu peut-être ressentie et traduite par un artiste, selon l'époque, et selon le point de vue…

Ainsi un conservateur de chaque ville a-t-il accueilli chacune des classes pour une visite des musées et une présentation de l'histoire de la peinture de paysages. L'objectif était de familiariser les élèves avec les différents modes de représentation du paysage et de montrer l'évolution du traitement de ce thème à travers les collections depuis la Renaissance jusqu'aux œuvres peintes du temps de Gustave Courbet, en particulier dans son entourage à Port-Berteau. Puis une première rencontre avec François Méchain a eu lieu dans chaque classe dans le courant de l'année scolaire 2000-2001.

Dans un second temps, Nicole Morin, professeur agrégé intervenant à l'IUFM de Poitiers, a fait une intervention sur la représentation du paysage à partir de l'invention radicale du mouvement réaliste instauré par Courbet jusqu'aux créations contemporaines qui inscrivent l'art " dans " la nature, afin de situer le travail de François Méchain dans ce contexte ; des pistes de réflexion et d'exploitation plastique ont été proposées et un suivi mis en place avec chaque classe afin de préparer la visite sur le site et la rencontre avec l'artiste au travail. Celle-ci a lieu fin mars/début avril, à La Grande Porte, sur le lieu de la création en cours de réalisation ; les échanges ont été riches et la médiation de Nicole Morin a permis aux enfants de s'approprier certaines des techniques du land-art :des œuvres éphémères ont ainsi été conçues à partir des matériaux -végétaux- trouvés sur place.

Ces réalisations plastiques ne sont qu'un avant-goût des restitutions que les enfants envisagent de nous offrir : ainsi, par exemple, le 4 mai les classes de Saintes se donnent-elles rendez-vous en pleine ville, en bordure de Charente, pour une performance : leurs installations éphémères répondront, comme celle de François Méchain à Bussac-sur-Charente à une " commande " qui leur est passée dans le cadre de cette opération ; d'autres travaux sont visibles ici même.

François Méchain : Biographie

François Méchain est sculpteur (sculpteur d'installations, land art ; Bénézit, éd. 1999) mais aussi photographe.
Né en 1948 à Varaize (Charente-Maritime). Vit et travaille en Charente-Maritime. De 1969 à 1974, Ecole Nationale des Beaux-Arts de Bourges. Depuis 1977, enseigne la photographie à l'Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne. En 1990, prix " Léonard de Vinci " du Ministère des Affaires Etrangères pour son projet au Québec. En 1991, bourse FIACRE de la Délégation aux Arts Plastiques pour celui du Crestet. En 1991, bourse de recherche au Banff Art Centre du Gouvernement canadien. En 1995, professeur invité à l'Université du Québec à Chicoutimi. Intervenant à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne depuis octobre 1997.

Un livre d'art : L'exercice des choses

Enfin, un livre d'art sur le travail de François Méchain : L'exercice des choses, est édité à cette occasion. Cette publication a pour principal objectif d'ancrer la pièce produite sur la Charente dans le contexte général de l'œuvre, tant sculptural que photographique, de François Méchain (grâce aux éclairages différents et complémentaires apportés par les trois expositions) et de constituer un ouvrage de référence, grâce à la présence conjointe de deux textes analytiques importants consacrés à l'artiste et à son travail, par Colette GARRAUD et Michel GUERIN.
Ouvrage coédité par les Editions SOMOGY (57 rue de la Roquette - 75011 PARIS) et le Réseau de Villes Charente Océan (musées de Cognac, Saintes et Rochefort).
Cette publication a pour objectif de proposer un ouvrage à caractère rétrospectif situant la pièce réalisée en bordure du fleuve Charente dans le contexte général de l'œuvre, tant sculpturale que photographique de François Méchain.
Entièrement bilingue et largement illustrée, introduite par une interview de François Méchain menée par les conservateurs des musées, cette publication sera largement diffusée dans la majeure partie des librairies en France et à l'étranger, car la Société SOMOGY bénéficie du réseau de diffusion des éditions Gallimard.
Les auteurs : Colette Garraud, historienne d'art, professeur des écoles nationales supérieures d'art, elle a publié entre autres " L'idée de Nature dans l'art contemporain " (Flammarion 1994). Michel Guérin, philosophe et écrivain, professeur à l'Université de Provence, auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont, à paraître " L'ombre Perdue " (essai sur la sensibilité des époques modernes). Laurence Chesneau-Dupin (conservatrice du musée de Cognac), Jean-Yves Hugoniot et Catherine Duffault (conservateur et conservatrice adjointe des musée de Saintes) et Jean-Pierre Mélot (conservateur adjoint du musée de Rochefort) : pour l'interview de François Méchain.

Livre cartonné contrecollé, format 25 x 28 cm, 144 pages, 80 illustrations, bilingue, français - anglais. Prix : 30€, en vente dans les musées de Cognac, Saintes et Rochefort à partir du 1er juin 2002 et disponible en librairie (en France et à l'étranger) à partir du 15 juin.

Rédaction :
Laurence Chesneau-Dupin (Musée de Cognac), Catherine Duffault et Jean-Yves Hugoniot (Musées de Saintes), Jean-Pierre Mélot (Musée de Rochefort), Isabelle Rotondaro (Réseau de Villes)

Contacts :

Réseau de Villes Charente Océan
Mairie de Saintes BP 319 - 17107 Saintes Cedex. Tel./Fax. : 05.46.92.34.72

Contact PRESSE : D.E.S. Communication - Danielle Escher
22 ter Bld général Leclerc, 92200 Neuilly-sur-Seine. Tel. 01.46.40.08.13 / Fax. : 01.47.22.04.37


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