Debénath André

État civil : Debénath André
Type de personne : professeur
Identification
Naissance : Né Maroc (Afrique, pays) le 1 avril 1940
Décés : décédé le 8 juin 2016
Biographie :

 

André Debénath (1940-2016) et la préhistoire charentaise.

 

Jean-François TOURNEPICHE
Conservateur en chef du Patrimoine
au Musée d'Angoulême

 

 

André Debénath aura marqué, par ses travaux et sa personnalité la préhistoire des Charentes durant 50 ans et son parcours se confond avec l’histoire et l’évolution des recherches dans cette région.

La carrière militaire erratique de son père lui vaut de naître au Maroc, mais c’est à Rochefort qu’il passe ses jeunes années. Il y découvre l’histoire naturelle au lycée et plus particulièrement la préhistoire. C’est tout naturellement qu’il suit à la fin des années cinquante une formation de géologue puis se spécialise en préhistoire à l’Institut du Quaternaire de l’université de Bordeaux. Dirigé par un des maîtres charismatique de l’archéologie préhistorique en France, le professeur François Bordes, ce laboratoire développe des méthodes innovantes et s’ouvre à une nouvelle génération.

Le jeune André , esprit méthodique et curieux, fait partie de ces nouveaux venus et bénéfice d’un concours de circonstances pour développer des recherches en Charente.

 

Pierre David, figure de la préhistoire charentaise vient de mourir en 1961, léguant ses collections à l’Institut du Quaternaire. Avec lui, disparaissait la génération des préhistoriens autodidactes dont les activités de fouilles étaient tournées vers les découvertes plus que les études. André Debénath était tout désigné pour reprendre les derniers travaux de ce dernier et fit sa thèse sur les « Recherches sédimentologiques sur le remplissage des grottes-abris de la Chaise-de-Vouthon (Charente) » puis entre au CNRS en 1965.Un souffle nouveau

Au milieu des années soixante, tout un ensemble de préhistoriens professionnels entre en scène en Charente avec de nouvelles méthodes : Jean-Marc Bouvier, Marie-Françoise Diot, Bernard Vandermeersch, Jacques et Marie-Claire Cauvin, et l'abbé Jean Roche, à qui il faut ajouter un amateur localement très actif, Louis Duport.

Ils ont été mis en place grâce au parrainage du professeur Jean Piveteau , membre de l'Institut et charentais d'origine.

Formés dans les laboratoires universitaires, développant des approches multidisciplinaires, ces jeunes chercheurs enthousiastes vont donner un élan nouveau à la recherche préhistorique paléolithique dans une région qui n'avait pas livré encore tout son potentiel.

Un fort volume publié par la Société Historique et Archéologique de la Charente en 1971, reflète cette intense activité que connaît l’archéologie charentaise.

Il faut préciser, pour la petite histoire, qu’à cette période les préhistoriens travaillant en Charente, non seulement étaient nombreux, mais se groupaient en deux entités se côtoyant avec une distante cordialité.

Cette autre famille réunissait Germaine Henri-Martin, Suzanne de Saint-Mathurin, Lionel Balout, Yves Guillien, travaillant sur les sites de La Quina, du Roc de Sers, de Fontéchevade, de la Cave, du Bois du Roc et de Vilhonneur.

Outre un fond de conflit générationnel, cette partition puisait ses origines dans l'antagonisme scientifique opposant deux paléoanthropologues de renoms, Jean Piveteau et Henri-Victor Vallois, chacun regroupant ses adeptes.

Matériellement, cela se traduisait aussi par l'existence de deux laboratoires de préhistoire distincts dans l’espace du cloître de La Rochefoucauld et qui n'entretenaient entre eux aucun lien spatial ou fonctionnel !

André Debénath réussira, par sa personnalité, à transcender ce schisme paléolithique charentais et travailler sur l’ensemble des sites anciens, au plus grand bénéfice du patrimoine.

 

En 1967, il reprend les fouilles des grottes de La Chaise-de-Vouthon (abris Suard et Bourgeois- Delaunay) pour une durée de 18 ans.

Ses recherches sont rapidement couronnées de succès par la découverte de nombreux restes humains de néandertaliens anciens accompagnés de leur industrie lithique et de vestiges de faunes.Bien qu’axées sur la préhistoire ancienne (le paléolithique ancien et moyen), ses études s’étendent sur l’ensemble des sites des Charentes. Il entreprend une synthèse des recherches passées et actuelles et fouille un certain nombre de gisements mal connus tel ceux l’abri de Hauteroche à Châteauneuf sur Charente, des grottes Clouet (Cognac) et La Vauzelle.

 

En 1974, il soutient sa thèse de Doctorat d’Etat es sciences : « Recherches sur les terrains quaternaires des Charentes et les industries qui leur sont associées ». Elle reste une référence incontournable pour qui veut aborder la préhistoire des Charentes.

Durant ces années soixante dix, André Debénath va également s'engager sur d'autres terrains de recherches en Afrique. Sa rencontre avec l'abbé Roche qui travaillait dans la grotte du Placard lui valut de s’impliquer dans la recherche au Maroc où il prit à sa suite la direction des missions préhistoriques françaises pour une durée de près de 25 ans. L'amitié et l'origine angoumoisine de l'ethnologue Jean-Gabriel Gauthier fut aussi à l'origine des missions effectuées au Cameroun sur l'archéologie des Sao.

 

Après s'être investi dans les fouilles du gisement de La Micoque, en Dordogne, André Debénath va, à partir de 1985, réaliser en Charente son rêve de recherche : étendre ses études sur les sites du paléolithique moyen en travaillant sur les célèbres gisements de La Quina (en collaboration avec Arthur Jelinek) et la grotte de Fontéchevade (en collaboration avec Harrold Dibble et Shannon Macpherron).

En 1995, il quitte le CNRS et devient professeur à l’Université de Perpignan pour y monter un enseignement en préhistoire et il y termine sa carrière en 2001.

 Un humaniste

Installé à Montbron au début des années 2000, il va consacrer les 15 dernières années de sa vie à valoriser la préhistoire charentaise. On lui doit la création et l'animation d'un centre d'initiation à la préhistoire dans cette même ville, des conférences, des expositions, des expertises pour les mises en valeur des sites de La Chaire à Calvin et du Roc de Sers.

Il laisse aussi un certain nombre d'ouvrages pour le grand public ; à quelques mois près, il n'aura pu conclure le dernier qui lui tenait à cœur, la vie de Léon Henri-Martin.

Membre depuis les années soixante de la Société Archéologique et Historique de la Charente, il en devient président en 2013 .Il était depuis toujours très attaché à cette institution et il aura œuvré à la remettre sur pied en en réorganisant sa gestion.

 

Au delà de sa vie de chercheur, André Debénath aura marqué ceux qui l'ont croisé par ses qualités humaines. Il prêtait beaucoup d'attention aux étudiants, les accueillant, les écoutant, les encourageant et l'on sait combien cette aide est précieuse durant cette période d'incertitude et de devenir. Beaucoup de chercheurs maintenant en place lui sont redevables de cette sollicitude.

Sa disponibilité notamment envers les gens de « peu d'importance » et dont il n'avait pas à tirer bénéfice, s'est manifesté durant toute sa vie.

 

Rares sont les préhistoriens ayant étendu leurs activités sur plus d’un demi-siècle dans une même région et André Debénath aura marqué la Charente de façon indélébile.

C’était peut-être un des derniers représentants de cette génération intermédiaire entre l’univers des préhistoriens amateurs aux méthodes empiriques et celui de l’archéologie actuelle professionnelle, encadrée par une administration procédurière qui en a réduit sa dimension humaine.

 

André Debénath était un humaniste, un honnête homme au sens où à sa compétence professionnelle s’ajoutait un intérêt pour des sujets très différents et une grande considération pour son entourage. C’était aussi un bâtisseur de légendes. Sa faconde, son humour, sa perspicacité et ses talents de conteur ont immortalisé, souvent par des histoires à pleurer de rire, la vie de la préhistoire charentaise et de ses personnages hauts en couleurs comme Pierre David ou Henri-Martin. L’histoire de cette communauté à laquelle il était attaché, a pris corps dans un ouvrage sur « l'histoire de la préhistoire en Charentes ».

 

Porté par la mémoire de ses amis qui furent nombreux, André Debénath est maintenant lui-même entré dans la légende.

© Alienor.org, Musée des Beaux Arts d'Angoulême

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