Comment
est née l'idée du projet en bordure de Charente ? Nous vous
avons proposé de réfléchir à un travail autour
du fleuve, cette Charente qui unit nos trois villes. Nous avions envie de
savoir comment un artiste contemporain voyait ces paysages si souvent représentés
depuis le XIXeme siècle, comment il pouvait aujourd'hui s'en emparer.
Vous nous avez immédiatement entraînés vers Courbet.
Pourquoi ?
Chez Courbet c'est aussi le caractère scandaleux du personnage, son côté provocateur qui ne sont pas pour me déplaire. J'ai toujours eu envie de brouiller les pistes. On n'a jamais su où
me classer : photographe, sculpteur, sculpteur pour la photographie, photographe
utilisant son laboratoire pour y remodeler la lumière comme il
le ferait de la terre, j'aime cet espace incertain. Je refuse les règles
établies, l'orthodoxie ; mais j'en connais aussi le prix. C'est de cette confrontation à la matière, qu'elle soit picturale ou végétale, au sein de la forêt dont je me sens proche. Si l'acte photographique pourrait être qualifié de conceptuel, puisqu'il faut toujours imaginer ce qui se passe sans pouvoir le vérifier dans l'instant (c'est ultérieurement que le photographe verra ce que ses multiples choix ont engendré sur l'image) la sculpture permet une relation forte à la matière, vérifiable dans l'instant. Je parle parfois de combat car les matériaux que j'utilise vont rarement dans le sens que j'avais imaginé. Il y a toujours ces résistances qui entraînent l'artiste ailleurs, créant ces entre-deux que j'aime tant. Et puis chez Courbet j'aime les cadrages. Certains sont somptueux. Je tiens certainement cette fascination de ma longue pratique du dessin. Dans le projet de Port-Berteau, non loin du site où il a travaillé avec Corot et Auguin, je vais installer une longue succession de portes de voiture, les unes derrière les autres, dans les deux sens de la marche et placées à des hauteurs différentes. Elles évoqueront le voyage tel que nous le pratiquons aujourd'hui, bien loin de la façon dont Courbet se déplaçait pour se rendre sur son site (" La Rencontre " ou " Bonjour Monsieur Courbet " 1854). Ces portières étant elles-mêmes des cadres, un certain nombre d'éléments paysage vont donc y entrer, d'autres en constituer le hors-champ. Bien que montées ou descendues à des hauteurs différentes à l'intérieur des portes, les vitres devront constituer une ligne parfaite venant se confondre avec celle de la rive d'en face. J'apposerai sur le verre des couleurs transparentes très fines rappelant la couleur du fleuve à un certain moment de la journée. Un panoramique photographique en couleur de plusieurs images bord à bord viendra enfin recomposer ce grand vitrail, cadrages dans les cadrages, mon souhait le plus cher étant que ces écrans de couleur, oubliant la ligne de partage, viennent à se confondre avec la réalité colorée du fleuve lui-même. Je sais que le spectateur devra attendre, longtemps peut-être, à l'écoute du lent changement de la lumière. |
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