Chapiteau géminé aux acrobates

Du romain au roman

Maçonneries, jeux d'appareil et supports

À défaut de retrouver des emprunts significatifs dans les grandes lignes de la composition architecturale des églises romanes, on peut observer en revanche certaines connivences avec l'Antiquité dans le traitement des maçonneries et des surfaces murales, ainsi que dans le détail des formes et du décor de différents types de supports : colonnes, piliers ou pilastres.

Durant le Haut Moyen Âge, les constructions maçonnées présentaient des parements de moellons plus ou moins calibrés, liés par un mortier, parfois associés à des assises de briques. Cette conception des élévations est clairement héritée du monde romain, et on en voit encore des manifestations notamment à Bordeaux, sur le Palais Gallien, ou à Périgueux, sur la Tour Vésone. En Saintonge, les arènes de Saintes ou les vestiges de thermes de Thénac conservent de telles élévations, mais sans la présence de briques. Cette formule est restée en vigueur sur les édifices romans jusqu'à la fin du XIe siècle, avant que ne se développe à nouveau l'emploi de la pierre de taille en moyen appareil. De nombreuses églises associent des élévations en moellons à des fenêtres de tradition antique en arcs plein cintre constitués de claveaux étroits en forme de coins. Une seule église, celle de Chassenon, en Charente limousine, doit à la proximité d'un important site gallo-romain, la présence sur sa façade d'un appareil mixte brique et moellons.

Les jeux de petit appareil taillé, en particulier l'opus reticulatum, sont abondamment représentés en Touraine, en Anjou et en Poitou – à Saint-Généroux, notamment, ainsi qu'au clocher de Notre-Dame-la-Grande –, mais aussi dans les pays de la Charente, en général sur des surfaces réduites, mais il est difficile de les mettre en relation directe avec des modèles antiques conservés localement. Ils renvoient à tout un courant d'inventivité romane dont la source antique est diffuse. Ces jeux d'appareil connurent néanmoins un regain d'intérêt au XIIe siècle en Saintonge à travers des marqueteries de pierres de moyen appareil soigneusement taillées, à Rétaud, à Pont-l'Abbé-d'Arnoult, Saint-Georges et Saint-Denis, dans l'île d'Oléron, à Champagnolle, entre autres, et surtout à Rioux, dont le chevet offre un véritable florilège de motifs, y compris des écailles qui peuvent d'ailleurs correspondre à une transcription à partir de la mosaïque.

Les surfaces murales dotées de jeux d'appareil voient leur origine antique confirmée par leur fréquente association avec des colonnes aux fûts ornés de divers motifs en relief, depuis les simples cannelures aux feuillages en passant par divers types d'écailles, de torsades, de gaufrures. Les vestiges, aujourd'hui disparus, du clocher roman de Saint-Eutrope de Saintes, conservaient encore des traces de tels supports au XIXe siècle. Or, ce traitement très particulier des colonnes se manifeste sans équivoque sur plusieurs tambours ou fûts complets, dont certains provenant de supports doubles adossés, conservés dans le lapidaire de Saintes.

Christian Gensbeitel

© Alienor.org, Conseil des musées, www.alienor.org Vérifié par A-Prompt Version 1.0.6.0. Niveau WAI 'triple A'
Chapiteau géminé à décor de ruban perlé et tailloir