Chapiteau géminé aux acrobates

Du romain au roman

Des monuments antiques aux églises romanes Compositions architecturales

Les correspondances architecturales directes sont limitées, même si, bien entendu, le plan de la plupart des églises médiévales dérive directement de l'évolution du plan basilical antique. Il est possible de considérer certains édifices romans de plan centré octogonal (l'église Saint-Michel-d'Entraygues, l'octogone de Montmorillon, l'église du prieuré de Trizay) comme pouvant dériver de prototypes de mausolées antiques ou de baptistères paléochrétiens. Quelques chevets triconques comme ceux de Marignac ou de Chaniers, en Saintonge, ou constitués d'une succession de niches absidiales jointives comme à Puypéroux ou à Montbron en Angoumois, peuvent eux aussi avoir été influencés par certains dispositifs architecturaux antiques visibles notamment sur des édifices thermaux. De même, certains clochers de la région, dont le premier fut sans doute celui de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, imité ensuite par celui de l'abbatiale Sainte-Marie de Saintes, ont probablement été inspirés par certains mausolées gallo-romains dont témoigne encore aujourd'hui celui des Julii sur le site de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence.
Hormis ces exemples, les rapprochements précis entre des élévations antiques et romanes sont donc exceptionnels et fragmentaires dans notre région.

Il existe de rares cas où l'on peut retrouver la volonté de s'inspirer de certaines formes de l'architecture antique dans l'élévation et la composition des murs. Ces emprunts ne proviennent pas nécessairement d'architectures à vocation religieuse et leurs raisons pouvaient être variables : retrouver le caractère monumental qui se dégageait de certains vestiges jugés admirables, copier des fragments d'un monument que l'on considérait à tort ou à raison comme un ancien sanctuaire chrétien, utiliser le caractère symbolique d'une composition, d'un tracé, d'une organisation murale. C'est sans doute en cela que de nombreuses façades romanes de la France de l'Ouest, et en particulier celles dont la composition du rez-de-chaussée comprend un portail central et deux arcades latérales aveugles, peuvent évoquer des arcs de triomphes ou des portes de ville romaines tels qu'on en voit encore à Autun, Nîmes ou Orange.

Une église saintongeaise de la première génération romane nous offre un exemple particulièrement frappant de réminiscences antiques. Il s'agit de Saint-Pierre de Bougneau, dont l'élévation intérieure du chevet, édifiée vers la fin du XIe siècle, comprend de hautes arcades sur pilastres cannelés – un phénomène exceptionnel et clairement d'inspiration antique – dans la travée droite et deux registres d'arcatures superposés dans l'abside. L'arcature supérieure présente une alternance d'arcs brisés et d'arcs en mitre. Ce motif, présent à Saintes sur un édifice gallo-romain, existe aussi dans les parties mérovingiennes du baptistère Saint-Jean de Poitiers.

Christian Gensbeitel

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Chapiteau aux lions affrontés