Proposition de restitution de claveau pour l'église Saint-Pierre d'Airvault.

Du romain au roman

corniches, métopes et modillons

Le couronnement des murs romans, en particulier sur les chevets ou sur certaines façades, reprend souvent des principes en vigueur sur les monuments antiques, en les simplifiant ou en en empruntant et adaptant des éléments.
Les entablements horizontaux composés de l'architrave et de la frise, dont le musée de Saintes conserve plusieurs segments importants, ne sont jamais reproduits en tant que tels. Les corniches, qui constituent dans l'architecture gréco-romaine un débord au sommet du mur, sont en revanche largement présentes dans l'architecture romane. Toutefois, les bâtisseurs romans ont privilégié les corbeaux, appelés aussi modillons, qui sont des blocs saillants venant soutenir l'encorbellement de la corniche.

Si les modillons sont devenus de véritables attributs de l'art roman, avec leurs propres conventions et leur décor souvent exubérant, on relève parfois des cas de transferts de motifs antiques. Ainsi, une forme peu usitée en Saintonge (on la retrouve plus souvent en Auvergne ou en Languedoc), mais néanmoins présente, est celle des modillons à copeaux, dont l'église de Bougneau arbore de belles variantes.

La relation complexe qui unit les frises doriques gallo-romaines telles que celle qui occupe le fond de la grande salle du musée lapidaire avec le décor roman peut s'observer sur plusieurs églises de la région. Outre les modillons des corniches, l'élément le plus souvent retenu est celui de la métope, cette dalle carrée ou rectangulaire qui alterne, dans l'ordre dorique classique, avec les rainures verticales des triglyphes. Souvent porteuse d'un décor assez simple – disques, fleurons,rosaces – elle peut aussi recevoir des reliefs plus élaborés, avec des personnages, des figures ou des scènes historiées. En Poitou et en Saintonge, mais aussi en Périgord ou en Bordelais, nous retrouvons diverses variantes de métopes venant s'insérer non pas entre des triglyphes, mais entre des modillons pleinement romans. On ne sera pas surpris non plus de retrouver sur certains modillons les têtes de bovins si fréquentes sur les métopes du musée de Saintes.
Dans le sud du Périgord et la région de Saint-Émilion on observe de rares exemples de motifs dérivant des triglyphes ainsi que des métopes percées d'orifices circulaires.

Christian Gensbeitel

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