Chapiteau aux dragons

Du romain au roman

De l'art romain à l'art roman : correspondances

La création artistique s'est toujours nourrie d'œuvres antérieures ou contemporaines même lorsqu'elle prétend s'inscrire dans la rupture la plus absolue. Dans l'Antiquité, puis à partir de la Renaissance et jusqu'aux postures radicales de l'art du XXe siècle, la formation même des artistes s'appuyait explicitement sur la copie des grands maîtres. Même quand ceux-ci furent rejetés, on se tourna, de façon plus ou moins directe, vers les arts premiers, l'art populaire ou encore les arts exotiques.

Mais qu'en est-il de l'art médiéval, souvent perçu comme très éloigné des formes classiques ? La Renaissance est réputée être la première période de redécouverte de l'art des Grecs et des Romains, ce qui relègue les dix siècles du Moyen Âge dans une sorte de « naïveté barbare ». Toutefois, depuis longtemps, les historiens de l'art ont mis en évidence les relations plus ou moins fortes qui unissent l'architecture, la sculpture ou la peinture du Moyen Âge avec leurs antécédents antiques.
D'ailleurs, l'art « roman » porte dans son nom la trace de cet héritage, reconnu dès 1818 par les premiers savants qui étudièrent les œuvres jusqu'alors méprisées qu'avait légué le monde médiéval.
Lorsque Charles de Gerville proposa de désigner sous ce nom l'ensemble des œuvres produites depuis la fin de l'Antiquité jusqu'au XIIe siècle, il pensait que l'art gothique était le premier à rompre avec l'héritage romain, en particulier dans le domaine de l'architecture.

Pour lui et ses confrères, le terme de « roman » désignait donc une longue « dégénérescence » de l'art romain, comparable à celle des langues dites romanes qui dérivaient du latin. L'emploi systématique de l'arc en plein cintre et de la voûte en berceau, commun aux deux périodes, était considéré comme le critère déterminant.

Aujourd'hui, la chronologie et la définition stylistique ont été affinées, et le terme de « roman » est réservé aux œuvres du XIe et du XIIe siècle, dont on mesure mieux l'extraordinaire foisonnement créatif. Toutefois, l'intuition initiale des premiers archéologues demeure pertinente. Les liens entre l'héritage romain et les monuments romans, leur décor et leur mobilier ne cessent d'intriguer, car ils sont au cœur de la définition même de l'acte de création et de la manière dont il subit ou dont il réinvestit son environnement. Dans une ancienne ville gallo-romaine comme Saintes, au cœur d'une région qui livre d'importants vestiges antiques, ce questionnement prend tout son sens.

Christian Gensbeitel
Maître de conférences en histoire de l'art médiéval, université Michel-de-Montaigne, Bordeaux 3

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Chapiteau géminé à décor de ruban perlé et tailloir