Chapiteau représentant des animaux extraordinaires affrontés dans des rinceaux

Architecture civile et vie quotidienne

À table

« Pour voir ses hommes et ses amis
Et pour toujours croître son prix
Manda le comte cour à Poitiers.
S'y eut bien sept cent chevaliers.
La cour fut belle et de grant joie
Jamais je ne pense que nul homme voie
Comme fit hommage à une cour tant de gens
Comme il y eut maint riche provision. »
Jouffroi de Poitiers, roman du XIIIe siècle.

Les premiers livres de cuisine occidentaux conservés remontant à la fin du XIIIe siècle, c'est principalement l'archéologie qui nous renseigne sur la nourriture consommée par les élites des siècles précédents. Les ossements d'animaux révélés par la fouille illustrent la part modeste du produit de la chasse : entre 1% et 4% des animaux consommés. Parmi les animaux d'élevage, le porc occupe une place dominante, qui ne se retrouve pas dans les autres catégories d'habitat (plus modestes). La consommation d'animaux plus jeunes (et donc plus tendres) et la présence d'oiseaux de prestige, comme le paon, signalent également une occupation aristocratique. À une époque où les jours maigres imposés par la religion sont nombreux, le poisson joue aussi un rôle assez important. L'aristocratie se réserve parfois les pièces de choix, comme les esturgeons fréquentant les fleuves régionaux.
Si l'on excepte la vigne, omniprésente dans la région, ce sont les céréales panifiables ou destinées à confectionner des bouillies (orge, avoine, millet) qui dominent l'agriculture. Elles sont suivies par diverses légumineuses comme le pois ou la fève et par des fruits beaucoup moins variés qu'aujourd'hui. Mais les particularités de la consommation de végétaux par l'aristocratie sont encore mal connues.
La batterie de cuisine demeure sommaire. Elle est principalement composée de pots à cuire, de cruches de diverses tailles et de chaudrons en métal. La présence de mortiers signale une cuisine plus élaborée, incluant des sauces et de coûteuses épices. Dans les résidences importantes, la préparation des repas est en général effectuée dans un espace distinct du bâtiment d'habitation.
La vaisselle de table métallique apparaît dans les miniatures mais a laissé peu de traces matérielles. L'archéologie révèle d'autres types de récipients : gobelets à boire sans pied, retournés sur la table après usage, écuelles et hanaps en bois tourné, petits récipients destinés à contenir les sauces ou exceptionnels fragments de vaisselle en verre ou en terre cuite provenant d'Orient.
Le repas de fête manifeste l'ostentation, par l'abondance et la rareté des mets comme par le luxe de la vaisselle. Ses différentes phases sont fortement codifiées.

Luc Bourgeois

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Chapiteau représentant les quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean