Chapiteau géminé aux acrobates

Du romain au roman

Décor végétal et motifs géométriques

Les entablements corinthiens, dont de nombreux blocs provenant de différents monuments gallo-romains, ont été retrouvés dans les fondations de l'enceinte urbaine. Ils n'ont jamais été véritablement imités en tant que tels. Ce sont plutôt des détails, parfois infimes, de leur riche décor sculpté qui ont inspiré de façon très particulière les sculpteurs de la crypte de Saint-Eutrope de Saintes.

Ceux-ci détournèrent des motifs généralement ornementaux sculptés en bas-relief sur des surfaces planes, les exagérant, les déformant et les combinant de façon originale pour les appliquer au volume de chapiteaux de grande dimension qui conservent, pour certains d'entre eux, un épannelage de type corinthien. Dans la plupart des cas, ces corbeilles sont dotées au moins de crochets ou de volutes corinthiennes se développant aux angles supérieurs, avec un habillage végétal en forme de bouton ou de fleuron. Parfois, les motifs se développent en deux registres superposés évoquant l'étagement de couronnes végétales corinthiennes, dans la plupart des cas, les sculpteurs ont cherché à produire des effets visuels puissants capables d'accompagner l'architecture massive de la crypte. Des palmettes, assez discrètes sur les modillons antiques, sont ainsi traitées dans différentes combinaisons, tantôt dressées, tantôt renversées, parfois liées à leur base par une tige ou une bague, mais occupant souvent toute la hauteur d'une corbeille. De petits calices végétaux issus de l'observation des plans d'acanthes, qui peuvent être plus ou moins marqués dans les chapiteaux corinthiens, mais qui furent déjà isolés en motifs indépendants par les sculpteurs gallo-romains sur des corniches ou des frises, sont, là aussi, développés à l'échelle de toute la corbeille, donnant naissance à un thème fréquemment repris en Saintonge.

Les rinceaux qui ornent les frises corinthiennes ont eux aussi donné lieu à diverses interprétations, avec des feuilles dentelées ou des bractées réunies en couronnes ou des tiges entrelacées. Enfin, certains motifs assez inattendus, comme les guirlandes garnies d'un fleuron central suspendues aux volutes d'angle d'une corbeille sont empruntés directement à des bas reliefs tels qu'on peut en voir sur le mausolée d'origine inconnue du musée de Saintes.

De telles transformations sont également repérables sur une série de claveaux provenant d'un arc démonté de l'Abbaye aux Dames de Saintes, où sont dégagées, à partir d'un même épannelage en disque, diverses formes de fleurons dont l'origine antique ne fait aucun doute.

Le décor antique recèle de multiples autres motifs – perles, rubans, grecques, vagues, peltes, écailles, stries, rosaces – qui se rencontrent non seulement dans la sculpture monumentale, mais aussi dans la mosaïque. Certains, parfois assimilés à l'art « barbare » et repris dans l'art roman, comme les vanneries, entrelacs et autres nœuds de Salomon, sont déjà abondamment représentés dans les mosaïques ou sur les sarcophages antiques ou mérovingiens.

Christian Gensbeitel

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Chapiteau représentant les quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean