Chapiteau géminé aux acrobates

Du romain au roman

Du décor végétal aux figures : feuillages habités, animaux et personnages

On aurait tort de réduire l'impact de l'art antique et en particulier de la sculpture monumentale à ses décors géométriques ou végétaux. Les monuments et les demeures privées, l'espace public et les sanctuaires étaient peuplés d'un très grand nombre de représentations humaines, depuis les portraits d'empereurs et de notables aux divinités et personnages mythologiques, et d'animaux réels ou imaginaires, sans compter les innombrables scènes évoquant aussi bien la vie quotidienne que les rites religieux, les jeux du cirque ou les épisodes militaires. Frises sculptées des monuments publics ou des mausolées, petites figures insérées dans des cadres végétaux, scènes des faces de sarcophages, statues et groupes sculptés, parfois copiées elles-mêmes sur des modèles grecs, amulettes et objets votifs, ornements d'objets mobiliers formaient un corpus d'images dont beaucoup ont pu être préservées intégralement ou partiellement jusqu'à l'époque médiévale. Ces images offraient donc des modèles potentiels, disponibles de façon directe ou à travers, là-encore, diverses réinterprétations ou même d'autres supports, tels que mosaïques, stucs et peintures murales. Les artistes romans et le clergé médiéval n'y puisèrent que de façon très sélective, toujours en adaptant les emprunts à de nouvelles fonctions et en les chargeant le plus souvent d'un sens nouveau, plus conforme aux besoins d'un discours chrétien.

La présence d'animaux dans la sculpture romane, en particulier sur des chapiteaux, où dominent les oiseaux et les quadrupèdes assimilables à des lions, trouve des origines dans une longue tradition, même si certains thèmes, tels les dauphins, représentés à Saintes, ne furent guère exploités dans la région aux XIe et XIIe siècles.

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Quelques exemples permettent des rapprochements directs avec les collections lapidaires du musée de Saintes. Des voussures des portails romans de Corme-Écluse ou d'Avy, notamment, semblent directement inspirées d'un type d'arc conservé sur le « Mausolée aux guirlandes » du musée, orné d'oiseaux grimpant les uns derrière les autres pour se rencontrer au sommet, éventuellement autour d'une coupe, préfigurant le symbole paléochrétien de l'Eucharistie.

Le thème des « rinceaux habités », représenté par la très belle colonne que conserve le musée de Saintes, mais dont la formule est assez fréquente, a trouvé d'innombrables développements dans la sculpture romane, notamment en Saintonge.
Parmi les images impliquant les animaux, les scènes de chasse, fréquentes sur les sarcophages antiques et réinterprétées avec une dimension mystique par le christianisme, en particulier la chasse au cerf, symbole de la quête du Christ, se retrouvent sur plusieurs édifices romans des pays charentais, et en particulier à la cathédrale d'Angoulême.

Christian Gensbeitel

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Chapiteau représentant les quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean