Proposition de restitution de claveau pour l'église Saint-Pierre d'Airvault.

Du romain au roman

Héritage culturel et thèmes iconographiques :
Bestiaire, fable, mythologie et image impériale

Beaucoup d'images romanes dérivent de thèmes déjà développés dans la littérature ou la tradition iconographique de l'Antiquité, sans compter les thèmes et symboles du Christianisme qui s'enracinent dans l'époque paléochrétienne et qui ont souvent été construits à partir de figures antiques christianisées dès le IVe siècle. Le cas des colombes buvant dans une coupe, que l'on peut voir sur un des arcs du mausolée conservé au musée de Saintes, est très caractéristique. Ce symbole eucharistique a connu un usage continu de la fin de l'Antiquité à l'époque romane, et la sculpture romane saintongeaise en conserve plusieurs variantes.
À l'inverse, certaines espèces particulières, comme la chouette, pourtant perçue comme très positive dans l'Antiquité, représentent à l'époque romane l'aveuglement prêté au peuple juif. Le phénix, cet oiseau qui renaît de ses cendres, est quant à lui détourné pour représenter la Résurrection.

Le bestiaire, d'une façon générale, a donné lieu à tout un imaginaire et une symbolique animalière, le christianisme n'ayant fait qu'amplifier ou réinvestir la dimension morale de certains traits prêtés aux espèces animales réelles ou fictives que décrivaient déjà les textes des auteurs antiques tels qu'Aristote ou Pline. Monstres marins ou terrestres, dragons et aspics, griffons et centaures, sirènes et harpies, si souvent représentés dans la sculpture des églises romanes de la région sont décrits dans le Physiologus chrétien, une sorte d'encyclopédie du monde vivant, compilé à Alexandrie sans doute entre le IIe et le IVe siècle. Relayé par les exégèses du Haut Moyen Âge, il a donné lieu à de multiples expressions en images, qui ont permis aux artistes médiévaux de donner libre cours à leur inventivité, mais aussi et souvent de s'inspirer d'œuvres graphiques ou plastiques plus anciennes qui s'appuyaient elles-mêmes sur ces textes abondamment transcrits. Les animaux et les êtres hybrides issus de cette longue lignée ont suscité quelques-unes des pages les plus savoureuses de l'art roman, dont le portail sud de l'église d'Aulnay est un des sommets. Les animaux y sont souvent « humanisés » pour mieux illustrer les comportements déviants prêtés aux humains, comme cet âne musicien si célèbre.

Les fables d'Esope font également partie de ce fonds culturel commun partagé par l'Antiquité et les siècles du Moyen Âge. On en trouve une belle illustration, toujours motivée par des considérations morales, sur la façade de l'église de Grézac, en Saintonge.
Enfin, parmi les images les plus spécifiques de l'art roman du Poitou-Charentes, on n'oubliera pas les statues de cavaliers qui se dressaient aux façades de nombreuses églises du XIIe siècle et que l'on identifie comme des représentations de l'empereur Constantin, considéré par la chrétienté médiévale comme le premier souverain chrétien. Toutefois, le modèle initial de ces figures monumentales pourrait être la statue équestre de Marc Aurèle conservée sur le Capitole.

Christian Gensbeitel

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Chapiteau aux lions affrontés