Chapiteau représentant des animaux extraordinaires affrontés dans des rinceaux

Un Moyen Âge réinventé

Indices conservés au musée

Le musée renferme une collection de sculptures médiévales, constituée grâce à la Société d'archéologie locale, fondée en 1923 à Saint-Jean-d'Angély. Ces pièces archéologiques gardent une grande part de mystère : le contexte de leur collecte reste flou. L'enquête historique s'articule autour de l'examen de ces uniques indices du passé roman angérien, et des pistes de réflexions qu'ils soulèvent…

« Voilà une œuvre qui offre, de prime abord, toutes les composantes d'un honnête chapiteau roman, tant par sa forme que par son thème et par le traitement général qui lui est accordé. Cela est vrai jusque dans le détail des éléments ornementaux tels que le motif végétal – une tige à trois brins se ramifiant en feuilles dérivées de la palmette – ou les volutes ou crosses – lointains emprunts à l'art corinthien antique – qui animent le fond de la corbeille. La position même des figures – un mufle léonin menaçant qui mord une tige de rinceau et un homme à la tête disproportionnée étranglant un serpent – qui répond à une classique composition à partir des angles de la corbeille, en accentue la crédibilité, et inscrit cette œuvre dans la série d'innombrables scènes de lutte opposant hommes, animaux et êtres hybrides plus ou moins diaboliques si familières à l'art roman de la Saintonge et plus largement de l'ancienne Aquitaine médiévale.
Toutefois, ce chapiteau produit aussi un curieux sentiment de doute, difficile à cerner, qui naît de la difficulté à trouver à son traitement une place précise dans les séries les plus connues issues des grands chantiers du XIIe siècle dans la région. Les formes lourdes et presque caricaturales du lion et sa dentition stylisée en larges dents de scie, le visage très rond et exagérément grimaçant de l'homme et la maladresse de sa représentation corporelle, avec la jambe isolée posée en équerre par rapport au corps, provoquent une certaine perplexité. Le décalage entre des éléments témoignant d'une vraie personnalité de sculpteur – les têtes du lion, de l'homme et du serpent, le motif végétal – et d'autres semblant assez mal maîtrisés ne fait qu'accentuer le malaise. Il en est de même pour l'association d'un traitement du feuillage qui évoque clairement des œuvres du début du XIIe siècle, à Saint-Eutrope ou à l'Abbaye-aux-Dames de Saintes, et d'autres, tels que les visages fortement expressifs et disproportionnés, qui font davantage penser à des réalisations tardives, déjà apparentées à des monuments proto-gothiques.
Alors, œuvre romane isolée ou tardive ? Il est difficile de trancher en l'absence d'une enquête plus approfondie. Le mystère, en définitive, est peut-être aussi une forme d'élégance.»

Christian Gensbeitel
Maître de conférences en histoire de l'art médiéval
Université Michel-de-Montaigne / Bordeaux 3

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Chapiteau représentant les quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean