Chapiteau géminé à décor de ruban perlé et tailloir

Un Moyen Âge réinventé

Pièces à convictions

Cinq claveaux, présentant des décors caractéristiques de l'art roman, sont découverts dans les sous-sols de Saint-Jean-d'Angély durant l'été 1947. Ils composent, à l'origine, les voussures du portail d'un édifice. Ces pièces s'avèrent d'une grande valeur patrimoniale : elles forment les rares traces d'un passé architectural disparu, et révèlent la qualité stylistique de ce qui constituerait, vraisemblablement, la sculpture romane angérienne.

Dans son Bulletin daté de 1948-1949, la Société d'Archéologie relayait l'information. « […] Ces vieilles pierres sont pour nous Angériens, un précieux souvenir et un document inestimable, car ce sont les seuls débris d'une de nos églises romanes de Saint-Jean et la preuve qu'il en existait dans notre ville d'aussi belles que dans tout le pays de Saintonge. »

« Le claveau du musée (XIIe siècle) est un élément orné d'éléments végétaux épais, recourbés et resserrés par une bague à quatre rangs de perles d'où jaillit un petit fruit. Ce motif, gracieux et élégant, tout en courbes, a connu un vif succès dans les diocèses de l'Ouest. Il se prête, en effet, à de multiples combinaisons. Sur de plus grandes surfaces, les bouquets de feuilles sont parfois habités par des animaux ou des monstres.
Les rinceaux ont de très lointaines origines. Au Moyen Âge, les enlumineurs et les artisans travaillant l'ivoire les utilisèrent fréquemment. On les trouve aussi dans la sculpture sur pierre.
En focalisant l'enquête dans les pays d'Ouest, on s'aperçoit que les sculpteurs ont généralisé en Poitou, vers 1050 environ, l'emploi de feuilles grasses disposées en S ou en cœur, abandonnant le feuillage corinthien qu'ils utilisaient presque exclusivement auparavant.

La plus ancienne version de feuillages liés par une bague perlée qui inspira, directement ou non, les sculpteurs de Saint-Jean-d'Angély se trouve à l'intérieur de la cathédrale d'Angoulême, édifice que Girard de Blay, évêque du lieu et légat du pape, fit reconstruire entre les années 1110 et 1128 pour l'essentiel du gros œuvre. Une ou deux décennies plus tard, le motif est employé à la façade de Saint-Pierre d'Aulnay. Vers le milieu du siècle, il orne une superbe double corbeille du cloître de Sainte-Radegonde de Poitiers (aujourd'hui au Musée Sainte-Croix). Dans une autre double corbeille, provenant cette fois de l'ancien cloître de l'abbaye Saint-Pierre de Maillezais, il sert de support à des dragons. Plus loin, il décore des chapiteaux à Chartres (v. 1135) et en Île-de-France (Saint-Denis, Saint-Martin-des-Champs, Sainte-Geneviève à Paris, v. 1135-1140). Sa diffusion se fit parfois très loin et se perpétua jusqu'au XIIIe siècle.

La sculpture trapézoïdale de Saint-Jean-d'Angély appartenait à un grand (étant donné la courbure) arc de baie, où les motifs étaient disposés en ordre rayonnant et soulignés par des petites frises de pointes de feuilles et de fruits. Cet arc n'était probablement pas unique ; il pouvait être accompagné de deux ou trois autres, également décorés soit de motifs végétaux, soit de personnages ou d'animaux, comme on en voit aux portails de multiples églises de la région : Aulnay, Fenioux (porte nord) etc. Le sujet se retrouve aussi sur un chapiteau conservé au musée de Saint-Jean-d'Angély. »

Marie-Thérèse Camus,
Professeur honoraire en histoire de l'art médiéval,
Université de Poitiers

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Chapiteau aux lions affrontés