Proposition de restitution de claveau pour l'église Saint-Pierre d'Airvault.

Le monde des églises

Thèmes iconographiques dans les églises de Poitiers

Le décor végétal et animalier dans la sculpture

Au Moyen Âge, les animaux et la nature sont très représentés dans la sculpture, que ce soit comme ornementation (encadrement et délimitation, ou remplissage de l'espace à orner) ou comme scène à part entière, à des fins décoratives, narratives, symboliques ou de catéchèse.

Le décor végétal

Dès les années 1060-1090, un goût particulier pour la métamorphose du végétal se manifeste dans la sculpture romane de la France. Par exemple, on voit le motif de la palmette se modifier par assimilation avec les entrelacs.
Ces jeux fréquents, parfois complexes, se répartissent sur plusieurs niveaux. Les palmettes prennent alors deux formes : la première s'ouvrant en éventail, et la seconde s'enroulant en spirale ou se creusant pour former l'image d'une coque. Apparaissent aussi de nouveaux types d'entrelacs. Les proliférations du végétal dans la sculpture trouvent peut-être leur inspiration dans la mosaïque et le lapidaire romains, les œuvres sculptées plus anciennes, les manuscrits carolingiens.
On cite parfois aussi les arts celtiques. Quoi qu'il en soit, le feuillage prend un sens nouveau : il est toujours sujet d'admiration, en se chargeant de l'idée de la vie et en exprimant la notion d'éternité.

Le décor animalier

Ses déclinaisons sont multiples, et on en retrouve de très beaux exemples dans la sculpture romane en Poitou. L'animal peut être représenté dans une scène en tant qu'élément secondaire ou marginal (comme décor ou comme attribut), mais aussi, surtout à partir du XIIe siècle, comme sujet principal (souvent dans un souci théologique, pédagogique, moralisateur, ou prophylactique]. Ci-dessous sont détaillés quelques-uns des thèmes animaliers les plus marquants dans la sculpture romane du Poitou :

Les oiseaux buvant

Le thème des oiseaux buvant dans une coupe constitue une représentation pleine de sens. Il s'agirait de colombes ou de paons buvant le sang sacré du calice. Cette iconographie évoquait très clairement l'eucharistie pour les hommes du Moyen Âge. Ce symbole était connu dans l'art oriental qui l'a transmis à l'Occident par l'intermédiaire de tissus et d'ivoires dès l'Antiquité tardive ; il est devenu dominant à l'époque paléochrétienne.
Le sculpteur ou les commanditaires en connaissaient certainement des représentations plus anciennes sur divers supports. On retrouve cette thématique en Poitou, à Notre-Dame-la-Grande, dès le milieu du XIe siècle : un chapiteau de la travée sous clocher présente la version symétrique et classique du motif, à proximité de l'autel, tandis que sur les deux chapiteaux centraux du rond-point de chœur une frise d'oiseaux remplace la première couronne de feuillages normalement sculptée sur une corbeille corinthienne. La sculpture poitevine du début du XIIe siècle a pérennisé le thème à Jazeneuil, Charroux, Civaux, Secondigny et Villesalem...

Les dragons

Longtemps considéré comme provenant de Saint-Hilaire le-Grand, ce chapiteau sculpté de deux dragons ailésse mordant la queue pourrait plus probablement provenir de Saint-Jean-de-Montierneuf.
La facture et l'iconographie d'une sculpture, encore en place dans le déambulatoire de cette abbatiale, sont étonnamment proches de l'œuvre exposée au musée Sainte-Croix.

L'éléphant

Le chapiteau aux éléphants de Montierneuf est difficilement localisable dans l'abbatiale. Par ses dimensions,on peut imaginer qu'il était placé sur une colonne engagée dudéambulatoire ou de la nef. La corbeille montre deux éléphants pauvrement équipés aux pattes courtes, minces et griffues. Il s'agit peut-être d'une des plus anciennes représentations de cet animal dans la sculpture de l'Ouest. Les sculpteurs reprendront au XIIe siècle ce motif dans plusieurs églises de la région (Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, Lusignan, Aulnay, etc.).

La figure humaine

La représentation de la figure humaine a été développée avec une très grande inventivité, diversité et originalité dans la sculpture romane, sur des supports architecturaux très variés : on conserve par exemple de nombreuses images de jongleurs sur des chapiteaux, comme à l'église Saint-Hilaire ou à l'église de La Résurrection (aujourd'hui disparue) de Poitiers.

Jongleurs, acrobates, danseurs et musiciens offraient aux hommes et aux femmes de l'époque médiévale leurs principales distractions. C'est sans doute la raison de leur fréquente représentation dans les arts. Cette image d'amuseurs est très utilisée dans les églises et couvre de nombreux chapiteaux, claveaux d'archivoltes et modillons de corniches. Les sculpteurs trouvent ici l'occasion d'inventer des lignes et des formes traduisant diverses contorsions du corps humain.

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Chapiteau aux lions affrontés