Chapiteau aux dragons

Du romain au roman

Le décor végétal Du corinthien au corinthisant

Si l'ordre dorique a procuré des éléments architecturaux et certains thèmes ornementaux, c'est l'ordre corinthien qui a indéniablement connu le plus de succès auprès des artistes et des commanditaires de l'époque romane. Avec sa corbeille de forme tronconique, le chapiteau corinthien s'adaptait parfaitement aux besoins de l'architecture romane, en assumant la transformation des poussées obliques des arcs en poussées verticales absorbées par les colonnes. La multiplication de ces organes intermédiaires fut l'occasion pour de nombreux ateliers de sculpteurs d'explorer diverses adaptations du modèle corinthien que caractérisent les emboîtements de couronnes végétales – initialement des feuilles d'acanthe – d'après les versions dont les Romains avaient inondé l'ensemble de l'empire. Le musée de Saintes conserve une série de corbeilles corinthiennes antiques qui montrent combien à l'époque gallo-romaine, déjà, les interprétations des modèles canoniques diffusés à partir de Rome pouvaient connaître des variations considérables. Ces mutations du modèle corinthien, les feuilles d'acanthe pouvant être plus ou moins schématisées ou simplifiées, voire remplacées par des motifs végétaux dérivant de la palmette, un autre motif issu du monde antique, sont à l'origine de diverses formules plus ou moins usitées en Poitou, d'abord, puis en Saintonge et en Angoumois. Il faut rappeler d'ailleurs que les sculpteurs de l'époque romane ont aussi pu s'inspirer de chapiteaux de marbre de l'Antiquité tardive ou de l'époque mérovingienne, dont le musée de Saintes conserve des exemplaires provenant sans doute de l'église Saint-Saloine.

Les expériences « corinthisantes » les plus significatives, qui s'inscrivent dans le prolongement de la redécouverte du corinthien à Saint-Benoît-sur-Loire, sont celles qui marquent les premières phases des grands chantiers poitevins, à Saint-Hilaire ou Sainte-Radegonde de Poitiers au milieu du XIe siècle. Un peu plus tard, les pays charentais explorèrent des formules plus stylisées, en lien avec la Gascogne et le Périgord. On en trouve des exemples à Bougneau ou à Saint-Thomas-de-Conac, notamment. Si la forme corinthienne est peu présente sur le grand chantier de Saint-Eutrope, hormis pour certains détails, il existe en Saintonge, dans l'église de Thézac, quelques rares chapiteaux qui paraissent directement inspirés des modèles antiques à feuilles d'acanthe. Pour le reste, l'épannelage corinthien donna lieu au cours du XIIe siècle à diverses combinaisons végétales plus ou moins proches des modèles antiques, parfois ornées de rinceaux à feuilles grasses ou au contraire de feuillages aux lobes symétriques et nettement découpés, mais qui permirent aux sculpteurs romans de faire preuve de toute leur inventivité avant que les formes ne se dessèchent pour devenir de plus en plus mécaniques et abstraites à l'orée de l'âge gothique.

Christian Gensbeitel

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Chapiteau représentant les quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean