L’histoire des formations musicales militaires est marquée par l’apport de nouveaux instruments qui font suite à l’évolution des méthodes de fabrication, ou à des influences régionales et étrangères. Quelques-uns d’entre eux sont intégrés dans la structure des formations, c’est-à-dire qu’ils sont adoptés par toutes les fanfares militaires, tandis que d’autres ne le sont pas et n’apparaissent que dans quelques ensembles. Ces distinctions donnent une identité territoriale aux formations instrumentales. Dans une certaine mesure, elles ont contribué à la sauvegarde de certaines d’entre elles. En effet,  leurs particularités en font des ensembles très sollicités.

Le bagad (les bagadoù) est un ensemble musical constitué d’instruments traditionnels d’origine celtique : la cornemuse biniou bras (il existe différentes sortes de cornemuses, on dit que c’est un instrument protéiforme car sa forme varie selon la culture musicale du lieu où elle évolue), la bombarde, qui est un instrument d’origine orientale, apparu en France à la suite des croisades vers le XIIe siècle, auxquelles s’ajoutent des percussions, généralement le tambour. La musique militaire de la Région Terre Nord-Ouest (Rennes) et la fanfare de la 9e brigade légère blindée d'infanterie de marine ont, dans leur formation, des sonneurs voir un Bagad.

Le sud-est de la France est caractérisé par le Galoubet, sorte de petite flûte à bec qui se tient d’une main, et qui est généralement associé à un petit tambourin provençal, joué de l’autre main. Ils apparaissent dans la musique des équipages de la Flotte de Toulon.

"Tamarii Volontaire", chant tahitien.

Les aventures coloniales ont également été l’occasion d’enrichir les formations musicales militaires françaises. En effet, de nombreux instruments ont été rapportés des différentes campagnes militaires.

Toutefois, tous n’ont pas été intégrés aux formations. Seuls ceux qui ont subi une influence longue dans la durée et ceux qui se sont avérés utilisables par les formations françaises ont été adoptés. La Nouba du 1er Régiment de Tirailleurs, aujourd’hui basé à Epinal, en est une illustration. Les Noubas, formations musicales des régiments nord-africains, comprenaient une batterie (tambours, clairons et basses) à laquelle venaient s’ajouter des instruments locaux tels que : la Raïta, qui appartient à la famille des hautbois et qui produit un son strident proche de la bombarde, des percussions telles que le Tebel, grand tambour arabe, le bendir, sorte de tambourin, et le Chapeau chinois, ou Pavillon chinois (que l’on trouve également dans la fanfare de la Légion Étrangère).

Gravure (détail)
Fiche de l'objet

Le Chapeau chinois est issu de la musique turque, il est constitué d’une longue perche surmontée d’une pièce métallique rappelant la forme d’un « chapeau chinois » auquel des clochettes et des grelots sont accrochés.

Secoué en cadence, l’instrument est destiné à donner de l’éclat aux morceaux de marche. Il s’est implanté en Europe occidentale au XVIIIe siècle à la suite des guerres contre l’Empire Ottoman. La Nouba est donc un mélange d’instruments occidentaux et orientaux qui, à la première écoute, sonne faux compte tenu des échelles musicales différentes, d’où son appellation, faisant référence à un mot d’origine arabe évoquant les fêtes animées et bruyantes.

Chapeau-chinois (détail)
Fiche de cette photographie

Les instruments inadaptés aux formations musicales militaires françaises sont restés à l’état de souvenirs de campagnes, témoins d’échanges culturels avec la population locale des territoires parcourus. Ces instruments ne sont pas spécifiquement militaires. Le fait qu’ils aient été rapportés par des militaires français peut être le reflet d’un rôle diplomatique de l’institution. Ils évoquent la notion d’échange, de souvenir ou, au contraire, de trophées emportés sur l’ennemi. En effet, pour ce qui est des instruments militaires, capturer ceux de l’ennemi semble plus être synonyme d’une prise de guerre, d’un trophée, dans le sens où la musique est un élément symbolique de l’institution, surtout en ce qui concerne les instruments d’ordonnance tels que le tambour.

Violon chinois
Fiche de l'objet

Ces campagnes ont également influencé les productions vocales civiles et militaires. En effet, une partie du répertoire chanté aborde la thématique du voyage. Certains chants traitent le thème du conflit outre-mer, d’autres abordent la vie hors service, à travers la narration de relations intimes avec des « filles de joie ». En outre, la plupart des ces productions fait référence à l’Extrême-Orient. Au-delà du souvenir, elles ont surtout pour vocation de distraire. Aussi, elles ont généralement une tournure humoristique, comme par exemple le chant La Baya :

Un jeune officier de Marine
Un soir rencontra dans Pékin
Un’ petit’ chinoise divine
Qu’on promenait en palanquin
En l’apercevant la toute belle
Arrêta bien vite ses porteurs
« Mon gentil petit  français » dit-elle
« Veux-tu connaitre le bonheur ? »

Les campagnes à l’étranger ont donc été l’occasion d’échanges culturels ayant marqué les musiques militaires françaises. Elles ont également influencé celles des anciennes colonies, plus particulièrement en Afrique noire. En effet, ces dernières se sont appropriées certaines traditions militaires françaises, comme la structure des formations instrumentales et leur répertoire.