Les périodes de guerre sont marquées par un répertoire musical (vocal et instrumental) spécifique. Aussi, les différents conflits dans lesquels la France a été impliquée ont été générateurs de créations diverses. Elles apparaissent en réponse à des besoins opérationnels, d’évasion ou d’expression. Les productions instrumentales répondent à des circonstances bien particulières et sont extrêmement codifiées. Le chant, beaucoup plus libre, constitue la plus grande part de ces créations.

Un besoin opérationnel : le tambour et le clairon sont les deux principaux instruments d’ordonnance. Les capturer (hommes et instruments) passe pour une humiliation, comme s’emparer d’un emblème. Le tambour est apparu à la Renaissance dans l’armée. Il était plus particulièrement présent dans les troupes à pied dont le rythme de marche était cadencé par un battement régulier.

Tambour
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Un répertoire de batteries (association de différents rythmes) permettait la transmission des ordres donnés par le tambour-major (celui qui dirige la « musique », il est muni d’une canne). Ces pièces étaient également mélodiques en vue d’être interprétées par des instruments à vent en cuivre, la trompette au sein de la cavalerie et le clairon dans l’infanterie. Ces instruments, compte tenu de leur puissance sonore, permettaient de couvrir le tumulte de la bataille et de transmettre efficacement les ordres. Jusqu’à la fin du premier conflit mondial, ce système de communication était encore en vigueur. Les clairons (les instrumentistes) avaient, entre autres missions, un rôle de guetteurs et signalaient les alertes « aux gaz » d’une courte sonnerie spécifique et facilement identifiable. Soufflant dans leurs instruments, ils étaient dans l’incapacité de mettre leur masque à gaz et ne pouvait donc pas se protéger des vapeurs toxiques. Il fallut donc trouver un autre moyen de signalement dont la sonorité serait caractéristique, d’un volume sonore élevé, peu fragile, commun et ne sollicitant pas les voies aériennes d’une personne.

Crécelle
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Il semblerait donc que la crécelle se soit imposée pour relayer l’information. Le bruitage supplanta alors la mélodie. L’esthétique n’était pas la priorité, l’essentiel étant d’émettre une série de sons particuliers à cette alerte afin qu’il n’y ait pas de confusion possible avec un autre type d’information.

Un besoin d’expression : les conflits ont inspiré des créations institutionnelles qui valorisaient la vaillance et le courage des soldats.

Une part des chants militaires fait référence, de façon explicite, à certaines batailles. Souvent, ils sont étroitement associés aux unités ayant participé à ces combats et sont considérés comme emblématiques et identitaires. Par exemple, le chant La Sidi Brahim, écrit par Pierre Dupont sur l’air de Buvons à l’indépendance du monde, après la bataille de Sidi Brahim en Algérie, qui s’est déroulée du 22 au 25 septembre 1845 entre les troupes françaises et Abd El-Kader, est l’hymne des Chasseurs. Le 8e Bataillon de Chasseurs à pied était la principale unité présente, c’est pourquoi on retrouve le mausolée de Sidi Brahim sur son insigne.

Insigne du 8e bataillon de chasseurs à pied
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En plus de leur fonction représentative, ces pièces musicales constituent un outil précieux pour le commandement puisqu’elles sont censées galvaniser les troupes pour monter au combat. D’abord interprétées pour rythmer les longues marches, elles sont aujourd’hui associées aux activités rituelles des unités, le contexte de marche ayant disparu compte tenu de leur motorisation.

Chant La Sidi Brahim :

Aux champs où l'oued Had suit son cours
Sidi-Brahim a vu nos frères
Un contre cent lutter trois jours
Contre des hordes sanguinaires
Ils sont tombés silencieux
Sous le choc comme une muraille
Que leurs fantômes glorieux
Guident nos pas dans la bataille

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