C'est le service national qui a fait du “Pioupiou”, du “Tourlourou”, des gages de succès pour les cabarets et le disque alors naissant. Alors que les militaires se griment en civil, voire en femmes pour certains spectacles, les cafés-concerts raffolent de faux soldats en uniforme de fantaisie. Cet engouement est à l'origine de centaines de titres composés, chantés, parfois sous forme de monologues. Une part de ce répertoire est adoptée par les appelés et les militaires. Certaines compositions constituent des appels au service, comme le chant L’Appel de la Classe, mais la plupart sont comiques, voire caricaturales.
On retrouve ces chansons, au milieu de romances et de quelques complaintes, dans les cahiers de chansons rédigés, recopiés et souvent décorés par les appelés durant leur service.

Carnet de caricatures
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Le cahier de chansons de service militaire constitue un jalon tangible, comme une stèle, au moins autant qu'un répertoire. Ce n'est pas une spécificité car il est présent également dans les écoles et notamment les internats, dans les prisons, dans les bagnes, dans les cantonnements ou dans les camps de prisonniers des guerres... Ces espaces, à l’écart du monde, sont le lieu de rites d’initiation ou de passage. Tout cela est censé préparer au retour dans un monde appréhendé désormais avec bon sens certes, mais aussi esprit critique et humour.

Flamme de cor du 20e bataillon de chasseurs à pied
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On y trouve, plus ou moins parodiés, sentences, “recettes”, aide-mémoire (souvent magiques), récits d’un apprentissage des destins heureux ou tragiques, notamment en amour, à travers un “paysage” machiste où la femme est souvent celle des “maisons closes”. Ces productions constituent une vision stéréotypée qui fait probablement office (comme la « quille » de la fin du service militaire) d’exutoire des frustrations ressenties.
La majorité des chansons sont des récits, édifiants ou lestes, voire des fables.

Carte posale : "Aux armes : l'heure du courrier"
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Le style et la rédaction des titres, les mentions “sur l’air de” rappellent exactement les recueils des chansonniers édités pour le colportage. Dans ces cahiers, il y a des marques plus originales, pas nécessairement musicales. Il s’agit de “marque-temps”, calendriers de la période en question, le plus souvent présentés sous forme d’un escalier double, que l’on monte de jour en jour jusqu’à la moitié, puis que l’on redescend, avec une halte particulière à cent jours de la fin, jusqu'à la « quille » libératoire.

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