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© museum d'histoire naturelle de La Rochelle © Alienor.org, Conseil des musées de Poitou-Charentes

La faune protégée des marais,
dans le cadre de la directive habitat

 

Le littoral atlantique est renommé pour ses côtes sauvages et pour ses marais quadrillés de canaux, encadés de digues. Sur le plan écologique, se sont les oiseaux migrateurs qui en font toute la réputation. Entre Loire et Gironde, les marais de l'Ouest, vastes de près de 250 000 hectares, accueillent en toutes saisons, plus de 350 espèces d'oiseaux, tous statuts confondus. Au cœur des marais de l'Ouest, le marais poitevin à lui seul compte 136 espèces d'oiseaux nicheurs. aquatiques recèlent des espèces de la flore et de la faune très rares, dont certaines comptent aujourd'hui parmi les plus menacées à l'échelle européenne. Les sanctuaires naturels tels que le marais breton vendéen, le marais poitevin, les marais d'Aunis et de Saintonge et ceux de l'estuaire de la Gironde, accueillent plus de 200 espèces de la flore et de la faune protégées par la loi française et les directives européennes. Les oiseaux marins et palustres, en général bien connus des usagers du littoral, sont, pour la plupart, protégés par la loi sur la protection de la Nature (loi n°76-629 du 10 juillet 1976) et la directive "oiseaux" (directive n°79/409/CEE du 02 avril 1979). Les autres représentants de la faune et, plus précisément, les insectes, les amphibiens, les reptiles et les mammifères sont méconnus soit parce qu'ils sont nocturnes et farouches soit, tout simplement, parce que discrets ou trop petits. Dans le cadre de la directive "Habitats-Faune-Flore" (directive n°92/43/CEE du conseil du 21 mai 1992), la France s'est engagée à protéger les espèces rares de la faune sauvage (excepté les oiseaux) ainsi que leurs habitats spécifiques. Le museum d'histoire naturelle de La Rochelle présente ici les espèces concernées par cette directive et, principalement celles qui fréquentent les marais du littoral atlantique.


Participez à l'étude sur l'évolution de la répartition des espèces animales dans le centre-ouest atlantique vos observations et vos données nous intéressent


OBSERVATIONS DE TERRAIN : au hasard d'une balade, à l'occasion d'un voyage nocturne, en vous promenant au bord de l'eau en barque ou à pied, vous avez observé ou découvert une espèce rare, vivante ou morte. Vos observations peuvent être utiles à l'enrichissement de nos inventaires scientifiques.

COLLECTIONS PERSONNELLES : un des membres de votre famille, un ami ou un voisin, dispose d'une ancienne collection de faune (boites à insectes, animaux naturalisés, reptiles ou amphibiens conservés dans l'alcool). Ces spécimens peuvent se révéler très utiles pour la science, en particulier si vous connaissez leur origine géographique et leur date de collecte. Vous pouvez participer à l'enrichissement du patrimoine muséographique en nous léguant vos collections ou simplement en nous laissant inventorier leur contenu.

Liste des espèces des marais du centre-ouest atlantique figurant à l'annexe II de la directive "habitats" (directive n°92/43/CEE)

espèces patrimoniales remarquables (*)

espèces rares ou menacées de disparition dans les marais atlantiques (**)

Nom français Genre espèce Famille Ordre
Mammifères
Grand Rhinolophe Rhinolophus ferrumequinum Rhinolophidés Chiroptères
Petit Rhinolophe Rhinolophus hipposideros Rhinolophidés Chiroptères
La Barbastelle Barbastella barbastellus Vespertilionidés Chiroptères
Le Vespertilion de Bechstein Myotis bechsteini Vespertilionidés Chiroptères
Petit Murin Myotis blythi Vespertilionidés Chiroptères
Vespertilion des marais Myotis dasycneme Vespertilionidés Chiroptères
Le Vespertilion à oreilles échancrées Myotis emarginatus Vespertilionidés Chiroptères
Le Grand Murin Myotis myotis Vespertilionidés Chiroptères
**La Loutre d'Europe Lutra lutra Mustélidés Carnivores
**Le Vison d'Europe Mustela lutreola Mustélidés Carnivores
Reptiles
**La Cistude d'Europe Emys orbicularis Emydidés Chéloniens
Amphibiens
**Le Triton crêté Triturus cristatus Salamandridés Urodèles
Poissons cyclostomes
La Lamproie de rivière Lampetra fluviatilis Pétromyzonidés Pétromyzoniformes
La Lamproie de Planer Lampetra planeri Pétromyzonidés Pétromyzoniformes
**La Lamproie marine Petromyzon marinus Pétromyzonidés Pétromyzoniformes
Poissons ostéichtyens
**L'Esturgeon commun Acipenser sturio Acipenséridés Acipensériformes
**Le Saumon atlantique Salmo salar Salmonidés Salmoniformes
*La Grande Alose Alosa alosa Clupéidés Clupéiformes
L'Alose feinte Alosa fallax Clupéidés Clupéiformes
Insectes
Le Grand Capricorne Cerambyx cerdo Cérambycidés Coléoptères
*La Rosalie des Alpes Rosalia alpina Cérambycidés Coléoptères
Le Lucane cerf-volant Lucanus cervus Lucanidés Coléoptères
Le Pique prune Osmoderma eremita Scarabéidés Coléoptères
**Le Fadet des laîches Coenonympha oedippus Nymphalidés Lépidoptères
**Le Cuivré des marais Thersamolycaena dispar Lycaenidés Lépidoptères
L'Azuré de la sanguisorbe Maculinea teleius Lycaenidés Lépidoptères
**L'Agrion de Mercure Coenagrion mercuriale Coenagrionidés Odonates

 

Triton crêté Triturus cristatus , Laurenti 1768

Cette espèce est un des plus grands salamandridés de France. Sa peau granuleuse, son dos marron maculé de taches noires et son ventre orange, permettent de le distinguer des autres espèces de tritons. En période nuptiale le mâle porte une grande crête dorsale en dents de scie, la queue présente une bande blanchâtre ou bleuâtre. Surtout nocturne, le triton crêté se cache le jour dans un gîte souterrain ; il se rend à l'eau au printemps pour la reproduction. Cette espèce fréquente très longtemps le milieu aquatique et ne le quitte qu'à la fin de l'été pour mener temporairement une vie terrestre. C'est une espèce liée aux mares de plaines, de collines, de bas plateaux et aux pannes dunaires. Dans les marais de l'Ouest, le triton crêté est confiné à l'écotone plaine-marais ou au cordon littoral. Il ne se rencontre que très rarement dans les habitats fermés (forêts). Il a aussi une préférence pour les mares d'une certaine profondeur et pauvres en végétation aquatique. Très carnivore, le triton crêté adulte consomme de nombreuses proies aquatiques, invertébrés, petits poissons, têtards, larves d'urodèles ; on lui prête même un comportement cannibale. Le triton crêté est une espèce centre européenne. Il n'est présent que dans la moitié Nord de la France ; en plaine, sa limite de répartition méridionale se situe au Nord de la Charente maritime. Alors que les populations sont relativement abondantes en Vendée et en Deux-Sèvres, en Charente maritime il est très rare et limité à quelques sites dispersés. Cette espèce peut cohabiter avec les autres espèces de tritons, notamment avec le triton marbré avec lequel il se croise. Le produit de ce croisement donne des sujets féconds qui portent le nom de triton de Blasius. Le triton crêté est considéré comme une espèce rare en France, il est en régression dans la plupart des pays d'Europe.

 

Grande alose Alosa alosa , Linné 1758 (réalisé dans le cadre du programme Gestion des Collections des Muséums GE.CO.)

Au stade adulte, ce poisson migrateur, à la livrée vert bleuâtre et aux flancs argentés, mène une vie pélagique en haute mer. En mai et juin, les adultes en phase de reproduction se rassemblent en bancs pour remonter les cours d'eau et frayer, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres de l'embouchure. Les œufs sont déposés en eau profonde sur les lits de sable ou de graviers. Les géniteurs meurent peu de temps après la fraie, d'épuisement ou d'inanition. . En automne, les jeunes entreprennent leur migration vers le large où ils terminent leur croissance. La maturité sexuelle est atteinte au bout de 3 ans avec une taille moyenne de 30 cm. Relativement apprécié pour sa chair, ce poisson est pêché au filet lors de la remontée. Espèce proche : l'alose feinte.

 

Esturgeon commun, Acipenser sturio , Linné 1758

Ce poisson singulier a la particularité d'avoir la tête recouverte de plaques osseuses et le corps bordé d'écussons osseux. De couleur gris rosé à gris beige, l'esturgeon présente une nageoire caudale dissymétrique (dite hétérocerque). Il atteint 2,5 m de longueur, pour un poids de 200 kg. Dans l'estuaire de la Gironde, les mâles deviennent pubères entre 7 et 11 ans et les femelles entre 8 et 14 ans. L'esturgeon fraye en mai-juin, en eau douce, sur fond de graviers. Après quelques mois, les alevins gagnent l'estuaire et, un an après environ, le plateau continental où ils restent jusqu'à la puberté. Au XIXe siècle, l'esturgeon était encore présent sur tous les cours d'eau français. La destruction progressive des frayères (extraction des granulats), la rectification des lits de cours d'eau ainsi que l'exploitation commerciale de ses œufs, ont progressivement fait disparaître l'espèce de la plupart des fleuves français. Bien que très protégée par la loi française (pêche et vente interdites par un arrêté du 25/01/1982), l'espèce souffre encore du braconnage et de la pêche accidentelle au chalut sur le plateau continental (surtout les immatures). Son aire de répartition est aujourd'hui réduite à la Garonne et à la Dordogne.

 

Rosalie des Alpes Rosalia alpina , Linné 1758 (réalisé dans le cadre du programme GECO)

Ce remarquable coléoptère longicorne d'aspect velouté et finement coloré de bleu cendré et de noir, est apparu en Poitou-Charentes au début du 19e siècle. Il fut probablement introduit par le transport de bois en provenance du Massif Central et du sud-est de la France. On rencontre la rosalie principalement dans les milieux boisés humides mais également dans les zones bocagères sèches. La larve xylophage se nourrit et se développe dans le bois des vieux arbres morts ou en décomposition. Espèce inféodée au chêne et au frêne, les adultes sont actifs la journée et se nourrissent de la sève qui s'écoule des plaies des arbres. La rosalie se raréfie en raison de l'exploitation intensive des forêts et de la coupe des vieux arbres. Elle fait aussi l'objet de collectes illicites pratiquées par des collectionneurs.

 

Fadet des laîches Coenonympha oedippus , Fabricius 1787 (réalisé dans le cadre du programme GECO)

Ce petit Lépidoptère de couleur brune fréquente surtout les prairies marécageuses, les marais tourbeux et les berges des lacs et des rivières. Ses plantes hôtes sont des laîches (carex sp.) et des graminées des genres Poa et Lolium. Les émergences ont lieu au début du mois de juillet. Devenue très rare en France, l'espèce est aujourd'hui considérée comme disparue de nombreuses zones humides où elle abondait autrefois, la principale cause de déclin étant la destruction de ses habitats spécifiques. Bien implantée dans le marais Poitevin au début du siècle dernier, l'espèce a commencé à régresser à partir de 1940 et n'y a plus été observée depuis 1968.

 

Cuivré des marais Thersamolycaena dispar , Haworth 1803 (réalisé dans le cadre du programme GECO)

Petit papillon diurne, le cuivré des marais présente un net dimorphisme sexuel : les mâles sont orange vif et les femelles de couleur brune avec des points noirs. Proche parent des argus, il est inféodé aux prairies naturelles humides. Il a vu plusieurs de ses populations disparaître au cours du 20e siècle suite à la transformation des prairies naturelles en cultures intensives, aux aménagements hydrauliques et à l'urbanisation. Il est en voie de disparition dans les marais poitevin et charentais mais encore assez courant en Aquitaine. Ses plantes hôtes sont Rumex hydrolapathum et Rumex aquatica.

 

Agrion de Mercure Coenagrion mercuriale , Charpentier 1840

Cette petite libellule longue de 35 millimètres, discrète et délicate, se rencontre aux alentours des petits cours d'eau qui bordent les marais. Sa coloration bleue et noire, propre à toutes les espèces de sa famille, rend son identification assez difficile. Dans la plupart des cas, cet agrion peut être différencié des autres par la présence, chez le mâle, d'une tache noire ressemblant à une tête de taureau sur le deuxième segment de son abdomen. Mais une détermination fiable ne peut être effectuée qu'en examinant les organes génitaux. Pour se reproduire, l'agrion de Mercure exige une bonne qualité de l'eau. Les larves, aquatiques, se développent dans les petits ruisseaux ou fossés à faible courant, riches en hydrophytes et dont l'eau peut devenir tiède en été. La présence de zones ouvertes telles que les prairies est aussi un facteur indispensable à son développement. Rarement abondants, les adultes apparaissent en mai et la période de vol s'étend jusqu'en août. Les accouplements ont lieu après une phase de maturation des adultes qui se déroule un peu à l'écart du ruisseau, dans les prairies. La femelle dépose ses œufs dans les tiges et les feuilles des plantes aquatiques. Pour cela, elle s'immerge totalement, entraînant en partie le mâle sous l'eau. Le développement larvaire s'étend sur 10 mois. L'agrion de Mercure est en régression dans toute l'Europe et a déjà disparu de nombreuses localités. Son déclin est essentiellement dû à la pollution des cours d'eau ainsi qu'aux aménagements qui ont contribué à la dégradation de son habitat. La France est désormais le seul pays européen où cette espèce est encore assez bien représentée ; elle est strictement protégée par l'arrêté du 22 juillet 1993 fixant la liste des insectes protégés en France.

 

Vison d'Europe, Mustela lutreola

Le vison d'Europe, Mustela lutreola, est probablement, avec le Phoque moine et le Lynx pardelle, une des espèces de mammifères les plus menacées d'Europe. Nocturne, très discret et souvent confondu avec le putois auquel il ressemble fortement, ce mustélidé semi-aquatique est connu en Europe centrale depuis plus de quatre siècles. En France, le vison d'Europe reste longtemps ignoré et n'éveille la conscience des scientifiques qu'à la fin du XIXe siècle. Inféodé aux cours d'eau et aux marais, sa population est aujourd'hui confinée aux zones humides de la façade atlantique entre la Loire et les Pyrénées. Elle est estimée à quelques centaines d'individus.

Classification systématique

Ordre : Carnivores
Famille : Mustélidés
Sous-famille : Mustélinés
Genre : Mustela
Espèce : M. lutreola, Linné, 1761

Caractéristiques morphologiques : tête légèrement aplatie ; oreilles rondes et petites ; cou peu différencié ; corps mince et allongé, pattes relativement courtes.
Taille : en moyenne 554 mm pour les mâles et 465 mm pour les femelles.
Poids : en moyenne 900 g pour les mâles et 600 g pour les femelles.
Pelage : brun foncé, uniforme, parfois avec des reflets roussâtres ; la bourre est gris foncé. Sur le museau, présence de deux croissants blanc pur bordant les lèvres supérieure et inférieure.
Régime alimentaire : petits mammifères semi-aquatiques, poissons, oiseaux, amphibiens, reptiles, crustacés et mollusques.
Habitat : milieux aquatiques (marais littoraux, marais poldérisés, cours d'eau de basse et moyenne altitude, marais, étangs,…).
Comportement social : individualiste, groupes familiaux.
Activité : principalement nocturne.
Hibernation : aucune.
Migration : aucune.
Période de rut : février à avril.
Durée de la gestation : 35 à 72 jours.
Portées : 2 à 7 jeunes.
Période de naissances : avril à juin.
Sevrage : après 10 semaines.
Elevage des jeunes : assuré par la femelle uniquement, jusqu'au mois d'août.
Maturité sexuelle : 1 an.
Longévité : 7-8 ans
Habitat : marais, étangs, polders, mais surtout forêts inondables et bords des cours d'eau
Statut : espèce protégée


Répartition : historique et actuelle

Au XIXe siècle, le vison d'Europe était encore présent de la Sibérie aux Pyrénées (*) Aujourd'hui, ses populations se limitent à quelques noyaux, chaque jour plus réduits, situés aux confins de l'Europe : à l'Est, dans une constellation d'aires de répartition peu étendues, entre Baltique, Mer Noire et Oural ; à l'Ouest, dans une petite zone en marge du golfe de Gascogne, entre la Loire (F) et la Rioja (E).

Ce n'est que vers la moitié du XIXe siècle que l'on décèle la présence du vison en France. Le premier spécimen naturalisé, conservé au muséum national, date de 1831 ; les premières mentions dans la littérature n'apparaissent que dix ans plus tard et il faut attendre la fin du siècle pour que son existence soit réellement reconnue.
Jusqu'au début du XXe siècle, le vison européen semble largement répandu et, en certains endroits, abondant. Son aire de répartition couvre près de la moitié du pays, soit trente huit départements.
Dès les années vingt, l'espèce a complètement disparu dans l'Est et devient rare dans le Nord et le Centre. Dès 1950, les naturalistes la considèrent comme en danger d'extinction.
De nos jours, la population française est confinée aux zones humides avoisinant le golfe de Gascogne.
L'effectif total de la population de visons serait de l'ordre de quelques centaines d'individus.

 

Résultats récents des recherches en biologie et écologie

Depuis une dizaine d'années, le vison d'Europe fait l'objet d'un programme d'étude pluridisciplinaire, coordonné par le "Groupe de Recherche et d'Etude sur la Gestion de l'Environnement", la Société Française pour l'Etude et la Protection des Mammifères en collaboration avec le muséum de La Rochelle, sous la responsabilité de la Direction Régionale Environnement (DIREN) Aquitaine. Les études portent principalement sur la répartition, l'écologie, le régime alimentaire et le comportement de l'espèce. Depuis 1996, une dizaine d'individus capturés dans la nature ont été équipés d'émetteurs et suivis par radiopistage dans le sud-ouest de la France. Comme chez les loutres, les visons utilisent de vastes domaines vitaux confinés aux vallées et aux berges des rivières et étangs (de 2,3 km à 13 km en système linéaire) et utilisent de nombreux gîtes diurnes. Les vallées humides boisées semblent constituer les milieux les plus utilisés pour les gîtes.

Dans la région Poitou-Charentes, l'étude des habitats de l'espèce a révélé que le vison utilisait préférentiellement les cours d'eau, en particulier les rivières. Contrairement à la loutre, il ne paraît pas sensible à la qualité des eaux. Le régime alimentaire a été étudié à partir des crottes collectées dans les gîtes des animaux radiopistés. Cette étude a montré que le vison d'Europe est un prédateur éclectique qui recherche ses proies sur les berges et les rives des cours d'eau. Il pêche en eau peu profonde mais évite la recherche des proies dans les zones de courant et les zones de pleine eau. Les visons étudiés ont consommé, par ordre d'importance, des amphibiens (grenouilles), des rongeurs (surmulots et campagnols), des oiseaux d'eau et des petits poissons.

Statut de protection

Protection Française : loi sur la protection de la nature (10 juillet 1976)
Protection Européenne : annexes II et IV de la Directive 92/43/CEE et annexe II de la Convention de Berne 1979 Typologie Union Internationnale pour la Conservation de la Nature (UICN) : espèce menacée d'extinction au niveau mondial : "espèces ayant déjà disparu d'une grande partie de leur aire d'origine et dont les effectifs sont réduits à un seuil minimal critique. Ces espèces sont menacées de disparition si les causes responsables de leur situation actuelle continuent d'agir" (UICN, 1990).

Plan de restauration de l'espèce

Un Plan de restauration a été mis en place au niveau national par le Ministère de l'Environnement. Ce Plan fait le point sur les connaissances actuelles et propose des mesures concrètes de protection de l'espèce et de ses habitats. Le Plan de restauration inclut également un complément de recherches en particulier sur l'état sanitaire des populations et des mesures réglementaires sur le piégeage.

 

Loutre d'Europe, Lutra lutra

La loutre d'Europe, Lutra lutra, fait partie de la famille des Mustélidés qui, riche de 67 espèces reconnues à ce jour (Ewer, 1973), représente l'une des plus importantes de l'ordre des carnivores.

En France métropolitaine, les membres de cette famille, diversifiée et relativement hétérogène, sont représentés par des espèces très différentes et bien typées depuis la belette, Mustela nivalis, qui pèse environ 100 grammes, jusqu'au blaireau, Meles meles, dont le poids moyen dépasse 10 kilos... c'est à dire près de cent fois plus lourd. La loutre d'Europe, seule représentante de la sous-famille des Lutrinés en Europe, compte parmi les mustélidés de grande taille.

L'aire de répartition de la loutre d'Europe s'étend des côtes atlantiques de l'Europe et du Maghreb aux côtes pacifiques, de la Sibérie aux îles Indo-Malaises en passant par le Japon (où elle est aujourd'hui considérée comme éteinte). Elle n'a jamais été présente en Islande.

Ordre : Carnivores
Famille : Mustélidés
Sous-famille : Lutrinés
Genre : Lutra
Espèce : L. lutra, Linné, 1758

Caractéristiques morphologiques : le corps est fuselé et hydrodynamique, les membres sont courts et trapus et les doigts sont reliés par une palmure complète et épaisse. La queue, conique et très musclée, sert de godille et de gouvernail pendant la nage.
Taille : en moyenne, 118,5 cm pour les mâles et 104,3 cm pour les femelles
Poids : en moyenne, 8,6 kg pour les mâles et 6,8 kg pour les femelles
Pelage : marron foncé, brun fauve, parfois chamois clair. Le cou et la gorge sont souvent grisâtres. Présence de taches blanches sur les lèvres et la gorge.
Régime alimentaire : essentiellement piscivore
Dimorphisme sexuel : mâles et femelles sensiblement différents (corpulence, physionomie,…)
Comportement social : généralement de type individualiste
Vocalisations : animal généralement silencieux mais pouvant émettre diverses vocalisations, dans certaines circonstances : sifflements, grondements, soufflements, gémissements, trilles très sonores, gazouillis chez les jeunes.
Activité : individus généralement nocturnes et crépusculaires, rarement diurnes sous nos latitudes.
Migration : non, plutôt erratique chez les subadultes
Période de rut : toute l'année. Dans les marais de l'ouest, la période préférentielle se situe entre juin et août
Durée de la gestation : de 60 à 62 jours
Portées : de 1 à 3 loutrons, exceptionnellement 4, (en moyenne 1,78)
Période de naissances : toute l'année. Dans les marais de l'ouest, les naissances ont lieu entre août et octobre
Sevrage : 6 à 8 mois
Elevage des jeunes : assuré par la femelle uniquement
Maturité sexuelle : mâles, 2 à 3 ans ; femelles, 3 à 4 ans
Longévité : 16 ans en captivité
Espérance de vie : 4,4 ans ; seulement 15 % des animaux atteignent l'âge adulte
Habitat : rivières, lacs, étangs, marais et côtes marine
Statut : espèce protégée

 

Répartition : historique et actuelle

Au début du XXe siècle, la loutre était présente sur la grande majorité des réseaux hydrographiques et dans la plupart des zones humides de France continentale. Elle n'a jamais occupé la Corse. Dès les années trente, elle va nettement régresser dans le Nord, l'Est et le Sud-Est. Dans les années cinquante, la loutre disparaît de soixante départements français et les populations subsistantes deviennent de plus en plus clairsemées (Kempf, 1980 ; Bouchardy, 1984).

Les premières enquêtes nationales, menées au début des années quatre-vingt par le Groupe Loutre de la SFEPM, dans le cadre de la réalisation de l'atlas des mammifères de France, ont montré que l'espèce ne se maintenait plus que dans une douzaine de départements de la façade atlantique et du Limousin (Bouchardy, 1984).

En l'espace d'un demi siècle, la loutre d'Europe est donc passée du statut d'espèce commune à celui d'espèce menacée.

Dans le cadre du programme national de recherche sur la loutre d'Europe, une nouvelle enquête nationale, conçue par le Secrétariat Faune Flore du Muséum National d'Histoire Naturelle fut diffusée par la S.F.E.P.M. de 1989 à 1992, afin de faire le point sur la situation de l'espèce en France (Rosoux et al., 1995). Depuis lors, la situation n'a guère changé, hormis quelques données sporadiques, en Normandie, dans la région des grands lacs de l'Aube, sur les marges du Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Bouches du Rhône.

Le maintien de populations viables se confirme sur la façade atlantique (de la Bretagne à l'Aquitaine) et dans le Massif Central. Dans la chaîne pyrénéenne, l'espèce se révèle toujours peu abondante et localisée. Dans les autres régions, la loutre ne subsiste plus qu'en populations fragmentées : seuls des indices sporadiques de présence témoignent encore de son existence.

Signalons que, depuis 1985, des indices probants de recolonisation ont été enregistrés, à partir de populations en bonne santé provenant du noyau du Massif Central. Aujourd'hui, cette reconquête est toujours d'actualité : l'espèce recolonise progressivement des réseaux hydrographiques désertés depuis un demi siècle (Bouchardy et Boulade, 1999).

Bien que la répartition de la loutre soit mieux connue aujourd'hui que lors du dernier recensement en 1995, de nouvelles populations pourraient encore être découvertes mais il ne s'agirait alors que d'isolats géographiques confinés ou d'individus satellites en phase de recolonisation.

Les deux phénomènes concomitants de régression dans plus des deux tiers de la France et de recolonisation à partir de noyaux stables conduisent à une situation très contrastée au niveau du territoire national. En effet, à l'est d'une ligne reliant Le Havre à Marseille, l'espèce a pratiquement disparu, hormis quelques fragments de populations satellites très localisés dont l'avenir reste plutôt précaire. A l'inverse, à l'ouest de cette ligne, les populations de la façade atlantique et du Massif Central se maintiennent en effectifs abondants.

En Pays de Loire, alors que l'étude de la répartition de 1993 (Rosoux et al., 1995) mentionnait des régressions localement importantes en Loire-Atlantique et dans le Maine-et-Loire, nous constatons aujourd'hui qu'une recolonisation progressive de certains réseaux hydrographiques s'effectue à partir des noyaux à populations importantes, particulièrement en Loire-Atlantique. Des mouvements récents de recolonisation ont également été confirmés dans le Lot-et-Garonne. Dans le Massif central, le processus de recolonisation en cours laisse espérer des jonctions entre populations atlantiques et centrales par la Charente et la Haute-Vienne, voire par le sud-ouest.

Toutefois, de manière générale, force est de constater que la protection légale dont bénéficie la loutre depuis 1972 n'a pas enrayé son déclin dans les zones à faible effectif. Par contre, dans les zones de grande richesse biologique, propices à l'espèce et faiblement occupées par l'homme, un mouvement de recolonisation se manifeste depuis plus de dix ans. Ce succès de recolonisation, particulièrement évident dans le Massif Central, trouve vraisemblablement son explication dans un changement d'état des habitats et des pratiques humaines : les zones géographiques concernées sont moins densément peuplées par l'homme, les pratiques de piégeage et de braconnage sont devenues localisées et très occasionnelles, les engins de capture destructeurs sont aujourd'hui prohibés et, enfin, la qualité biologiques des eaux ainsi que leur productivité en proies se sont notablement restaurées suite à l'exode rural.

 

Résultats récents des recherches en biologie et écologie

Depuis 1982, la loutre d'Europe fait l'objet d'un programme d'étude pluridisciplinaire piloté par la Société Française pour l'Etude et la Protection des Mammifères (S.F.E.P.M.), en collaboration avec les associations de protection de la nature.

Les études portent principalement sur la répartition, l'écologie, les tactiques alimentaires et le comportement de l'espèce. Certaines études sont également menées en écotoxicologie et en parasitologie, avec les laboratoires compétents de Charente-Maritime et de Gironde.

Un programme d'élevage en captivité a également vu le jour en 1997 avec le zoorama européen de la forêt de Chizé. Depuis trois ans, 7 loutrons y sont nés. Le zoorama de Chizé, en collaboration avec le museum d'histoire naturelle de La Rochelle, recueille également des loutrons orphelins et des loutres blessées en vue de les relâcher dans la nature.

De 1988 à 1993, la S.F.E.P.M. et le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin ont entrepris une étude sur le comportement des loutres à partir de quatre individus capturés dans la nature (marais vendéen) qui ont été équipés d'émetteurs et suivis par radiopistage. Cette étude a révélé que les individus pistés étaient principalement nocturnes, utilisant de vastes domaines vitaux (de 1 500 à 2 800 hectares) et se réfugient le jour dans un gîte (terriers en couches à l'air libre). Les activités nocturnes sont principalement réservées à la prospection alimentaire et à la recherche de gîte (déplacements ± 18%), à la pêche, à l'alimentation et à la toilette (activités stationnaires ± 9%), à la sieste nocturne (± 7%) et à l'activité dans le gîte (2%), le repos diurne occupant 63% du temps.

Les loutres utilisent de nombreux gîtes diurnes : une femelle suivie pendant 200 nuits a utilisé plus de 50 gîtes différents.

Les loutres fréquentent les cours d'eau et les canaux riches en proies, spécialement en poissons, dont elle font leur menu quotidien. L'étude des crottes récoltées dans la nature a montré que le régime alimentaire de la loutre est largement dominé par l'anguille (32%), que l'on considère sa fréquence d'apparition dans les proies, son abondance numérique ou sa biomasse relative. Par ordre d'importance, les autres catégories de proies consommées sont les cyprinidés (30%), les autres poissons comme les perches, les prêtres (14 %), les amphibiens (10%), les épinoches (gastérostéidés) (9%) et les oiseaux (5%).

Dans les marais de l'ouest, les loutres sont victimes du trafic routier (50 individus récoltés de 1980 à 1993), la cause principale de mortalité étant la circulation automobile (77% des cas de mortalité recensés)

 

Statut de protection

Protection Française : loi sur la protection de la nature du 10 juillet 1976 et arrêté ministériel du 17 avril 1981

Protection Européenne : annexe II de la Convention de Berne 1979 et annexes II et IV de la Directive 92/43/CEE

Protection mondiale : annexe I de la Convention de Washington

 

Plan de restauration de l'espèce

Un plan de restauration national a été mis en place par le Ministère de l'Environnement. Ce document de référence fait le point sur les connaissances actuelles de l'espèce et propose des mesures concrètes de protection de la loutre et de ses habitats. Il intègre également un programme de recherches complémentaires dans le domaine de l'écotoxicologie et de la parasitologie. D'autres études sont également proposées en ce qui concerne la pathologie et l'impact des loutres sur les piscicultures.

 

 

La Cistude d'Europe, Emys orbicularis

Cette tortue d'eau douce, discrète et farouche, est en déclin dans la plupart des pays d'Europe. En France, la régression de l'espèce est également très marquée. On suppose même que celle-ci est très ancienne puisqu'elle aurait disparu de Vendée à l'époque gallo-romaine. Elle s'est ensuite éteinte dans les Vosges au XVIIe siècle ainsi que dans d'autres régions du Nord et de l'Est de la France au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ce déclin se poursuit aujourd'hui en France continentale. La cistude d'Europe est encore assez bien représentée dans les marais charentais et plus particulièrement dans le Marais de Brouage où on peut avoir la chance de l'observer lorsqu'elle se chauffe au soleil sur les berges, ou sur les touffes de végétation. Espèce strictement inféodée aux cours d'eau et aux zones palustres, sa régression en France est essentiellement due à la dégradation de son habitat par les grands travaux d'assainissement agricole. Cette forte sensibilité aux modifications de son milieu classe la cistude au rang d'espèce vulnérable.

Ordre : Chéloniens
Famille : Emydidés
Genre : Emys
Espèce : E. orbicularis, Linné, 1758

Caractéristiques morphologiques : la carapace, de couleur brun foncé, est finement striée de jaune, aplatie et de forme arrondie. La tête et les pattes sont noires et pointillés de jaune. La queue est assez longue et les pattes, munies de griffes, sont aplaties en palettes natatoires
Taille : en moyenne 150 mm pour les mâles et 161 mm pour les femelles.
Poids : en moyenne 500 g pour les mâles et 750 g pour les femelles.
Comportement social : individualiste.
Période de reproduction : les accouplements ont lieu pendant une période comprise entre le printemps et l'automne avec toutefois un pic d'activité sexuelle situé en avril-mai.
Pontes : la période de ponte s'étend du début mai à la mi-juillet. Toutefois, la majorité des pontes ont lieu au mois de juin. Elles ont généralement lieu à la tombé du jour ou en début de nuit. Une ponte comporte 8 œufs en moyenne. Les œufs sont déposés au fond d'un trou creusé (nid) par la femelle puis recouverts de terre. Les femelles sont probablement fidèles à leur site de ponte.
Emergence des nouveaux-nés : elle a lieu à la fin mars, début avril. Elle peut exceptionnellement survenir à la fin de l'été mais les jeunes restent en général dans le nid pendant l'hivernage.
Maturité sexuelle : elle se situe aux alentours de 9-10 ans chez les mâles et 11-12 ans chez les femelles.
Régime alimentaire : divers invertébrés aquatiques, poissons, amphibiens, cadavres.
Longévité : 60-80 ans.
Habitat : milieux aquatiques. En particulier, canaux et fossés des marais littoraux, étangs envahis par la végétation et à fond vaseux, ruisseaux à faible courant.
Déplacements : dans les marais de Brouage, on a pu constater que les mâles effectuaient parfois de très grands déplacements sans retour d'un secteur à l'autre, assurant ainsi le brassage des gènes. Les femelles restent sédentaires.
Cycle annuel d'activité : il s'étend du mois de février au mois d'octobre. Les mâles sont les premiers à sortir de leurs quartiers d'hiver, suivis de près par les femelles.
Hivernage : la période d'hivernage s'étend sur 4 mois (d'octobre à février) durant lesquels les cistudes sont enfouies dans la vase au fond de l'eau.

 

Répartition

Les populations les plus denses de la cistude d'Europe se situent en Brenne, dans les marais charentais et de la Gironde, les Landes ainsi que dans le Var et sur le littoral Corse.

 

Résultats récents des recherches en biologie et écologie

Depuis 1984, une population de cistude d'Europe située dans le Marais de Brouage, fait l'objet d'une étude par captures, marquages et recaptures, menées par J.P. Baron et R. Duguy. Cette étude a permis d'acquérir une meilleure connaissance de l'espèce dans notre région. Elle révèle surtout qu'il existe une forte émigration des mâles adultes et que la densité de population sur le secteur étudié était assez forte : environ 100 individus pour 6 km de canaux. Les efforts de recherche sur le terrain ont aussi permis de découvrir qu'il existe une forte prédation sur les pontes et les nouveau-nés mais qu'à priori, celle-ci ne menace pas la population puisqu'il a été prouvé que les immatures représentent 30% de l'effectif total. Une campagne de piégeage menée en juin 2000 par le Muséum d'Histoire Naturelle de La Rochelle a permis d'identifier le prédateur des pontes de cistudes.

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