Alienor.org

S'armer pour la guerre

Des armes scolaires à la Manufacture d'armes de Châtellerault

La IIIe République accorde une place primordiale à l'école et à l'instruction publique qui doit enraciner les valeurs républicaines, unifier culturellement la France et propager une morale civique. Au service de la nation, l'école doit exalter le patriotisme. Jules Ferry proclame :
« Nous voulons pour l'école des fusils ! Oui le fusil, le petit fusil que l'enfant peut manier dès l'école ; dont l'usage deviendra pour lui chose instructive ; qu'il n'oubliera plus, et qu'il n'aura plus besoin d'apprendre plus tard. Car ce petit enfant, souvenez-vous en, c'est le citoyen de l'avenir, et dans tout citoyen, il doit y avoir un soldat toujours prêt » (extrait du discours aux instituteurs du 18 septembre 1881).
L'instruction militaire est obligatoire à partir de 1880. Cette mesure ne fait que valider une pratique qui se répand de plus en plus dans le pays depuis la fin de la guerre de 1870. De nombreuses communes ont déjà développé la pratique de la gymnastique et des exercices militaires dans leurs établissements d'instruction publique primaire ou secondaire. Le Ministère de l'instruction publique distribue 3 fusils scolaires de tir par établissement.

La fabrication de ces fusils scolaires qui sont adaptés des modèles règlementaires 1874 ou 1874 M. 80 est estimée à 50 000 pièces réalisées entre 1880 et 1881 par les manufactures d'armes. 11 300 sont produits à la manufacture d'armes de Châtellerault. Ils sont marqués C 1881 sur le canon.

Ministre de l'instruction publique en 1882, Paul Bert n'hésite pas à dire que l'école doit avant tout « préparer pour la nation des citoyens dévoués jusqu'au sacrifice suprême dans les luttes où peuvent être engagés les intérêts de la patrie ». Pour cela, un décret du 6 juillet 1882 autorise la constitution de bataillons scolaires qui, dotés de Cliquez sur l'image pour plus d'informations uniforme, s'entraînent sous la direction d'instructeurs militaires et animent les fêtes publiques :
« Tout établissement public d'instruction primaire ou secondaire, ou toute réunion d'écoles de 200 à 600 élèves, âgés de douze ans et au-dessus, pourra, sous le nom de "bataillon scolaire", rassembler ses élèves pour des exercices de gymnastique et militaires, pendant toute la durée de leur séjour dans les établissements d'instruction. »

Les élèves des bataillons scolaires utilisent des fusils d'exercice. Pour les manœuvres, ce sont des fusils inertes en bois ou bois/métal. Mais pour les exercices de tir réel souvent pratiqués dans les préaux convertis en stands, les élèves sont dotés de versions spécifiques de fusils réglementaires utilisant des cartouches à tir réduit, notamment les carabines scolaires type « Lebel » de calibre 6 mm (fusil « Lebel » en réduction sans mécanisme de répétition). La production de ces carabines est confiée à des entreprises privées.

En 1892, une loi met fin à cette expérience de bataillons scolaires, dont la valeur éducative est jugée peu efficace et qui s'avère très coûteuse pour les communes. Ils disparaissent peu à peu. Cependant le tir scolaire reste au programme et continue d'être pratiqué dans les écoles.