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S'armer pour la guerre

Le canon de 75

En 1897, un nouveau matériel d'artillerie de 75 mm est adopté : le canon modèle 1897 ou canon de 75 à tir rapide. D'une conception révolutionnaire pour son époque, il regroupe les derniers perfectionnements intervenus dans l'artillerie à la fin du XIXe siècle, à savoir : l'utilisation de la poudre sans fumée, de la munition encartouchée, de l'obus fusant, d'un chargement par la culasse et d'un frein de recul hydropneumatique, mécanisme fonctionnant avec de l'azote et de l'huile. La force de recul est ainsi absorbée : l'affût du canon ne bouge pas et le tube est ramené dans sa position initiale.
Ainsi, les servants (six hommes et un chef de pièce) n'ont plus à le repointer après chaque tir : la cadence de tir s'en trouve considérablement augmentée.

À la manufacture de Châtellerault, le bâtiment 14 est dédié à la fabrication de pièces pour ce nouveau canon : frein, avant-train, arrière-train, galerie porte-sac… Le montage final est réalisé à l'atelier de Puteaux par des ouvriers sélectionnés.

En 1914, la France entre en guerre avec 3 840 canons de 75 à sa disposition. En 1918 le nombre de pièces atteint 5 484 ; la production est alors de 25 pièces et 230 000 obus par jour.

Extrait de Maurice Bedel, Journal de Guerre 1914-1918, Tallandier, 2013, p. 193 23 décembre (1914)
En ce moment nos pièces de 75 envoient des percutants sur la ferme. Comme l'éclatement se produit à une centaine de mètres à peine de la tranchée je puis voir l'effet formidable de ces petits obus. Quelle différence avec les 77 allemands !... L'éclatement est effroyable, le déplacement d'air se fait sentir jusqu'à nous. On sent que cet obus-là se pulvérise en éclatant. Et je pense aux larges éclats de 77 qui jonchent la pente de Bonval aux tranchées.

Chanson du 75

1.
Permettez que je vous présente,
En ma qualité d'artilleur,
Notre joli petit Soixante-Quinze,
Un bijou plein de valeur.
C'est coquet, léger, maniable,
Même en voyage vous pouvez l'emporter,
C'est bien fait, et c'est incassable,
Et de plus, c'est facile à fair' marcher.

REFRAIN
Le Soixante-Quinze est un bon canon
Qui des Allemands fait du saucisson.
Il les coupe en large, en travers, en long,
Et en tout petits ronds.

2.
Ça fait aussi de la musique,
Ça lance des sons éclatants,
Sur des airs très patriotiques
Qui cassent plus que le tympan.
Et ça fait sauter en cadence
Les jambes, les bras, les têtes et les coeurs,
Des ennemis, ah ! quelle danse !
Ah ! Oui, que c'est comme un bouquet de fleurs !

[…].

5.
L'Allemand lâchement se terre
Comme une bête dans son trou ;
C'est bien sa nouvelle manière :
L'Allemagne au-dessous de tout.
Pour le chasser de sa tanière,
Puisque l'insecticid' ne suffit pas,
Et pour le réduire en poussière,
Notre petit Soixante-Quinze est là.

6.
Honneur à ce canon modèle,
Ce canon, comme ils n'en ont pas,
Soutien glorieux et fidèle
De nos vaillants et fiers soldats.
Buvons, buvons tous à sa gloire,
Nous lui devons la moitié du succès
Qui nous conduit à la victoire
Chantons en choeur notre canon français.

Paroles de Vincent Hyspa, musique de Félix Chaudoir. © E. Benoît.

Extraits de Pascal Wion, 14-18, La Victoire en chantant – Histoire de la Grande Guerre au travers des chansons de l'époque, éditons Imago, 2013, pp. 189-190.