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S'armer pour la guerre

Produire plus pour la guerre
1914-1918

Contexte

L'engrenage des alliances transforme une guerre qui aurait pu se limiter aux Balkans en conflit généralisé. En réponse à l'ultimatum qui lui est adressé ainsi qu'à son alliée la Russie par l'Allemagne le 31 juillet 1914, la France décrète le 1er août la mobilisation générale pour le 2 août.

En France, la guerre de mouvement prônée par l'état-major se brise sur l'assaut des troupes allemandes qui occupent la Belgique et une partie du nord du territoire français. Le front se stabilise peu à peu et à la fin de 1914 - début 1915 la guerre, qui s'avère être dévoreuse d'hommes et de matériels s'enlise dans les tranchées.
Les espoirs d'une victoire rapide s'étant évanouis, les belligérants, dont la France, s'organisent pour une guerre longue, une guerre de défense dans laquelle les problèmes d'effectifs et de matériels deviennent essentiels. Pour fabriquer en masse les armements, nourrir soldats et civils, la France met en place une économie de guerre.
Dès le 31 juillet 1914, la manufacture d'armes de Châtellerault reçoit l'ordre d'appliquer le programme de mobilisation. Il faut intensifier la production, réparer les armes qui reviennent du front en multipliant les heures de travail et en recrutant massivement. La Manu devient l'un des piliers de l'effort de guerre en 1914-1918.

Extrait de Maurice Bedel, Journal de Guerre 1914-1918, Tallandier; 2013, p. 637
Journal de Marguerite, épouse de Bedel

1er août 1914
Ce matin à 6 heures on a apporté à Maurice sa feuille de mobilisation, il n'avait rien de ses affaires et se demandait s'il pourrait passer par Paris : nous avons jeté précipitamment quelques effets dans une valise et il est parti !... Il fait beau aujourd'hui si beau que le coeur espère malgré tout !
5 heures. La cloche russe de l'église de Châteauneuf sonne : la mobilisation vient d'être affichée à Châtellerault. Alors c'est la guerre ? Mon Dieu que les minutes sont longues ! pour cacher son inquiétude à l'autre chacun parle du foin qui sèche par ce beau soleil et des prunes qu'il faudra cueillir pour le dîner, mais comme tout cela nous est égal !

2 août
Je suis allée ce matin à Châtellerault. La ville était calme, la nouvelle de la mobilisation a été accueillie avec les cris de "tant mieux" ! et chacun se prépare au départ d'aujourd'hui ou de demain. Dans la campagne la première émotion passée on s'est courageusement résigné. Il n'est pas possible de se procurer un journal, il court certains bruits : L'Autriche aurait essuyé une défaite. Nous aurions combattu déjà à la frontière... et M. Poincaré aurait été assassiné ! mais de ces nouvelles aucune n'est officielle.