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S'armer pour la guerre

1874 : le fusil « Gras » né de la nécessité d'améliorer le « Chassepot »

La défaite de 1870 est ressentie comme une humiliation nationale. Le Second Empire et Napoléon III sont stigmatisés pour l'imprévoyance dont ils ont fait preuve en matière militaire notamment d'armement. De 1870 à 1914, les essais et innovations se succèdent dans le domaine des armes portatives.
En effet, le fusil modèle 1866 « Chassepot », du nom de son concepteur Antoine Alphonse Chassepot contrôleur de la manufacture d'armes de Châtellerault puis de Saint-Étienne, est une arme de calibre 11 à un coup à chargement par la culasse et à système de mise à feu comportant une aiguille qui transperce la cartouche pour venir percuter l'amorce. Cette arme qui équipe l'infanterie française en 1870 est critiquée de toutes parts. On lui reproche sa cartouche combustible en papier qui encrasse le mécanisme jusqu'à le bloquer après une vingtaine de tirs mais aussi son système à aiguille dangereux car très fragile.

Cependant, en mars 1874, à peine 8 ans après sa création, 1 700 000 exemplaires du « Chassepot » sont toujours stockés dans les arsenaux. Une commission d'études décide alors non de le remplacer mais de le transformer à moindres frais.

Diverses armes sont testées notamment à Châtellerault, et en 1874, la solution proposée par le capitaine Basile Gras est adoptée.

Le fusil modèle 1874 « Gras » est donc un fusil « Chassepot » équipé pour tirer des cartouches métalliques :

  • - la chambre est agrandie aux dimensions de la cartouche métallique ;
  • - la culasse mobile est munie d'un extracteur et d'un éjecteur de l'étui de la cartouche ;
  • - l'obturateur en caoutchouc du « Chassepot » est supprimé du fait de l'usage d'une cartouche métallique dont l'élasticité du laiton formait à elle seule une totale obturation à tout dégagement de gaz vers l'arrière.

D'un calibre de 11 mm avec une portée maximale de 2850 m, c'est une arme simple, robuste, maniable et très sûre.

Les troupes d'infanterie reçoivent alors deux modèles différents en dotation :
- le modèle 1866-74 qui résulte de la transformation du fusil « Chassepot » par rechambrage, ou par recanonnage, solution la plus économique ;
- le modèle 1874, arme construite neuve.
Ces armes ont reçu ensuite la modification 1880 consistant en l'agrandissement et l'approfondissement de la rigole d'évacuation des gaz sur la tête mobile et la création d'une rigole dans la boîte de culasse pour mieux protéger le tireur en cas de rupture du culot de cartouche : ce sont les modèles 1866-74 M. 80 et 1874 M. 80.

Pendant la Première Guerre mondiale, les fusils du système « Gras » constituent l'armement de « l'intérieur » réservé aux territoriaux et aux gardes des voies de communications.

À propos du Chassepot :
« Nous avons des fusils
Se chargeant par la culasse.
Au dehors c'est gentil,
Mais au dedans ça, s'encrasse...
Nos petits Ennemis
N'en ont point. »
(Extrait des Horreurs de la guerre, opérette de Philippe Gille, jouée à l'Athénée, le 9 décembre 1868)