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S'armer pour la guerre

Le modèle 1886 « Lebel » : l'adoption d'une arme à répétition

Dès 1884, il apparaît nécessaire de remplacer le fusil « Gras » à un coup par un système à répétition et de doter l'infanterie française d'une arme plus performante. En effet, celui-ci est dépassé depuis l'apparition dans l'Empire allemand du nouveau modèle de Mauser, le modèle 1871-84 à répétition. De surcroît la Marine française a déjà pris de l'avance sur l'infanterie en adoptant un fusil à répétition de 11 mm à magasin tubulaire, le fusil modèle 1878 dit fusil « Kropatschek », système autrichien adapté à la munition française de 11 mm.
L'armée étudie pour l'infanterie un modèle dérivé du « Kropatschek », le modèle 1884 suivi par le modèle 1885 mis au point à Châtellerault et qui préfigure le « Lebel ».
Ces deux fusils sont fabriqués en séries limitées. En 1914, 120 000 de ces modèles pratiquement neufs se trouvent en arsenal. Ils dotent en priorité les infirmiers, les douaniers, les forestiers et les conducteurs de train régimentaires. En octobre 1915, le reliquat est expédié en Russie.

En janvier 1886, afin de rattraper ces retards, le futur fusil d'infanterie « Lebel » est mis en commande par le général Boulanger, ministre de la Guerre. Après des mois d'études à l'École normale de tir du « camp de Châlons » et à Châtellerault par la Commission des Fusils à Répétition, le modèle 1886 est définitivement adopté en 1887. Il est baptisé du nom d'un des membres de la commission qui a contribué à sa création : le colonel Nicolas Lebel.

Fruit d'une étude collective, le « Lebel » doit :

  • - sa culasse mobile à doubles tenons au colonel Bonnet  :
  • - son architecture détaillée et son usinage au colonel Gras et surtout aux contrôleurs d'armes Albert Close et Louis Verdin, de Châtellerault ;
  • - la mise au point de sa nouvelle cartouche de 8 mm aux colonel Gras, capitaine Désaleux et lieutenant-colonel Lebel, ce qui permet l'utilisation de la nouvelle poudre sans fumée développée par l'ingénieur Paul Vieille.

Sur le plan historique, le fusil « Lebel » est le premier armement d'infanterie au monde à remplacer la poudre noire par la poudre sans fumée à base de nitrocellulose (poudre B).
De calibre 8 mm, le fusil Lebel se charge par l'introduction une par une des 8 cartouches par l'orifice du magasin.

Il est équipé de l'épée-baïonnette modèle 1886 à lame de section cruciforme. C'est la « Rosalie » célébrée par les chansonniers parisiens pendant la guerre.

La production du « Lebel » est confiée aux trois grandes manufactures d'État : Châtellerault, Saint-Étienne et Tulle. Grâce à une fabrication accélérée, ces manufactures peuvent livrer plus de deux millions de fusils Lebel en six ans.
Robuste en raison de son montage en deux parties (crosse et fût séparés), précis, malgré ses points faibles comme sa longueur et sa sensibilité à la boue, il devient un objet emblématique de la guerre de 1914-1918 ; il est considéré comme le fer de lance de l'infanterie française.

Rosalie

aux camarades de mon régiment, le 14e de Rennes

1. Rosalie, c'est ton histoire
Que nous chantons à ta gloire,
Verse à boire !
Tout en vidant nos bidons,
Buvons donc !

2. Rosalie est si jolie
Que les galants d'Rosalie
Verse à boire !
Sont au moins deux, trois millions,
Buvons donc !

3. Rosalie est élégante :
Sa robe fourreau collante,
Verse à boire !
La revêt jusqu'au quillon,
Buvons donc !

[….]

8. Au mitan de la bataille,
Elle perce, et pique, et taille,
Verse à boire !
Pare en tête, et pointe à fond,
Buvons donc !

9. Et faut voir la débandade
Des mecs de Lembourg et d'Bade,
Verse à boire !
Des Bavarois, des Saxons,
Buvons donc !

10. Rosalie les cloue en plaine ;
Ils l'ont eue, déjà dans l'aine*...
Verse à boire !
Dans l'rein¤ bientôt ils l'auront,
Buvons donc !

11. Toute blanche, elle est partie
Mais, à la fin d'la partie,
Verse à boire !
Elle est couleur vermillon,
Buvons donc !

12. Si vermeille et si rosée
Que nous l'avons baptisée :
Verse à boire !
"Rosalie" à l'unisson,
Buvons donc !

[….]

Chanson créée par Théodore Botrel,
extraite du recueil Les Chants du Bivouac,
Paroles et musique de Théodore Botrel.
© Georges Ondet, 1914.

* l'aine... le rein : allusion aux succès militaires sur le front de l'Aisne ; il en sera bientôt de même sur le front du Rhin.

Extraits de Pascal Wion, 14-18, La Victoire en chantant – Histoire de la Grande Guerre au travers des chansons de l'époque, éditons Imago, 2013, pp. 181-184.