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S'armer pour la guerre

1915-1918 : de nouvelles armes pour la guerre, s'adapter aux conditions de combat

Transformations et modifications

Malgré les premières transformations opérées dès la fin de 1914 sur les modèles à un coup, la pénurie d'armes à répétition de calibre 8 s'accentue. De plus, à partir de 1915, avec l'enlisement de la guerre, il faut produire des armes plus adaptées aux nouvelles conditions de combat dans les tranchées. Les modèles existants sont alors modifiés de manière à les rendre plus performants : peu d'innovations fondamentales - on n'a pas le temps de créer de nouveaux modèles réglementaires - , mais des études pour pallier les défauts dont se plaignent les soldats.

Ainsi le fusil modèle 1907 reçoit une modification : le levier coudé est remplacé par un levier droit plus pratique à utiliser sur le modèle 1915. Le fusil 1907-15 devient alors le standard pour l'infanterie française.

La principale faiblesse du modèle 1907-15 est sa faible capacité de chargeur (3 coups alors que le Lebel en a 8 voire 10...), aussi est-il procédé à une nouvelle modification au début de 1916 qui lui fait accepter un chargeur à 5 coups. Il est également ajouté un garde-main en bois protégeant la main du tireur de l'échauffement du canon. Cette solution est simple et économique.

Le "nouveau" fusil prend l'appellation de fusil de 8 mm modèle 1916 lorsqu'il est fabriqué neuf et de modèle 1907-15 M. 16 lorsqu'il provient de la modification d'un 1907-15.

Il est également décliné en mousqueton M. 16, plus court donc plus adapté aux combats rapprochés dans les tranchées. Cependant la production de ces armes neuves est limitée, seulement 370 pour la manufacture de Châtellerault.

Suite à l'adoption du mousqueton modèle 1916 à capacité de magasin augmentée (5 cartouches au lieu de 3), de nombreux mousquetons modèle 1892 sont également transformés pour leur permettre l'emploi de chargeurs à 5 cartouches ce qui les rend beaucoup plus rapides à recharger et plus efficaces au tir. Ils se différencient du mousqueton modèle 1916 par l'absence de garde-main et le marquage de la boîte de culasse qui n'est pas modifié.

En outre, les fusils notamment les « Lebels » reçoivent des équipements plus adaptés aux nouvelles conditions de combat. Par exemple ils sont équipés de lunettes APX destinées aux tireurs d'élite et reçoivent de nombreux accessoires : dispositif de tir de nuit, périscope, coupe-barbelé et miroir montés sur la baïonnette….

Globalement, entre 1914 et 1918, les armes produites par la manufacture d'armes de Châtellerault restent identiques : ce sont les mêmes modèles avec parfois des modifications pour les adapter aux conditions du conflit mais en quantité croissante pour répondre à l'énorme demande du front.
Ainsi 435 000 fusils 1907-15 et 542 000 mousquetons modèle 1892 et 1892 M. 16 sortent de ses ateliers. Fin 1917, 850 mousquetons modèle 1892 sont produits par jour à la Manu.

L'impératif de produire en économisant le matériel conduit à supprimer dans les processus de fabrication des armes toutes les étapes inutiles. Par exemple, sur les armes blanches comme les sabres de cavalerie ou d'artillerie qui sont encore produits de manière marginale, le dernier polissage est supprimé, le brillant étant inutile.
De même, les baïonnettes produites pendant la guerre sont caractérisées par une simplification d'usinage et, en 1917, le remplacement du laiton par la fonte pour la poignée. Le quillon du sabre-baïonnette modèle 1892 et de la baïonnette modèle 1886 qui se prend dans les barbelés est supprimé ou raccourci sur proposition du directeur de la manufacture d'armes de Châtellerault.

La Manu devient également tributaire pour sa production des livraisons des industries privées, comme les établissements Continsouza, et des autres manufactures qui fournissent des pièces par exemple le couvre-culasse pour fusils 1886 M. 93 et 1907-15.