Bois de renne gravé magdalénien, site préhistorique de "La Piscine", Montmorillon (Vienne)

 

Éléments d'analyse de l'objet

Les éléments de description et d’interprétation du bois de renne sont en partie extraits des manuscrits inédits de Pierre Marcel, découvreur du site archéologique de « La Piscine » à Montmorillon (Vienne, 86). Les illustrations sont de Pierre Laurent (CNRS, Laboratoire de Géologie du Quaternaire et de Préhistoire de l’Université de Bordeaux I) et une d’entre elle a été publiée dans les Informations archéologiques de la Circonscription du Poitou-Charentes de la revue Gallia Préhistoire (cf. Guillien 1972, fig. 33).

Vue des deux faces principales de bois de renne gravéVue des deux faces principales du bois de renne gravé. Cliquez ici pour accéder à la notice de cet objet

Cet objet emblématique du Paléolithique supérieur est exécuté sur un andouiller de glace prélevé sur un bois de renne. D’une longueur de 29 cm, il conserve sur son pourtour une série de fines incisions qui occupent la quasi-totalité de la surface disponible. Les sujets traités semblent être dominés par des représentations figuratives qui correspondraient exclusivement à des chevaux, au nombre de quatre (cf. : Marcel, 1967, p.7 ; 1971, p.12).

De son côté Yves Guillien (à l'époque directeur de la Circonscription archéologique de Poitou-Charentes) voyait en revanche des chamois à côté de chevaux (cf. Guillien, 1968, p. 335).

Enfin, des thèmes abstraits seraient également à noter. Concernant ces derniers, Pierre Marcel aurait repéré plusieurs bandes hachurées déclinées en plusieurs variantes.

Pour accéder aux descriptions des quatre têtes de chevaux, survolez les zones réactives des deux faces du bois présentés à la page d'accueil.

 

Au terme d'observations minutieuses, Pierre Marcel a constaté de grandes différences d’exécution entre ces quatre têtes de chevaux. Il les a alors regroupées en deux couples, selon leur rendu anatomique et leur type. La paire des chevaux nº 1 et n° 2 serait constituée de têtes assez détaillées, de facture plutôt réaliste (cf. Marcel 1971, p.12). Par contre, il estime que le couple des chevaux nº 3 et n° 4 est le résultat d'un tracé plus sobre, dépouillé et "stylisé" (op.cit).

Les différences d'allure observées entre ces deux couples de chevaux posent des défis méthodologiques et interprétatifs beaucoup plus difficiles à résoudre. S'agit-il de gravures réalisées par un seul artiste ou par plusieurs auteurs ? Ces questions sont actuellement sans réponse. Pierre Marcel a ouvert différentes pistes de réflexion, en proposant d'y voir l'illustration d'oppositions : vieux-jeunes, vie-mort, mâles-femelles.

 

Des essais de rapprochement stylistique, au sein du corpus iconographique du Magdalénien (La Madeleine, Laugerie-Basse, Fontalès, Le Mas d’Azil…), ont permis à Pierre Marcel d'insérer le bois gravé de Montmorillon dans le monde aquitain et pyrénéen de l'époque. Ces différentes comparaisons permettent également de proposer une attribution chronologique à cet art mobilier, le situant vers la fin du Magdalénien.

Si cette proposition était confirmée, elle permettrait de démontrer une occupation du site au Magdalénien supérieur, c'est-à-dire pour notre région après l'apogée de la "civilisation Lussac-Angles" représentée par les sites emblématiques du Roc-aux-Sorciers (Angles-sur-l’Anglin) et de La Marche (Lussac-les-Châteaux), il y a 14 000 ans. Cette question ne sera toutefois définitivement résolue que lorsqu'une datation radiocarbone sera obtenue directement dans ce bois afin de le rattacher au niveau archéologique correspondant.

 

Il apparaît évident que ce bois gravé n'a pas encore livré tous ses secrets. Des études prochaines ne manqueront certainement pas de renouveler nos connaissances sur cet objet du site de La Piscine à Montmorillon et des groupes magdaléniens de la région.

 

Cet objet d’art est actuellement visible au Musée de Préhistoire de Lussac-les-Châteaux.

Le bois de Renne dans la vitrine en exposition au Musée de Préhistoire de Lussac Le bois de Renne dans la vitrine en exposition au Musée de Préhistoire de Lussac Le bois de Renne dans la vitrine en exposition au Musée de Préhistoire de Lussac


Pour en savoir plus, consultez
les notes inédites de Pierre Marcel en cliquant ici (fichier PDF)