Le château : une ambition brisée

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Renaissance d'un château

Guillaume II Gouffier, amiral de Bonnivet

L'escalier d'honneur

Le décor sculpté

La restauration des fragments sculptés

Bibliographie

Générique

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La construction du château débuta à la fin de 1516, au plus tard en 1517, après l’accession de Guillaume Gouffier à la charge d’amiral de France.
Sans qu’il soit possible de l’identifier, il est toutefois certain qu’un architecte a conçu cet édifice remarquable : l’unité du plan, l’intelligence des partis retenus révèlent une personnalité majeure, qui sut donner corps aux ambitions du seigneur de Bonnivet.

Le château s’élevait sur un plan quadrangulaire. La façade principale, au sud, longue de 98 mètres, s’étendait entre deux tours d’angle. Au centre du corps de logis, l’escalier en vis était logé dans une cage ouverte sur les deux façades par de grandes baies en plein cintre, formant une sorte de « cabinet à claire-voie ».

Dans cette partie du château se concentrait l’essentiel du décor sculpté, d’une exceptionnelle qualité. Le style antiquisant de certains sculpteurs, nettement marqués par les exemples italiens contemporains, rencontrait la verve plus traditionnelle d’autres artistes inspirés par des modèles gothiques.

En 1525, le corps de logis principal était sans doute le seul achevé. L’aile est devait être élevée en partie, mais l’aile ouest sans doute juste commencée. La mort de l’amiral interrompit brutalement les travaux.
À partir de 1649, un nouveau propriétaire, Jacques de Mesgrigny, reprit en main le chantier : il acheva probablement l’aile est, conserva les seules arcades de la galerie initialement prévue à l’ouest, et ferma la cour, au nord, par un mur animé par des arcades aveugles, en imitant le dessin de celles élevées au siècle précédent. Fier de son œuvre, il commanda à un graveur, Lapointe, une vue du château.

En 1669, en route pour Bordeaux, l'architecte Claude Perrault (frère de Charles qui collecta les fameux Contes et se souvint de l'amiral dans Le chat botté avec le marquis de Carabas) s’arrêta à Bonnivet : son journal de voyage contient la seule description précise du château et même un croquis de l’escalier.

Malgré les travaux de Mesgrigny, l’état de ruine de l’édifice à la veille de la Révolution dicta sa vente à un homme d’affaires qui le transforma en carrière de pierre. La démolition dura de longues années, les plus beaux reliefs furent achetés par des collectionneurs. La Société des Antiquaires de l’Ouest s’efforça de rassembler des vestiges du décor, aujourd’hui propriété des musées de Poitiers. Une trentaine d’écoinçons, réunis par Gaillard de la Dionnerie, furent acquis en 1903 par le musée de Cluny qui les déposa à Poitiers en 1975. Quelques autres fragments sont conservés dans des collections publiques et privées, tandis que beaucoup ont été réemployés dans des bâtiments construits à Vendeuvre et dans les communes avoisinantes au début du XIXe siècle.

Ce monument disparu avait pourtant rayonné si intensément que lui seul fut cité par Rabelais pour donner à imaginer les splendeurs de Thélème, « cent fois plus magnificque que n’est Bonnivet ». Ses dimensions exceptionnelles, la qualité de son décor sculpté, la nouveauté de certains partis tels que l’escalier en vis intérieur ouvert de deux côtés, en firent le véritable précurseur du château de Chambord et l’imposèrent comme modèle dans tout l’ouest de la France.
Par cette exposition, le plus remarquable monument érigé en France dans les années 1515-1525 retrouve sa place dans l’histoire de l’architecture.

Ruines du château de Bonnivet près de Vendeuvre (état en 1836) Partie centrale d'une frise sculptée d'un putto jouant du tambour, provenant du château de Bonnivet Plan restitué du château de Bonnivet Fragment d'écoinçon sculpté d'une tête de femme portant une couronne fleurdelysée, dans un médaillon, provenant du château de Bonnivet