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La céramique : techniques de fabrication
© Conseil des musées de Poitou-Charentes, www.alienor.org

 

La céramique est un art pratiqué depuis la préhistoire. Elle est née de la transformation sous l’action du feu d’un matériau universellement répandu qui est une terre, "argile".
La céramique est classée dans la catégorie des arts de la terre si on prend en compte le matériau qui la constitue ou dans celle des arts du feu si l’on prend en compte le procédé qui permet la transformation du matériau. La verrerie, la mosaïque, l’émaillerie, le vitrail, qui sont obtenus également par la transformation d’une terre sous l’action du feu, sont classés dans ces deux mêmes catégories.
L’appellation "céramique" a été introduite dans la langue moderne par l’archéologue Passeri en 1768. Elle vient du grec "keramos" argile.

 

Activité artisanale et artistique, elle est aussi aujourd’hui l’objet d’une activité industrielle (produits sanitaires, carreaux, articles de table et culinaires) et d’une recherche de pointe dans le domaine électronique, médical, textile, aéronautique, automobile ou militaire.
Ce dossier ne prend en compte que la céramique d’artisanat et d’art décoratif. Il exclut les sculptures (ronde bosse et reliefs des ateliers des della Robbia ou manceaux des XVIe et XVIIe siècles), les poteries de peintres réalisées au XXe siècle (Redon, Rouault, Maurice Denis, Renoir, Picasso…) et les sculptures des "arts premiers".

Les grandes familles

On classe la céramique d’art en 4 grandes familles qui se différencient par la mise en œuvre de l’argile, la cuisson et l’enduit vitreux qui les imperméabilise :
- Les poteries ;
- Les faïences ;
- Les grès ;
- Les porcelaines.

 

Ces techniques ont connu une évolution technologique, typologique, des différenciations régionales et des successions de progrès et d’emprunts aux autres manufactures. Elles sont encore toutes pratiquées.
Si leurs étapes de fabrication sont identiques (préparation de la terre, façonnage, décoration, cuisson), chaque artisan, chaque manufacture a néanmoins ses recettes et ses procédés gardés secrets. Leurs différences font la renommée de leurs productions.

 

Le façonnage

On trouve de l’argile à peu près partout. À l’état pur, elle est composée de silice, d’alumine et d’eau. Elle est alors blanche. Mais dans la nature, elle contient d’autres matières, de l’oxyde de fer, de la magnésie, du titane, de la rutile… qui lui donnent des colorations diverses, grise, rouge, ocre.
L’argile est ramassée, malaxée, puis séchée. Ensuite elle est épurée manuellement ou par triage. Pour remédier à sa trop grande plasticité, l’artisan intègre à sa terre un dégraissant (quartz, silice, chamotte…) et pour abaisser le point de température de fusion, il incorpore un fondant (cendres de végétaux, feldspath, carbonate de chaux).

Suivant le niveau technologique de l’artisan, la pâte peut-être plus ou moins fine et homogène. Plus la pâte est fine, plus sa préparation, sa réalisation et sa cuisson sont délicates.

 

Le façonnage de la pâte pour obtenir la forme désirée est réalisé de différentes façons qui peuvent être combinées.
Le modelage à la main à partir de colombins, petits boudins de terre enroulés sur eux-mêmes est la technique la plus ancienne.
Le tournage au tour découvert très tôt permet de concevoir des formes très différentes.
Le moulage permet la répétition des formes à l’identique.

La terre est généralement estampée. La porcelaine peut être coulée. Les moules sont prévus légèrement plus grands que la forme souhaitée à cause de la rétractation de la terre pendant la cuisson.

 

Les décors

Le décor peut être réalisé au moment du façonnage sous la glaçure ou l’émail qui protège la céramique ou après la pose de la glaçure et de l’émail. Ce décor peut être coloré, peint, lithographié, décalqué, incisé, gravé, estampé, moulé, taillé, ajouré, découpé, appliqué… Chaque technique, poterie, faïence, grès ou porcelaine, a ses pratiques qui les différencient.
Les couleurs sont restreintes jusqu'au XVIIIe siècle car les oxydes métalliques connus pour les donner sont peu nombreux : le cobalt pour le bleu, le cuivre pour le vert et le rouge, le manganèse pour le brun violacé, le fer pour les brun, jaune et rouge. Au XIXe siècle, les couleurs obtenues avec du chrome permettent d’avoir plusieurs nuances de rouge ou de bleu.
La découverte en Angleterre au XVIIIe siècle du procédé de l’impression facilita beaucoup la pose du décor. D’abord monochrome, l’impression put être réalisée en polychromie grâce au procédé de la chromolithographie. Aujourd’hui le décor peut être obtenu avec l’aide des techniques informatiques.

 

Les faïences "de grand feu" sont décorées sur l’émail cru. Après avoir subi une cuisson de dégourdi, elles sont couvertes d’un émail stannifère opaque, dit émail cru car non cuit avant de recevoir leur décor coloré. L’opération est très délicate car la terre est encore poreuse et boit les oxydes colorants.
Les faïences de petit feu et la porcelaine reçoivent un décor sur émail siliceux cuit. Le décor peint est beaucoup plus facile à poser car la terre n’est plus poreuse. Les couleurs sont plus riches et nuancées que dans la faïence de grand feu car la pièce peut-être portée plusieurs fois à des températures différentes. Les faïences de petit feu apparues à la fin du XVIIe siècle connaîtront un grand développement en France au XVIIIe siècle.

 

La cuisson

La cuisson est le moment où la pâte devient une autre matière et se transforme en poterie, faïence, grès ou porcelaine. Elle s’effectue dans des fours dont on a retrouvé la trace dès l’époque néolithique en Orient et dès l’âge du bronze en Gaule.
Les poteries ordinaires, les grès subissent une seule cuisson à 900/1100°C pour les premières et à 1250/1320° pour les seconds.
Les faïences dites de grand feu, les poteries vernissées, la porcelaine subissent deux cuissons : la première, appelée demi-cuisson ou dégourdi, fait perdre à la pâte son eau ; la deuxième grande cuisson a lieu après la pose du décor et de la glaçure ou de l’émail.
La porcelaine décorée et la faïence au petit feu subissent trois cuissons, le dégourdi, la grande cuisson qui cuit l’émail et la cuisson du décor posé après la cuisson de l’émail ou de la glaçure.