Dinosaures

Des carrières au musée

Une découverte inattendue

De Châteauneuf-sur-Charente à Jarnac, la vallée de la Charente repose sur une épaisse couche d'alluvions accumulées dans cette dépression, au Quaternaire, il y a plus de 100 000 ans. Ces sables et graviers sont des matériaux qui font l'objet d'une exploitation industrielle depuis un siècle et demi. Ils renferment des outils préhistoriques et des ossements d'animaux qui témoignent de la vie qui se déroulait au bord du fleuve.

Depuis une dizaine d'années, il s'est développé une étroite collaboration entre les carrières Audoin et Fils et le musée d'Angoulême qui est informé dès qu'apparaissent des vestiges lors de l'exploitation.
Cela a permis d'exhumer en 2004 un crâne d'éléphant fossile du Pléistocène supérieur, daté d'environ 120 000 ans. Ce sont ces mêmes dépôts qui révélèrent, en 2008, au grand étonnement des préhistoriens, la présence d'os de dinosaures remaniés dans ces sables, ossements qui, bien sûr, ne pouvaient être contemporains des éléphants que renferment habituellement ces graviers.
Simultanément, une enquête conduite sur les collections d'ossements récoltés dans ces carrières depuis le XIXe siècle mit en évidence que de gros ossements étiquetés comme « éléphants », appartenaient en réalité à des dinosaures. De toute évidence, existait dans ce secteur un gisement paléontologique à dinosaures mais la localisation de la source géologique de ce matériel nous était inconnue.

Les fossiles : un patrimoine mal protégé

Malgré l'importance scientifique et patrimoniale que représentent les fossiles de dinosaures, les carriers auraient pu les détruire en toute légalité.
Rappelons que l'État ne prend pas en compte le patrimoine paléontologique contrairement au patrimoine archéologique, aussi, le projet d'Angeac-Charente repose-t-il uniquement sur les autorisations des propriétaires des terrains qui ont toute liberté de refuser que le site soit étudié. De même les fossiles appartiennent aux propriétaires des terrains qui ont le loisir de les vendre plutôt que d'en faire don, le commerce des fossiles n'étant pas réglementé.

Une autre conséquence de ce manque de protection juridique, autre que celle de la propriété privée, est l'absence de financement de la part de l'État, aucun ministère (Culture, Recherche, Environnement..) n'étant concerné par ce type de patrimoine.

Les financements proviennent donc essentiellement des musées, des collectivités locales (Conseil Départemental de la Charente, communauté de communes de Châteauneuf-sur-Charente), de la Région Poitou-Charentes et d'entreprises privées (Carrières Audoin et Fils, UNICEM -  Union Nationale des Industries de Carrières et Exploitations de matériaux - de Poitou-Charentes) et de dons divers d'entreprises ou de particuliers.
Les dons de fossiles (plus de 4 000 pièces) au musée d'Angoulême classé Musées de France ont pour conséquence de leur donner un statut juridique leur assurant une protection maximale.

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C'est au mois de janvier 2010 que les travaux révélèrent l'existence de niveaux argileux fossilifères du Crétacé lorsque les engins, en creusant le sable, exhumèrent du fond de l'exploitation une série de gros ossements de dinosaures sauropodes.
Au cours de cette même année, les fouilles exhumèrent le plus grand os de dinosaure jamais trouvé en Europe et marquaient ainsi le début d'une remarquable série de découvertes paléontologiques.
S'étendant sur une surface de plusieurs hectares et riche en ossements bien conservés, ce niveau argileux noir s'est avéré être un des plus grands sites à dinosaures d'Europe datant de 130/135 millions d'années (MA).

Au sein de l'association Paléocharente domiciliée au musée d'Angoulême, les scientifiques ont conçu un projet scientifique auquel des compétences très diverses sont associées: celles des musées, des gestionnaires du Patrimoine, de l'Éducation, des producteurs d'images, des collectivités locales, du tourisme et même de l'action sociale. Plusieurs dizaines de personnes participent, de près ou de loin à ce projet qui doit durer encore au moins une dizaine d'années.
Le projet des dinosaures d'Angeac-Charente comprend trois volets : la recherche scientifique, la conservation des collections, la valorisation du site auprès du public.