Dinosaures

Des carrières au musée

Les habitants des marécages

Durant la plus grande partie du Crétacé inférieur, la mer ne couvre plus le nord du Bassin aquitain et il faut imaginer à Angeac-Charente l'existence d'un environnement continental humide, une région de marécages et de rivières, peut-être proche d'un delta plus au sud, où se déposaient arbres morts et cadavres d'animaux terrestres ou aquatiques.

De nombreux restes de plantes, dont les vestiges vont des cônes de Gymnospermes (conifères) de quelques millimètres aux troncs de plus de 10 m de long, s'accumulent en couches de lignites. Le site se situe dans une phase cruciale de l'évolution des plantes puisque c'est la période où vont apparaître les premiers Angiospermes (plantes à fleurs).
Il faut se représenter un paysage proche de celui des bayous sub-tropicaux de Louisiane, étendues d'eaux peu profondes, bras de rivières et zones marécageuses bordées de grand cyprès chauves, de fougères arborescentes et de prêles.

La dinomania

Les dinosaures nous posent deux grandes énigmes. L'une est celle de leur disparition, il y a quelques dizaines de millions d'années, l'autre est celle de leur réapparition, il y a quelques dizaines d'années, dans les profondeurs de l'imaginaire humain. (J.M. Levy-Leblond)

Apparu peu de temps après la découverte de leur existence, l'engouement pour les dinosaures tourna rapidement à un phénomène de mode. La « dinomania » naissait avec les premières reconstitutions grandeur nature proposées au Crystal Palace de Londres en 1854 et inaugurées par la reine Victoria. Elle a jalonné ensuite les XIXe et XXe siècles pour s'amplifier jusqu'à la production du film Jurassic Park avec les moyens techniques des images de synthèse et l'efficacité du marketing américain.
En ce début de XXIe siècle, il est étonnant de constater à quel point notre univers quotidien est envahi par les dinosaures et leur image.
Malgré l'habileté du marketing, les dinosaures n'auraient jamais rencontré un tel succès s'ils ne produisaient qu'un simple divertissement frissonnant. Grands, féroces et éteints, voilà ce qui, d'après S.J. Gould, ferait le succès des dinosaures, autant dire qu'ils sont inscrits dans notre inconscient, à la manière des contes de notre enfance, entre le merveilleux et l'épouvantable.

Les dinosaures au musée d'Angoulême vus par Mazan. Les dinosaures au musée d'Angoulême vus par Mazan.

Les découvertes d'Angeac-Charente sont là pour nous rappeler que cet intérêt est toujours aussi vif. Il n'est qu'à lire la presse pour constater à quel point l'attention est générale face à un tel patrimoine.
Presse écrite, internet, radios et télévisions, - journaux d'information ou reportages thématiques grand public (C'est pas sorcier, E=m6, Des racines et des ailes...) ont diffusé l'information et des centaines d'articles ont été comptabilisées dans les médias régionaux et nationaux.
Il est heureux que les musées s'inscrivent dans cette dynamique et montrent que leur rôle patrimonial ne se limite pas à remplir des vitrines statiques. Ils donnent à voir une image positive et vivante des actions conduites dans la région ainsi que leur intégration dans la dynamique de la vie scientifique, patrimoniale, sociale et culturelle.

Le chantier école des enfants et le tournage d'un reportage (juillet 2014). Le chantier école des enfants et le tournage d'un reportage (juillet 2014).
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La faune de vertébrés d'Angeac-Charente rassemble des espèces aquatiques d'eau douce (poissons), semi-aquatiques (batraciens, crocodiles, tortues) ou terrestres (dinosaures, reptiles, mammifères) au sein d'un même sédiment. Elle se compose pour l'instant d'au moins quatre espèces de poissons, de requins, de quatre tortues, de quatre crocodiles, d'un Plésiosaure (un reptile marin), de reptiles squamates et rhynchocéphales, de Ptérosaures (reptiles volants), et de plusieurs espèces de dinosaures soit au total les restes parcellaires de plusieurs centaines d'individus.

La découverte de dents de mammifères (multituberculés) en 2015 représente un apport exceptionnel à la paléontologie des mammifères du Mésozoïque, pratiquement inconnus à cette époque en Europe. Les espèces de dinosaures d'Angeac-Charente sont pour l'instant au nombre de 8, certaines ne sont représentées que par du matériel encore assez fragmentaires. C'est le cas d'un Stégosaure, de l'Iguanodon, des deux dinosaures carnivores (un tyrannosauroïde et un Carcharodontosaure) et du petit Hypsilophodon qu'on ne connaît que par des dents.

Le sauropode

En revanche, on en sait beaucoup plus sur le grand sauropode représenté par plusieurs individus et des centaines d'ossements : dents, vertèbres, côtes, ceintures (omoplate et bassin), os des membres.
Rendus célèbres par les Diplodocus et les Brachiosaures, les sauropodes sont de grands dinosaures végétariens développant un long cou contrebalancé par une grande queue et pourvus d'un corps soutenu par des membres massifs en colonne. Les dents ont une couronne de forme lancéolée qui laisse penser que notre sauropode était un mangeur de feuilles.

Proche du Turiasaurus récemment découvert en Espagne, le sauropode d'Angeac-Charente, bien documenté, pourra être précisément caractérisé (l'étude approfondie commence à peine).

Des os complets comme le fémur de 2,20 m de long, l'humérus de 1,80 m ou le péroné de 1,30 m montrent qu'il s'agit d'une des plus grandes espèces de dinosaures connues au monde (40 m de long).
Les dinosaures les plus grands étaient connus en Afrique ou en Amérique et ces découvertes montrent que l'Europe avait elle aussi ses géants au Crétacé inférieur.

L'Ornithomimosaure

La plus belle découverte d'Angeac-Charente reste cependant celle du « troupeau » d'Ornithomimosaures qui se compose d'au moins 40 individus. Encore appelés « dinosaure-autruches », en raison de leur morphologie générale évoquant l'allure de ces oiseaux, les Ornithomimosaures atteignaient plus de 3m avec des pattes postérieures hautes d'1,60 m. Une tête avec de grand yeux et pourvue d'un bec sans dents accentue cette ressemblance. Par contre le corps se prolongeait par une grande queue droite et les membres antérieurs aux extrémités atrophiées posent la question de savoir si cette espèce avait encore des mains griffues.
Les dinosaures-autruches représentent environ 50% des restes découverts à Angeac-Charente. Ce groupe s'est développé à la fin du Crétacé (70 MA) en Amérique du Nord et en Mongolie alors qu'il avait disparu en Europe à cette époque.
Les Ornithomimosaures semblent en réalité être un composant important des faunes de dinosaures du Crétacé inférieur européen. Les découvertes faites à Angeac-Charente permettent en effet de rattacher au groupe des Ornithomimosaures des os isolés décrits dès le XIXe siècle un peu partout en Angleterre.
Bien qu'ils soient plus anciens de 60 MA que les espèces américaines et asiatiques, les dinosaure-autruches d'Angeac-Charente ont des caractères très évolués (perte des dents, réduction des bras) et vont donner lieu à la création d'une nouvelle espèce.