Dinosaures

Des carrières au musée

Une région propice

Les niveaux argileux du Crétacé inférieur (de 145 à 100 MA) livrant des restes de dinosaures s'inscrivent le long d'un axe parallèle au fleuve Charente, d'Angoulême à Cognac, sur une bande étroite bordée par le Jurassique au nord et le Crétacé supérieur au sud.
Henri Coquand, géologue dressant la carte géologique de la Charente en 1858, fut le premier à s'intéresser à ces formations et avait déjà signalé, sans grand retentissement, des vertèbres d'un « grand reptile ». Ces formations, essentiellement argileuses, sont restées longtemps inconnues car masquées et inaccessibles. Les carrières de la région allaient permettre de les explorer en ce début du XXIe siècle.

En 2001, en collaboration avec des amateurs, le Musée d'Angoulême et l'Université de Poitiers avaient conduit un sondage dans les carrières de gypse du groupe Garandeau, à Cherves de Cognac, qui mit en évidence l'existence de riches niveaux fossilifères du début du Crétacé. Jean-Michel Mazin et Joane Pouech (CNRS, Université de Lyon et Paris VI) effectuèrent ensuite durant 8 ans des fouilles dans ces niveaux déposés dans une lagune côtière d'eau sursalée.
Les découvertes faites à Angeac-Charente en 2010 s'inscrivaient donc dans une certaine continuité des travaux précédents et confirmaient la richesse de cette région en sites à dinosaures.

Mimo, emblème du projet

Depuis 2010, le dessinateur Mazan participe activement au projet d'Angeac-Charente. Il travaille en étroite collaboration avec l'équipe scientifique, produit de nombreuses illustrations et tient un blog sur le travail de l'équipe au quotidien.
Tout ce travail - des centaines d'illustrations - est réalisé bénévolement, dans le cadre associatif de l'équipe. Les illustrations et leur mise en page sont utilisées pour les panneaux pédagogiques de visite du site, les expositions et les conférences.
La création d'un petit personnage, Mimo, le dinosaure d'Angeac-Charente, dont les aventures, en bande dessinée, mêlent fiction et réalité scientifique, a contribué fortement à populariser le projet d'Angeac tout en assurant également un lien entre le patrimoine paléontologique et les activités autour de la bande dessinée qui caractérisent la ville d'Angoulême.

Le projet d'Angeac-Charente bénéficie de l'engouement que suscite ce personnage qui est un puissant vecteur de communication, notamment auprès du jeune public. Une exposition sur ces ouvrages a été conçue par l'éditeur qui la fait circuler dans les bibliothèques de la région.

Couvertures des ouvrages illustrés sur Mimo, le dinosaure d'Angeac-Charente. Couvertures des ouvrages illustrés sur Mimo, le dinosaure d'Angeac-Charente.
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Une très longue histoire géologique

Inscrite dans son sous-sol, l'histoire de la Charente se caractérise par deux grandes périodes marines: la première a lieu durant le Jurassique, la seconde se déroule pendant le Crétacé supérieur.
Une grande régression marine est amorcée il y a 150 MA, à la fin du Jurassique et la mer se retire en direction du Bassin aquitain. Jusqu'au début du Crétacé inférieur (Berriasien, 143 MA), la région de Cognac est affectée par un phénomène de subsidence (effondrement du sous-sol profond) qui crée des bassins littoraux sursalés dans lesquels se déposent du gypse, des marnes et des argiles. Ils sont alimentés à la fois par la mer et par les eaux des fleuves qui se déversent en transportant des vestiges de faune continentale.
Ainsi, parmi les restes abondants de poissons, requins, crocodiliens et de tortues trouve-t-on dans ces dépôts des dents de reptiles volants, de dinosaures, de reptiles, de batraciens et de mammifères qui ne vivaient pas dans l'eau de la lagune.

Ces bassins vont évoluer avec le temps vers des lacs d'eau douce.
Au Crétacé inférieur un continent au climat sub-tropical s'installe dans cette région durant 40 millions d'années. Les couches d'Angeac-Charente datent de cette période et s'inscrivent dans une continuité stratigraphique et paléoenvironnementale.
La mer revient au Crétacé supérieur (Cénomanien), il y a 100 millions d'années, recouvrant les couches à dinosaures puis elle se retire définitivement de la région à la fin du Mésozoïque il y a 65 millions d'années.
Au cours du Cénozoïque, la région est soumise à une érosion constante et c'est durant cette période que s'est établi le réseau hydrographique des vallées. Celui de la Charente a d'abord creusé son lit en érodant des sédiments tendres et fragiles, les couches argileuses à dinosaures, avant de les recouvrir de sable au Quaternaire. Beaucoup d'ossements ont alors été érodés, emportés, redéposés dans les sables ou détruits par le courant.

Des fossiles issus des profondeurs

On pourrait s'étonner qu'il ne faille pas creuser très profondément dans le sol pour découvrir des fossiles vieux de plus de 100 millions d'années. L'explication en est très simple.
À l'origine, les sédiments se déposaient horizontalement, recouvrant les dépôts précédents d'année en année. Dans cette région, l'épaisseur des sédiments accumulés durant le Mésozoïque atteint plusieurs kilomètres et nos ossements de dinosaures furent enfouis à grande profondeur.
Il y a 70 millions d'années, les plaques continentales se sont mises en mouvement, créant l'océan Atlantique et la chaîne des Pyrénées. Les couches géologiques du nord du Bassin aquitain, basculèrent en bloc en direction du sud-ouest puis furent soumises à une intense érosion durant des millions d'années. Disposées comme une pile d'assiettes renversée, ces couches apparaissent en surface sur leur tranche, les plus anciennes au nord, les plus récentes vers le sud. C'est ainsi que les couches à dinosaures se retrouvèrent à l'affleurement.

Un archipel tropical

Durant le Crétacé inférieur, il y a 130 millions d'années, la géographie des continents et des océans était très différente de la configuration actuelle. À l'ouest, l'Atlantique nord ne s'était pas encore ouvert alors qu'à l'est s'étendait le vaste océan téthysien.
L'Europe n'était à l'époque qu'un archipel complexe proche de la plaque nord-américaine d'où émergeaient entre autres, les Massifs armoricain et central et plus au sud une île, future péninsule ibérique. Régnait à cette latitude un climat tropical où pouvaient se développer des zones humides marécageuses propices à la vie animale et végétale.