Dinosaures

Des carrières au musée

Un site majeur

Les faunes de dinosaures du Crétacé inférieur d'Europe sont célèbres grâce aux nombreuses découvertes de squelettes d'Iguanodons réalisées depuis le début du XIXe siècle. La plupart de ces découvertes provient d'Angleterre, mais aussi d'Espagne et de Belgique, et aux Iguanodons se sont ajoutés des restes de grands dinosaures herbivores (sauropodes) et de dinosaure carnivores (théropodes).
En comparaison et jusqu'à la découverte en février 2010 du site d'Angeac-Charente, les dinosaures du Crétacé inférieur français étaient nettement plus fragmentaires et provenaient essentiellement de l'est du Bassin parisien. Les sites charentais contemporains, tel Cherves de Cognac, étaient jusque là connus pour leur microfaune (mammifères, dinosaures, crocodiles, tortues représentés par des dents et/ou des plaques dermiques) mais dépourvus de matériel osseux de moyenne et grande taille.

Le gisement d'Angeac-Charente a déjà fait l'objet de six campagnes de fouilles, durant les étés 2010 à 2015, qui ont confirmé son caractère exceptionnel. Il s'agit à ce jour du seul bone bed à dinosaures connu en Europe et il date d'environ 130/135 millions d'années. En seulement six mois de fouilles plus de 5500 ossements, sans compter les restes végétaux abondants, ont déjà été récoltés sur une surface d'à peine 120 m2. Plus de dix tonnes de sédiments ont été tamisées. Par ailleurs, du fait de leur conservation dans des argiles relativement meubles, la majeure partie de ces os ont déjà été préparés et sont remarquablement préservés : à la quantité il faut donc ajouter la qualité. Soulignons la diversité des espèces en présence et l'amplitude de taille des vestiges qui varie de 0,7 mm (dent de mammifère) à plus de 10 m (tronc d'arbre).

C'est donc un véritable écosystème qui est conservé à Angeac-Charente et rares sont les gisements ayant livré un tel assemblage de dinosaures.
L'étendue des niveaux à dinosaures exploitables est évaluée à un minimum de 5000 m2. En fait, l'existence des niveaux fossilifères semble se prolonger sur plusieurs kilomètres le long de la vallée mais une grande épaisseur d'alluvions et la présence d'une nappe phréatique en interdisent l'accès sans de gros moyens techniques.

Cette extension des fouilles d'Angeac-Charente dans les années à venir devra répondre à de nombreuses questions scientifiques. La première concerne la mise en place du gisement qui demeure encore mal comprise. Les os semblent s'être déposés dans un milieu plutôt marécageux, assez éloigné de la mer et bordé par une forêt riche en conifères.

Une thèse sur la taphonomie du site (étude de l'enfouissement et la dégradation des restes) va permettre de comprendre comment s'est faite une telle accumulation de fossiles.

Le site d'Angeac-Charente est en passe de devenir un site d'importance mondiale tant du point de vue scientifique que patrimonial.

Moulages : conserver des traces

L'intérêt, pour un musée, de participer activement à un projet de recherche dès la phase d'extraction des fossiles, est de pouvoir prendre en compte les mesures de conservation et la nécessité de recueillir le maximum de documents pouvant participer à une future muséographie.

Depuis 2011, sont entrepris systématiquement les moulages des structures éphémères apparaissant après décapage des niveaux sur le chantier. Ce sont des troncs d'arbres ou des ossements qui se trouvent dans la position où ils ont été enfouis avant d'être fossilisés. Ces troncs d'arbres posent en particulier de grandes difficultés de conservation et ont été laissés en place sur le site et sous l'eau pour qu'ils ne se dégradent pas.

L'opération de moulage permet d'avoir une copie de ces vestiges fugaces mais elle est aussi entreprise dans la perspective d'une présentation future du site et de ses fossiles. La fouille, même effectuée avec soin et méthode, aboutit immanquablement à la destruction des niveaux qu'elle étudie. Le décapage des anciennes surfaces de dépôt offre la vision spatiale des vestiges tels qu'ils ont été abandonnés. Après prélèvement des vestiges, cette vision fugitive et émouvante disparaît et n'en restent que des relevés, des photos et maintenant des moulages. Plus de 20 m2 de copies ont été réalisés et dans le cadre d'une prochaine exposition ils enrichiront la documentation qui sera offerte au public. Ils contribuent ainsi à la valorisation du site et seront de précieux documents à prendre en compte dans un futur projet.

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