La conception et la fabrication

Les silhouettes ont d’abord fait l’objet de dessins préparatoires exécutés dans des styles très différents. En effet sur les silhouettes de l’étude deux illustrateurs sont intervenus. Pour les pièces de L’Épopée il s’agit de Caran D’Ache et d’Albert Robida pour la silhouette issue de La Nuit des Temps. Si le trait de Caran d’Ache est épuré au point de toucher à la ligne claire, celui de Robida est très vif, non épuré et multiplie les détails. Ces dessins étaient agrandis puis collés sur une feuille de zinc, matériau choisi pour sa rigidité et son faible coût. L’ensemble était découpée dans les ateliers de monsieur Barat à Paris. Toutefois si les papiers de préparation sont encore en place sur les silhouettes du Guerrier et des Trois Cavaliers, la silhouette des Quatre Cavaliers en est dépourvue ce qui laisse supposer une conception différente de cette pièce qui pourrait avoir été créée d’après une silhouette cassée lors d’une des tournées du Chat Noir.

Impression d'après un dessin de Caran d'Ache Impression d'après un dessin de Caran d'Ache.
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Les trois silhouettes ont été chantournées et ajourées à l’aide d’une machine à découper, appelée aussi scie sauteuse : l’outil est constitué d’un meuble sur lequel sont fixés la lame de scie et le mécanisme de mise en mouvement. La plaque de métal est posée sur une plate-forme en bois dur, parallèlement au plan du sol, et la scie est actionnée verticalement à l’aide d’une pédale entraînant des poulies et des volants.

photographie de la tour de naintré Traces laissées par le passage de la lame sur la silhouette du guerrier.
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Les plaques sont effectuées d’un seul tenant, à l’exception de celle des Trois cavaliers dont les étendards sont assemblés séparément par soudure. Pour passer la lame de scie dans des zones ajourées situées au centre des différentes plaques de zinc, le métal est préalablement percé à l’aide d’un burin ou d’un outil coupant. La lame est ensuite dévissée, passée dans le trou et remontée sur le bras de la machine. Il suffit alors d’appuyer sur la pédale pour actionner les volants et entraîner le mouvement de la lame. Les trois silhouettes sont pourvues d’armatures soudées sur le revers de la plaque de zinc. Ce sont des renforts structuraux qui permettent de rigidifier la plaque et de diminuer les risques de déformation lors des manipulations. Elles sont fabriquées dans des tiges d’alliage ferreux galvanisées mises en forme par torsion et sont fixées au support avec une brasure tendre*.

Silhouette des quatre cavaliers avant restauration, détail de l'armature. Détail des armatures soudées sur l'avers des quatre cavaliers avant la restauration de la pièce.
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Certaines silhouettes de L’Épopée ont été peintes en noir sur l’avers. Cette étape supplémentaire après la fabrication aurait permis de renforcer l’effet visuel de la silhouette lors des projections en évitant que la matière ne reflète la lumière projetée selon certains auteurs.

*Le brasage est une technique d’assemblage à chaud de deux métaux, identiques ou différents, à l’aide d’un métal d’apport dont le point de fusion est nettement inférieur à ceux des métaux de base. Le métal d’apport est amené à l’état liquide tandis que les métaux de base chauffés restent à l’état solide. Ce mode d’assemblage est dit « hétérogène » car le joint a une nature différente du reste de la pièce (alliage étain-plomb).