Accés au sommaire | Page précédente

www.alienor.org

© musées de Chauvigny © Alienor.org, Conseil des Musées

Chauvigny, autrefois

 

Chapitre 1. Un peu d'histoire

Au sud de Chauvigny, la grotte de Jioux ayant servi d'abri pendant le Mésolithique (12 000 environ à 6 000 ans avant notre ère) est un témoignage de l'occupation très ancienne des environs de Chauvigny.

Pendant le Néolithique (de 5 000 à 2 000 ans avant notre ère), des hommes ont vécu à l'emplacement de l'actuel Donjon de Gouzon sur le plateau. Les restes d'un fossé, des trous de poteaux appartenant à de grands bâtiments ont été découverts par les archéologues. Des outils (grattoirs, burins, ...) et des restes de poteries y ont été aussi trouvés.
Les périodes protohistoriques (1 000 à 50 avant notre ère) ont livré assez peu de vestiges sur la commune de Chauvigny. Cependant, la réalisation de la déviation contournant la ville par le sud a donné l'occasion aux archéologues de fouiller deux sites. Situés sur le plateau dominant la Vienne sur le versant ouest Le Peuron et Les Essarts de Peuron ont livré les vestiges (trous de poteaux et de piquets, longs fossés) d'une occupation rurale datant de la Tène (de 500 à 20 avant notre ère).

À l'époque romaine, une agglomération se développe à Saint-Pierre-les-Églises, près du gué qui passe la Vienne. Elle est traversée par la voie romaine qui allait de Poitiers à Bourges en direction de Lyon, capitale des Gaules.
Plusieurs habitations ont été fouillées dans lesquelles se trouvaient de la vaisselle en terre cuite, des outils en fer et en bronze, des bijoux, et d'autres objets destinés à la vie quotidienne (clefs, décors, ...). Ces maisons abandonnées vers le 4e siècle ont été, pour certaines, réoccupées par un cimetière médiéval (12e-13e siècle).

Pendant le Moyen Âge, les hommes se sont implantés essentiellement sur l'éperon rocheux et le plateau qui dominent la vallée de la Vienne au nord. Une cité se développe à partir du 11e siècle, elle accueille cinq châteaux forts : château Baronnial ou des Evêques, château d'Harcourt, donjon de Gouzon , château de Montléon et tour de Flin, ainsi que la collégiale Saint-Pierre construite au cours du 12e siècle. La cité est entourée de remparts dont les accès sont protégés par des portes fortifiées.

Dans la vallée sur la rive droite, au pied de la cité forte, un bourg s'organise autour de l'église Notre-Dame fondée au moins au début du 11e siècle. En même temps la vallée marécageuse est en partie assainie par l'aménagement du ruisseau le Talbat.

Peu après l'an 1000, les évêques de Poitiers succédant à une famille portant le nom de Chauvigny, deviennent seigneurs de Chauvigny, puis barons à partir du 14e siècle. Le premier évêque de Poitiers, seigneur de Chauvigny est Isembert Ier (mort en 1047) sans doute membre de la famille de Chauvigny dont il avait hérité la seigneurerie, après lui se sont succédé plusieursd'évêques jusqu'en 1789.

André 1er est l'un des descendants des Chauvigny mentionnés dans les textes du 11e et 12e siècle.
Seigneur de Déols et de Châteauroux par son mariage avec la cousine et filleule du roi Richard d'Angleterre, Denyse de Châteauroux, il s'est illustré au cours de la troisième Croisade (en 1190). Son courage lui a valu le surnom de "Preux des Preux". Un récit légendaire témoigne de ses exploits : un jour que les infidèles cherchaient à forcer un passage entre deux montagnes, André se précipita sur eux des hauteurs "et rasa tout se qui se trouvait sur son chemin et mit en fuite l'ennemi jusqu'à ce que le passage fut délivré". Au cours de ce combat retentit pour la première fois le cri de guerre : "Chauvigny, chevaliers pleuvent" qui est resté la devise des descendants d'André 1er.

 

Chapitre 2. Architecture et urbanisme

 

L'organisation urbaine, entre une ville basse et une ville haute, a peu varié du Moyen Âge jusqu'au 19e siècle.

À l'époque médiévale, la ville haute est la cité militaire, administrative et religieuse, siège de l'archiprêtré (juridiction du prêtre de la circonscription nommée par l'évêque) et du tribunal. Elle peut servir de refuge à toute la population si la ville basse était menacée.
La ville basse, également entourée de murs, concentre les activités industrielles : cinq moulins à farine, à tan et à foulon y sont implantés.
La présence du pont et de la route Poitiers-Bourges a permis de développer le commerce. La Grand'Rue correspondant aux actuelles rues Faideau, du Berry et des Barrières est l'axe majeur de la ville, elle est complétée par la rue Saint-Just (actuelle rue de la Paix) allant vers le Bourg. Six portes fortifiées s'ouvrent vers l'extérieur.

En 1773, les premiers embellissements sont entrepris dans la ville : la place du Marché est créée.
Entre 1832 et 1835 est achevée la route Poitiers-Chauvigny-Saint-Savin (actuelle RN 151) commencée au milieu du 18e siècle.
En 1833, le pont suspendu "en fil de fer" permet, moyennant un droit de passage, de franchir la Vienne. Les rues de Saint-Savin et de Bellevue sont percées au même moment.

En 1836, la nécessité d'un champ de foire à Chauvigny est admise, le terrain est acquis en deux tranches en 1860 et 1874, il sera prolongé jusqu'à la Vienne en 1883 pour édifier le groupe scolaire Jean Arnault. Le quai du Maquis est construit en 1912.

L'hôtel de Ville est édifié en 1824 à l'emplacement de l'ancienne église Saint-Léger ; agrandi et remanié en 1900, il prend alors son aspect monumental.

Chauvigny possède dès le Moyen Âge des établissements de santé : l'aumônerie de la Madeleine et la maladrerie de Saint-Lazare. À la fin du 17e siècle, sur ordre de Louis XIV, un hôpital est créé au n° 2 de l'actuelle rue de la Paix.

Destinés non pas à soigner les malades mais au confort et à l'hygiène des chauvinois, des bains-douches ont été construits en 1931, ce bâtiment, en pierre de Chauvigny, est devenu aujourd'hui un espace d'art contemporain.

En 1840, les routes de Châtellerault et de Bellac sont ouvertes, à Chauvigny sont créées l'avenue du Moulin des Dames et la route de Montmorillon.
En 1845, la route de la Puye est construite. En 1886, le boulevard des Châteaux est terminé, reliant la ville basse à la ville haute. Petit à petit, d'autres rues forment le quartier du Bourg.

La voie ferrée Poitiers-Le Blanc est achevée en 1883 : la gare et l'avenue qui y mêne sont alors créées à Chauvigny. Un centre d'activités se développe sur la rive gauche de la Vienne où se trouvent ateliers et carrières de pierre et, plus tard, un silo à blé.
Le long de l'avenue Aristide Briand un quartier se développe.

Avant 1914, le Département construit un réseau de chemins de fer économiques à voie étroite (à écartement d'un mètre) dont la ligne Châtellerault-Chauvigny par Bonneuil-Matours, Lavoux et Bonnes. Elle sera prolongée vers le sud, Saint-Martin-la-Rivière, Morthemer et Bouresse seulement en 1921. Elle empruntait la rue Jean-Jaurès et l'avenue de la Vienne. Cette ligne fonctionne jusqu'en 1934.

 

 

Chapitre 3. Agriculture et Industrie

De nombreuses villae (fermes) gallo-romaines ont été repérées grâce à la photographie aérienne sur la commune de Chauvigny et ses alentours. Ces exploitations agricoles consacrées à la culture des céréales, des légumineuses et à l'élevage, dont la superficie pouvait atteindre plusieurs centaines de mètres carrés, comprenaient une habitation, des bâtiments et des terres...
Lors de la construction de la déviation sud de Chauvigny, les vestiges d'une villa ont été étudiés sur la rive gauche de la Vienne, au lieu-dit le Pointet.

Au Moyen Âge, le travail de la terre est assuré par des paysans placés sous l'autorité d'un seigneur. Les seigneurs de Chauvigny possèdent des terres exploitées aux alentours de la cité fortifiée, des bois, des moulins (moulins des Barrières et de Saint-Léger à Chauvigny). Ils reçoivent aussi des droits de pasquier (droit versé par le paysan pour laisser paître les animaux) ou des prélèvements en nature sur les troupeaux ou les récoltes. La forêt de Mareuil constitue une part importante du domaine.

Du 17e au 19e siècle autour de Chauvigny, l'exploitation de la terre sous différentes formes et l'élevage continuent de jouer un rôle important dans l'économie locale. Le Journal "Affiches, annonces et avis de Poitiers" énonce en 1773 : "nous tirons du Berry et du Limousin des moutons qui prospèrent très bien dans nos campagnes couvertes de serpolet et de d'autres herbes ... les bœufs nous viennent des foires de Montmorillon, de Saint-Savin, de Lussac et de Plumartin...".
Certaines structures en pierres sèches, cabanes, épierrements et murs, encore nombreux aux abords de Chauvigny sont vraisemblablement les vestiges de la culture de la vigne, activité importante à la fin
du 18e siècle.

Chauvigny se distingue par une industrialisation marquée dès le 18e siècle. À cette époque la ville accueille une manufacture d'étoffe à base de laine et de chanvre.

À partir de la première moitié du 19e siècle, un certain nombre d'industries et de fabriques, aujourd'hui disparues, étaient implantées dans ou à proximité de la ville : fours à chaux, poterie, minoterie, tuileries dont celle d'Isidore Renard, fabriques de meubles, de brouettes , de pains de glaces, de parquets de chêne, de chapeaux ...

La distillerie du Jardin du Cèdre prépare des eaux de Cologne, des eaux de toilette, des lotions, des parfums, des digestifs, des apéritifs et surtout "l'Elixir chauvinois".
La chemiserie Martineau, implantée au carrefour de l'avenue du Moulin des Dames et de l'avenue Jean Jaurès, emploie une main d'œuvre essentiellement féminine. Vers 1920, devenue chemiserie Tabois, elle s'installe à la place de l'Hôtel de France et du Cheval Blanc.

À la fin 18e siècle ou début 19e siècle, c'est à l'Espinasse (au Maras, paroisse de Saint-Pierre-les-Églises) que s'installe la faïencerie-tuilerie tenues par les frères Bozier. La faïencerie dirigée par Jean Bozier, fabrique de la faïence blanche et de la poterie, fait aussi le commerce de verreries, de bouteilles, terre de pipe... Vers 1830-1840, elle s'installe à Chauvigny dans le quartier où passe le ruisseau Montauban. Quatre fours sont construits, la fabrique emploie alors une vingtaine d'employés pour la production de faïence stannifère (recouverte d'un émail blanc et opaque) et de poterie.
Au début du 20e siècle, sous la direction de la famille Deshoulières, les productions premières (faïence stannifère et poterie culinaire et horticole) sont abandonnées pour un grès très fin à mi-chemin entre la faïence et la porcelaine. La manufacture compte alors cinquante personnes.
Après un incendie en 1908, l'usine est reconstruite plus rationnellement, un second four est mis en service. Des ouvriers qualifiés sont recrutés dans des régions plus ou moins éloignées (Limousin, Suisse, Belgique ...). La porcelaine à feu de marque Perfecta est lancée avec succès.
En 1936, la société A. Pillivuyt et Fils, autre usine de porcelaine, fondée en 1799, cesse toute activité et cède ses modèles et moules à Fernand Deshoulières. Depuis la porcelaine chauvinoise est signée Apilco (A. Pillivuyt et Co). En 1970, une usine de tasses et de soucoupes s'ajoute à la première ; toutes les
opérations de fabrication et de commercialisation y sont accomplies, de la pâte à la décoration et même l'expédition.

La pierre de Chauvigny, un calcaire oolithique non gélif, a été utilisée pendant des siècles pour la construction locale ; à partir du 19e siècle, l'extraction de la pierre prend la forme d'une industrie, lorsque les voies de chemin de fer et le réseau routier permet une exportation de la production. À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle plusieurs sociétés se partagent les carrières ouvertes sur la commune dont la société Civet-Pommier, la société des Charentes et la société Fèvre ; actuellement la société Rocamat exploite seule le calcaire chauvinois.
Jusqu'en 1912, dans toutes les carrières de la région de Chauvigny, la pierre est extraite manuellement en la découpant dans le front de taille avec des pioches. Vers 1930, le calcaire le plus tendre est coupé au brise béton à air comprimé, tandis que pour le calcaire dur, jusque-là extrait par explosifs, sont employés des marteaux perforateurs à air comprimé. La pierre est d'abord transportée avec des charettes tirées par des chevaux, puis par le train depuis Fleuré dès 1867 et à partir de 1883 depuis Jardres, Saint-Julien l'Ars et Chauvigny. Les premiers camions sont apparus en 1919 .
Dans le chantier de taille de Rocamat, route d'Artiges, des machines recoupent les blocs aux dimensions demandées. Les tailleurs de pierre réalisent les éléments de pierres suivant les plans dressés par l'appareilleur. Ils commencent le travail à la main avec une ponceuse électrique. Impossibles à réaliser avec une machine, les finitions se font manuellement à la massette, au ciseau ou au rabot à pierre appelé "chemin de fer". Quand les pierres sont terminées, elles sont disposées sur des palettes, protégées et fixées pour être expédiées par camions vers les chantiers ou les poseurs les mettent en place.

 

 

Chapitre 4. Artisanat et Commerce

 

Au 18e siècle, l'activité commerciale de Chauvigny est déjà florissante, ainsi peut-on lire en 1773 dans "Affiches, annonces et avis divers de Poitiers" : "On compte à Chauvigny 425 feux, y compris les faubourgs ... Nous avons foires et marchés dans l'almanach de la Province. Les principales sont celles de Saint-Luc, de Saint-Barthélémy et de Saint-Pierre ...".

D'après un document statistique, les foires mensuelles attiraient en 1866 quatre à cinq mille personnes.

La ville accueille des corps de métiers divers depuis le Moyen Âge : fabricants d'étoffes et de toiles, sergetiers et tisserands, menuisiers, apothicaires, chirurgiens, chapeliers, maréchaux-ferrants...

Le développement de l'industrie de la pierre et de la terre cuite ainsi que les foires et marchés encouragent les commerçants et les artisans à s'installer à Chauvigny. Parmi eux, le bourrelier voit ses activités augmentées ; harnais, colliers, sièges, courroies lui sont demandés.

Au début du 20e siècle des commerces de luxe telles que la mercerie ou la bijouterie apparaissent ou se sédentarisent. Le bijoutier propose pour chaque étape de la vie (naissance, baptême, communion, anniversaire, décès) des accessoires variés : médailles, bouquets, coiffes de mariée... Au fil du temps, une même boutique change sa façade mais conserve sa destination.

Vers 1960, place du Marché, rue du Marché et rue de la Paix, l'activité commerciale est foisonnante. Dans la rue Faideau et dans la rue du Berry quelques épiceries rappellent l'importance ancienne de ces axes.

Les auberges et hôtelleries sont également nombreuses à proposer leurs services dans la ville. Les plus anciennes existent au moins depuis le 16e siècle, réparties le long des voies principales de l'époque, rue de l'Ancien Pont, rue Faideau, rue du Berry et rue de la Paix ; onze établissements sont ainsi dénombrés entre 1553 et 1780. Ces maisons portent de jolis noms : l'Image Saint-Jacques, les Trois Piliers, les Trois Rois, l'Écu de France, la Madeleine, le Dauphin ... Au cours du 19e puis du 20e siècle. d'autres établissements proposent gîte et couverts, comme l'Hôtel de France, du Cheval Blanc, ou du Lion d'Or, ... Les restaurants et cafés-restaurants sont nombreux, parmi eux le Chalet Fleuri, le café du Commerce, le café "À la terrasse" ...

Retour en haut de la page