Camille Claudel

Sept œuvres de Camille Claudel au Musée Sainte-Croix de Poitiers

Les débuts

En abordant la sculpture de Camille Claudel, il est difficile de ne pas chercher les multiples passerelles qui corrèlent sa vie et son œuvre. Bien qu'il soit dommage de réduire cette artiste aux épisodes les plus tragiques de son existence – ceux-là même qui ont par ailleurs partiellement favorisé sa redécouverte à l'aube des années 1980 – il n'en reste pas moins vrai que l'acte créateur, chez Camille Claudel, est étroitement subordonné à ses états d'âme, aux aléas de son parcours, à l'esprit fiévreux et passionné qui l'habite.

Camille Claudel

Malgré le peu d'informations jusqu'à maintenant collectées sur son enfance, et sur le rapport entretenu avec le modelage dans son extrême jeunesse, il ressort néanmoins des éléments biographiques connus qu'elle est attirée très tôt par la sculpture. Son talent, encouragé par son premier maître, Alfred Boucher, à Nogent-sur-Seine, la mène jusqu'à la capitale alors qu'elle n'a que 17 ans. Il paraît pourtant évident que dès cette période, la volonté d'être sculptrice est ancrée profondément en elle.

Bien que sa formation initiale ait été empreinte d'un certain classicisme, la jeune femme témoigne très tôt d'un goût pour le naturalisme, le rejet de l'accessoire ou de l'anecdotique – qui rattache sa démarche à celle de Rodin.
Même une œuvre de jeunesse comme La Jeune femme aux yeux clos est déjà pétrie de cette force et de cette intériorité qui participent de sa signature artistique. Avec cette figure féminine, Camille Claudel se détourne de toute tentation complaisante. Aucune afféterie dans la traduction de ce visage aux méplats accentués, à l'ossature fermement dessinée, au menton expressivement projeté en avant.

Le regard voilé par les paupières n'évoque pas davantage un retrait pudique, une quelconque rêverie, mais bien plutôt une forme de tension intérieure, une façon de ramasser l'énergie, comme on referme le poing. Ce buste, dans lequel il est parfois tentant de chercher les traits de l'artiste, n'a pourtant rien d'un autoportrait au sens le plus strict du terme. Elle s'est prêté à l'exercice du portrait avec des membres de sa famille (sa sœur Louise, son frère Paul) ; elle le fera à l'occasion de quelques commandes.

<span><i>Jeune femme aux yeux clos</i></span> Jeune femme aux yeux clos <span><i>Jeune femme aux yeux clos</i></span> Jeune femme aux yeux clos

Mais ici, cette Jeune femme aux yeux clos semble incarner avant tout une volonté, celle d'affirmer une vocation, un besoin expressif de créer, et d'être reconnue dans cette création. C'est tout l'enjeu de sa relativement brève carrière.

Jeune femme aux yeux clos par alienor.org sur Sketchfab