Camille Claudel

Sept œuvres de Camille Claudel au Musée Sainte-Croix de Poitiers

Les influences

Le classicisme d'Alfred Boucher ne constitue que la première influence de Camille Claudel. Sensible aux courants artistiques de son temps, la jeune femme emprunte également à l'Art Nouveau (ressenti, par exemple, dans le drapé évoquant un enroulement floral, qui épouse comme un lierre le corps de la danseuse dans La Valse), au japonisme qui inspire ses œuvres des années 1890 (comme La Vague ou Les Causeuses).

L'exemple de l'influence de Rodin est à la fois plus manifeste et plus complexe. Si l'œuvre de Camille Claudel est indissociable de celle de Rodin, la ligne de partage entre l'enseignement que la jeune femme a retiré des leçons du maître et l'apport plus personnel de sa sensibilité artistique, n'est pas toujours si facile à tracer.

Le journaliste Mathias Morhardt relate l'anecdote de la surprise de Paul Dubois, directeur de l'École des Beaux-Arts, confronté aux premiers modelages de Camille à son arrivée à Paris. « Vous avez pris des leçons avec monsieur Rodin », se serait écrié Paul Dubois, alors même qu'à cette époque, il semble que les deux artistes ne se soient pas encore rencontrés.
Peut-être Morhardt prend-il la liberté d'embellir la vérité pour surligner ce que certains appelleront une rodinité autodidacte.

Mais au-delà de l'osmose manifeste entre Rodin et Claudel – vraisemblablement nourrie par la passion amoureuse, le travail et l'inspiration en commun, voire certaines œuvres partagées, composées à quatre mains – il existe des distinctions notables.

La comparaison d'un groupe comme L'Abandon avec d'autres couples sculptés par Rodin en offre une lecture intéressante, car dans le cas où les sujets ou l'inspiration sont proches, l'esprit diffère sensiblement.

<span><i>L'Abandon</i></span> L'Abandon <span><i>L'Abandon</i></span> L'Abandon

On a souvent opposé une forme de hardiesse assimilée au modernisme chez Rodin, à un sentimentalisme plus traditionnel chez Claudel. Paul Claudel en donne une lecture tranchée : « Dans Le Baiser, l'homme s'est pour ainsi dire attablé à la femme. Il s'est assis pour en profiter […]. Dans le groupe de ma sœur, l'homme à genoux n'est que désir, le visage levé, il aspire, il étreint avant qu'il n'ose le saisir. Elle, cède, aveugle, muette, lourde, elle cède à ce poids qu'est l'amour… […]. Il est impossible de voir rien à la fois de plus ardent et de plus chaste ». Il est d'ailleurs à noter que les études préparatoires de Sakountala montrent un couple plus étroitement enlacé, une étreinte corporelle plus franche, qui a ensuite cédé le pas à une composition plus virtuose.

L'Abandon est également souvent comparé à Éternelle Idole, comme des sculptures présentant la plus proche parenté.

Peut-être existe-t-il en effet une sorte de rappel dans le schéma de composition, mais le groupe de Camille Claudel exprime davantage d'échange, un état d'âme partagé, ce que le critique Louis Vauxcelles nomme une indicible tendresse – quand Rodin, par ailleurs, avoue par ce groupe une dévotion masculine, un état de sujétion amoureuse, qui ne sont pas inintéressants pour reconsidérer la relation des deux artistes à l'aune d'une fusion véritablement partagée, et non pas unilatérale, comme le fruit plus ordinaire de la vénération d'une élève pour son mentor.

Pourtant, contrairement à l'univers de Rodin, la sentimentalité, voire la suggestion de la volupté, demeurent toujours en retenue, chez la sculptrice – le couple de L'Abandon ne se regarde pas, non plus que les deux danseurs enlacés de La Valse.