Camille Claudel

Sept œuvres de Camille Claudel au Musée Sainte-Croix de Poitiers

La rupture d'avec le maître

Le traitement anatomique est assez bien différencié entre Rodin et Claudel. Les corps puissants et parfois presque noueux de Rodin – sans doute en partie redevables à l'art de Michel-Ange – ne se retrouvent pas à l'identique chez Claudel, qui privilégie quant à elle une musculature moins ostensible, revêtue d'un modelé plus lisse, qui adoucit les saillies des articulations, de l'ossature.

Et là où Rodin façonne des formes pleines, charnelles, d'une expressive densité, on découvre dans quelques œuvres de Claudel une tendance inverse à l'évidement de la matière, une façon de cerner le personnage d'un entremêlement complexe qui joue avec un volume traité en creux, en manque (voir l'écheveau enchevêtré qui enveloppe la Clotho ou certains traitements de chevelure – une version primitive de l'Implorante, ou encore La petite Châtelaine).

D'ailleurs, l'enjeu de la période qui succède à la séparation d'avec Rodin, vers 1892, va consister pour Camille à s'affranchir de la tutelle du maître, qui éclipse sa jeune carrière, même sans le vouloir. Ce désir d'indépendance est très expressivement décrit dans un courrier adressé par la jeune femme à son frère Paul en décembre 1893 ; elle détaille quelques projets, assortis de croquis, et conclut sa lettre d'un « tu vois que ce n'est plus du tout du Rodin ». Cette phrase constitue le postulat de ses créations à venir, en même temps que le départ d'une obsession.

Mais ce qui distingue peut-être plus fondamentalement encore les deux artistes, relève d'une question assez essentielle de composition.