Camille Claudel

Sept œuvres de Camille Claudel au Musée Sainte-Croix de Poitiers

L'univers de Camille Claudel

Pour compléter ce qui précède et apporter un élément de lecture qui dépasse la simple comparaison avec ses contemporains et la confrontation plus directe avec Rodin, il est intéressant de revenir sur le caractère d'intériorité des œuvres de Camille Claudel.

La part autobiographique a déjà été évoquée, et plus exactement la part à la fois subtile et intense avec laquelle elle n'hésite pas à retranscrire ses états d'âme, dans un élan de sincérité dépouillée de tout relent complaisant ou plaintif.

Niobide blessée par alienor.org sur Sketchfab

La Niobide blessée représente à cet égard un exemple significativement troublant. Outre un schéma de composition à l'évidence très proche du Sakountala, et donc du bronze de L'Abandon – dont le titre explore toute la richesse du double sens – cette sculpture révèle peut-être davantage que le rappel de la solitude à laquelle Camille s'est condamnée.
À la faveur d'un canon anatomique relativement généreux, la douce saillie de l'abdomen, épanoui avec mesure, peut tout à fait s'assimiler à une recherche de plénitude corporelle. Pourtant, vu de profil, le ventre s'alourdit plus nettement, sans disgrâce ; il semble que les mains de la sculptrice l'aient façonné avec une infinie tendresse, jusqu'à lui donner ce moelleux bombé qui suggère les prémices d'une vie.

<span><i>L'Abandon</i></span> L'Abandon <span><i>Niobide blessée</i></span> Niobide blessée

Si l'on admet, selon une théorie désormais largement acquise, que Camille ait conçu au moins un enfant avec Rodin, et qu'elle ait fait le choix ou qu'elle ait subi la contrainte de ne pas le garder, peut-être alors peut-on également admettre que le souvenir de cette douleur soit modelé dans ce corps de femme blessée, qui se meurt sans bruit, ployée sur sa tristesse.

Cette maternité hésitant entre l'aveu et le secret, entre la célébration d'un corps prêt aux réjouissances et le deuil d'une mutilation obligée – cette représentation empreinte d'âpre dénudement trouverait parfaitement sa place dans un univers artistique parlant de repli, de clôture, de mélancolie – mais qui n'occulte pas la révolte contre un sort hostile.

Il n'y a guère d'hermétisme dans sa production, pas d'abstraction ou de construction de l'esprit : il s'agit d'une œuvre ouverte, offerte à la sensibilité du spectateur, pour une appréhension immédiate, un style intimiste qui traduit la recherche d'une vérité intérieure et n'hésite pas à s'exposer avec le réalisme cru d'une artiste qui croit en son talent, et combat ardemment pour gagner sa place.