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La conservation et la restauration du patrimoine mobilier public

Introduction

La France possède un large patrimoine culturel qui se décline sous les formes les plus variées, des plus classiques : objets d’art sacré et tableaux dans les églises, collections des musées, objets archéologiques, aux plus spécifiques : objets du patrimoine scientifique et technique (machine à souffler le verre, instruments anciens de physique…). Toutes ces catégories d’objets sont susceptibles de former des ensembles de collections qui constituent ce que l’on appelle le patrimoine mobilier, par opposition au patrimoine immobilier (monuments historiques, sites archéologiques, sites industriels...).

En dehors des lieux bien identifiés, comme les musées par exemple, ces objets peuvent être conservés dans d'autres locaux : par exemple les objets de culte dans les églises. Ils prennent alors l’empreinte du quotidien qui nous amène à les banaliser et les déconsidérer.

Or le patrimoine mobilier est fragile, il ne peut être traité comme des objets de tous les jours, sinon il est voué à la destruction. C’est pourquoi il est pertinent de savoir quelles sont les mesures conservatoires à prendre, quels sont les bons gestes à avoir au quotidien et comment on doit envisager une restauration si l’objet est vraiment dégradé. La partie prévention a beaucoup d’importance et évitera d’en arriver à des restaurations qui coûtent très cher. C’est ce qu’on appelle la conservation préventive : l’ensemble des actions destinées à assurer la sauvegarde et à augmenter l’espérance de vie d’une collection ou d’un objet.

Statut de l'objet patrimonial

L'objet patrimonial a un statut

Il est protégé juridiquement (cf. le code du patrimoine, ordonnance du 20 février 2004).

Objet de musée

Le label « Musée de France » protège l’objet (code du patrimoine, 20 février 2004, titre IV). Il est inaliénable, incessible et imprescriptible.

Objet mobilier géré par les Monuments historiques

Aucun transfert, modification, restauration ne peut être fait sans en avoir informé préalablement l’administration référente.

Les objets non protégés, ceux qui ne sont ni classés, ni inscrits, ni labellisés au titre d’un musée de France, peuvent figurer au répertoire départemental : sans avoir de valeur juridique cette inscription permet d’attirer l’attention sur son intérêt patrimonial, d’avoir une trace de l’objet qui a un dossier et est répertorié dans une base de données patrimoniale du département. L’identification individuelle d’un objet permet par son inventaire de faciliter, en cas de vol, les enquêtes des services de police.

Propriété de l'objet patrimonial

Il appartient à une collectivité territoriale :

Certains objets n’ont pas véritablement de statut dans la mesure où ils n’ont pas été présentés aux autorités lors des événements de 1905. Dans ce cas le diocèse est considéré comme propriétaire.

Les acteurs de la conservation

Le conservateur des antiquités et objets d’art (CAOA) dans chaque département

Il a pour mission la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine mobilier dans le département et il est placé sous la tutelle scientifique du Ministère de la culture et travaille en étroite collaboration avec le Conservateur des monuments historiques à la Direction R égionale des Affaires Culturelles.

Les conservateurs de musées

Ils ont pour mission de conserver, étudier, valoriser les objets, organiser des expositions. Ils peuvent mettre leurs compétences scientifiques à la disposition des collectivités qui souhaitent avoir des conseils. C’est le cas des conservateurs départementaux qui, en relation avec les CAOA peuvent intervenir sur les problématiques de conservation du patrimoine mobilier. La protection du patrimoine et sa bonne gestion passent par des observations élémentaires et des gestes simples qui peuvent être déterminants pour le devenir et la transmission aux générations futures. En effet, les conservateurs ont en charge un patrimoine très varié : mobilier scolaire, mobilier liturgique, archives départementales, livres, registres, photographies, clichés sur verre, films, vidéos, disques, mais aussi divers petits matériels comme les ordinateurs, les téléphones, etc… dont certains éléments viendront un jour compléter les vitrines d’un musée, jusqu’au matériel le plus important comme certains véhicules de transport.

Les conditions de la conservation

Quel que soit le patrimoine dont vous avez la responsabilité, vous devrez vous poser les questions suivantes relatives à son environnement :

Les œuvres peuvent souffrir dans un lieu peu approprié : il convient en amont d’analyser les conditions de conservation générales qu’un endroit peut offrir ou non.
On évitera les locaux annexes tels les greniers, caves, locaux désaffectés, qui ne sont pas des lieux appropriés pour stocker et conserver des œuvres.

Les lieux publics, salles de mairie, salles d’écoles peuvent accueillir des œuvres en exposition. On se posera alors une série de questions destinées à évaluer si les conditions d’expositions sont satisfaisantes :

Le constat d'état

Les observations élémentaires

Des observations élémentaires sont à faire sur les œuvres d’art :

Le constat d’état doit apporter des réponses claires : observer les dégradations survenues sur un objet en constatant son état au quotidien permet de prendre des mesures pour stopper ces dégradations.

Le repérage des signes extérieurs de dégradation

Il s’agit de signes visibles que n’importe qui peut constater. Mais des altérations plus profondes et moins visibles à l’œil nu peuvent attaquer les objets : c’est l’affaire d’un spécialiste de procéder à un constat d’état des œuvres pour diagnostiquer les interventions à envisager, qu’elles se situent au niveau de la conservation préventive (dépoussiérage, traitement par anoxie) ou au niveau d’une restauration plus fondamentale.

C’est aussi au spécialiste de donner des conseils pour la bonne conservation des objets.

Qui peut donner aide et conseils ?

Les services de l’État (Direction Régionale des Affaires Culturelles) mettent à la disposition des collectivités territoriales des renseignements sur les institutions et les personnes aptes à faire des missions techniques et des interventions, car n’importe qui ne peut pas intervenir sur un domaine aussi spécifique.

Le Centre Interrégional de Restauration et de Conservation préventive rattaché au musée de Niort est un pôle de ressource important pour la grande région et peut intervenir sur de nombreux problèmes, allant du simple dépoussiérage jusqu’à une restauration totale de l’œuvre. Il assure aussi la formation des élus et des personnes ayant en charge du patrimoine.

La conservation préventive

Les précautions préventives

En amont de l’intervention de spécialistes, des gestes souvent très simples peuvent éviter des catastrophes :
- protéger de la poussière ;
- déplacer les archives du sous-sol vers un niveau plus élevé ;
- éviter aux matériaux organiques (cuir, bois, etc…) un trop long séjour sous les ardoises du grenier ;
- le mobilier scolaire d’une classe fermée ne peut-il pas être placé dans un local plus approprié qu’un hangar ou un préau ?

Ces précautions se prennent à tous les niveaux :

La sécurité des œuvres ne doit pas être négligée : quelles précautions faut-il prendre en prévention du vandalisme et du vol ; chaque mise en situation est un cas de figure, sans oublier que l’inventaire et la documentation de chaque objet est important.

La restauration, une affaire de spécialiste

Si les opérations de conservation préventive amènent à solliciter l’intervention de spécialistes pour des opérations abouties, les opérations de restauration sont encore plus soumises à leur intervention.
Le restaurateur est comme le médecin des œuvres : c’est lui qui est seul en mesure de remettre l’œuvre en état, car il a les connaissances pointues pour le faire.
Chaque type d’œuvre fait appel à un spécialiste différent, sélectionné parmi les personnes habilitées bénéficiant toutes d’une formation reconnue par l’État.

Procéder à une restauration demande de respecter une chaîne opératoire précise : le constat d’état s’accompagne de la rédaction d’un cahier des charges adapté à la restauration à effectuer.

Une mise en concurrence est ensuite faite pour choisir un restaurateur qui fera la proposition la plus adéquate au cahier des charges établi, dans le respect de la loi sur les marchés publics. Le choix parmi les différents devis proposé peut être accompagné par l’avis d’une personne spécialisée.

Dans ces différentes étapes, l’accompagnement scientifique et technique de l’Etat est obligatoire et conditionne l’aide financière.

Le processus de restauration

Où restaure-t-on et comment ?

Selon la taille de l’œuvre, la restauration pourra se faire in situ, dans l’atelier du restaurateur ou dans un atelier pôle de ressource qui offrira le matériel de pointe pour effectuer la restauration (ce que n’ont pas toujours les restaurateurs privés).
L'œuvre peut alors devoir être démontée et transportée : ceci implique une procédure préparatoire qui doit être menée avec l’assistance d’un bon technicien. Rouler un tableau par exemple pour l’emmener en restauration n’est pas une mince affaire et demande de la préparation et des précautions (préparation des papiers de refixage pour le trajet, désencadrage, fabrication du rouleau support, matériaux de conditionnement spécifiques, manutention délicate…).

Le suivi de la restauration

Le suivi de la restauration est un point capital : des décisions peuvent être prises en cours d’une opération de restauration en fonction des impératifs qui se révèlent alors. C’est le dialogue entre le restaurateur, le maître d’ouvrage et le conseiller technique qui permettra d’envisager la bonne décision.
Un dossier de restauration doit être élaboré et permettre de laisser une trace des opérations effectuées sur l’œuvre.

Le retour de l'œuvre

Le retour de l’œuvre, après restauration, posera la question de sa remise en place : la replace-t-on à l’endroit initial, quel est le milieu ambiant qui lui conviendra le mieux : autant de questions à se poser et de solutions à trouver pour éviter que l’œuvre ne fasse à nouveau l’objet d’une nouvelle restauration.