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Expéditions Citroën en Afrique
La première traversée du Sahara en automobile

Touggourt 17 décembre 1922 - Tombouctou 7 janvier 1923


Le contexte

Lors de la Première Guerre Mondiale, le rôle joué par les colonies françaises d'Afrique, pousse l'Etat français à vouloir renforcer sa présence en améliorant les liaisons entre Métropole et Afrique. Jusqu'à présent, il faut compter 6 à 7 mois pour traverser le Sahara et relier Touggourt à Tombouctou, le dromadaire restant le seul moyen de transport adapté au milieu hostile du désert.

André Citroën, quant à lui, est persuadé que, grâce au nouveau véhicule que ses usines sont en train de fabriquer, cette liaison-aller de 3500 Km peut se faire en 20 jours à peine.
En effet, depuis janvier 1921, les usines Citroën ont mis au point des voitures d'un type nouveau, équipées de bandes de caoutchouc sans fin, et qui permettent de circuler hors des routes, sur des terrains variés.

Cette trouvaille géniale est née de l'imagination d'un ingénieur français de talent, Adolphe Kégresse qui a mis au point un système de chenilles adaptées à l'automobile. C'est lors d'une démonstration qu'André Citroën, prévoyant toutes les possibilités d'une telle invention, achète le brevet en 1920.

Pour populariser son nouveau véhicule, l'autochenille B2, Citroën a l'idée en 1922, de le lancer à l'assaut du désert saharien. Le gouvernement français et l'armée, conscients de l'opportunité que cette expédition représente encouragent et soutiennent cette initiative.
Ce sera le premier raid Citroën lancé à grand renfort de communication. La presse automobile et la presse grand public se font l'écho des préparatifs, de l'avancement et du succès de l'entreprise.

Partie le 17 décembre 1922 de Touggourt, la mission Citroën traverse le Sahara, et arrive à Tombouctou le 7 janvier 1923 en acheminant le premier courrier postal transsaharien.


Les préparatifs

18 mois sont nécessaires pour préparer et mettre en place l'intendance. De janvier à Avril 1922 Louis Audouin-Dubreuil (commandant en second) mène une mission de reconnaissance sur le trajet Touggourt - In Salah. D'octobre à novembre de la même année, 2 équipes d'autochenilles assurent le ravitaillement en essence, vivres et matériels aux portes du désert de Tanezrouft. A partir de là, les 5 autochenilles seront livrées à elles-mêmes pour accomplir les 1300 Km restant.

Ces véhicules ont chacun 2 réservoirs d'essence de 150 litres, 2 réservoirs d'eau de 30 litres, 2 radiateurs latéraux complémentaires et 1 récupérateur de vapeur, pour palier à la chaleur du désert. Leur traction maximum est de 2 tonnes. Leur vitesse est faible, mais volontairement adaptée, atteignant une huitaine de kilomètre/h sur le sable, 10 à 19 Km/h sur les regs, et 4 à 8 Km/h sur les sols escarpés et rocheux. La consommation moyenne est de l'ordre de 30 litres au 100 km.

Trois de type " raid ", sont équipées de mitrailleuses, et convoient vivres, pièces détachées, pharmacie, armes et tentes. Les deux autres de type " ravitaillement " possèdent une plateforme et sont chargées d'huile, essence, graisse, eau, chenilles, pièces de rechange et phare de poursuite.

Les 5 véhicules de l'expédition ont chacun un nom. Scarabée d'Or accueille Georges-Marie Haardt (directeur des Usines Citroën, chef de mission) et Maurice Billy (pilote et mécanicien) ; Croissant d'Argent Louis Audouin-Dubreuil (second chef de mission) et Maurice Penaud (pilote, mécanicien en chef) ; Tortue Volante Paul Castelnau (géographe et cinéaste) et Roger Prud'homme (pilote, mécanicien) ; Bœuf Apis Georges Etienne (lieutenant) et Fernand Billy (pilote mécanicien) ; René Rabaud (pilote, mécanicien) et l'adjudant Chapuis (guide, interprète) montent à bord de Chenille Rampante.

L'orientation se fera grâce aux pistes caravanières, aux relevés topographiques, boussoles et compas. En cas d'égarement, les membres du raid pourront utiliser des fusées éclairantes, des sifflets et des armes à feu. L'hébergement est prévu en gîte d'étape militaire, chez l'habitant ou en plein air. Les dangers qui les guettent sont les tempêtes de sable, la forte amplitude des températures, les mirages, les pannes mécaniques, les attaques de pillards.


La traversée

Acheminées de Marseille à Alger par bateau, les voitures et les membres de l'expédition prennent le train pour l'oasis de Touggourt.

17 décembre 1922 : les 5 autochenilles partent de Touggourt direction Ouargla où la mission est accueillie par le commandant Duclos, les officiers français sahariens et les grands chefs arabes locaux. Des réjouissances sont données en leur honneur (banquet, fantasias, courses).

18 - 23 décembre 1922 : traversée difficile des vallées de dunes de sable puis du plateau de pierre du tademaït. Arrivée au poste militaire d'In Salah où l'expédition est reçue par le capitaine de Saint-Martin. Une foule en liesse marque l'évènement par des fantasias à pied, des combats de parade et de danse.

18 - 23 décembre 1922: en route vers Arrem-tit. Traversée du désert de pierres du Tidikelt, des montagnes bleues du Mouydir et des gorges d'Arak. Le campement se fait au puit de Tesnou à l'entrée du massif du Hoggar le pays de la peur où vivent les Touaregs.
A Aarem-tit, rencontre avec le lieutenant Vega, l'aménokal Akhaouk, souverain du Hoggar, entouré des nobles Touaregs.

28 - 31 décembre 1922 : départ vers Tin-zaouaten. Arrêt à l'oasis de Silet. Pendant que les mécaniciens examinent les voitures, vérifient l'approvisionnement en eau et en carburant, est organisée dans la brousse une chasse à la gazelle et à l'antilope. Puis c'est la traversée du vaste désert du Tanezrouft, le pays de la soif : aucun point d'eau sur 500 Km.
A Tin-Zaouaten, jonction avec la mission de ravitaillement de De Céris. Les membres du raid célèbrent la sortie victorieuse du Tanezrouft et la nouvelle année.

1er - 7 janvier 1923 : dernière étape du voyage vers Tombouctou. Passage au fort de Kidal au Soudan où ils sont accueillis par le capitaine Guénard et les Touaregs de l'Adrar des Iforas. Arrivée à Bourem aux portes du fleuve Niger.


7 janvier : entrée triomphale dans Tombouctou. C'est en grande pompe que la mission, précédée d'officiers, d'administrateurs européens et d'une foule bigarrée composée de toutes les races de la boucle du Niger, remet au colonel Mangeot, commandant de la région de Tombouctou, le premier courrier transsaharien automobile.

Le retour

10 février - 6 mars 1923 : Remontée du Sahara par le même itinéraire afin de confirmer le succès de l'expédition. Séjour à Tamanrasset dans les montagnes du Hoggar. Recueillement sur les tombes de deux grands sahariens français : le général Laperrine et le révérend père de Foucauld. A In Salah, retrouvailles avec M. et Mme Citroën, accompagné d'Adolphe Kégresse, venus à leur rencontre à bord de deux B2 de type torpédos.

Conclusion :

Cette expédition et celles qui vont suivre (1924-1925 expédition Centre-Afrique, dite Croisière Noire ; 1931-1932 expédition Centre-Asie, dite Croisière Jaune) seront magistralement exploitées par André Citroën. Elles seront un formidable moyen de promotion de la marque aux chevrons, répondant à une véritable stratégie commerciale à l'échelle mondiale, illustrant les qualités exceptionnelles d'organisation logistique de la société Citroën.
Des films, des livres, l'exposition des autochenilles populariseront les événements auprès du grand public.